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Full text of "Contes et romans de l'Égypte chrétienne"

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LE PUV. — IMFRIMERIK MARCtlESSOU FII.S 



COLLECTION DE CONTES ET CHANSONS POPULAIRES 



CONTES ET ROMANS ; 



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LÉGYPTE CHRETIENNE 



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K. AMÉLINEAU 




PARIS 
E K N K SI L K K O U X , É D l Y E U K 

28, HUK HONAPARTE, 28 



1888 



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k CONTES ET ROMANS ■ 


p L-ÉGYPTE 


CHRÉTIENNE H 


k 


1 


Ht histoire 


DU MADTVR CLAUDE ^H 


^Uu nom du Père. 


du Fils et du Saint-Esprit. ^H 
l Dieu : Amen. ^^M 


^K^ous commençons avec l'aide de Dieu (qu'il ^^M 
^B soit exailé!} à copier le discours qui a été ^^Ê 
^^Ê composé par le père saint et vénérable en ^^M 
^^K toute manière, le pneumalaphore, noire ^^M 
^Bjiérâ Constantin, évêque de la ville d'As- ^H 
^^Bsi'ouf,- (( \e composa pour la fête du grand ^^Ê 
^H martyr, du brave héros, l'heureux seigneur ^^ 


^H TOME 


J 



CONTES ET R 



Chxude^ le grand émir. Que sa bénédic 
tion soit avec nous : Amen. 



• dit : Soit béni le Seigm 



, le 



Père, mahre de toutes choses ; soit béni son 
Fils, Jésus le Messie, notre Dieu, ainsi que le 
Saint-Esprit viyifîcateur qui nous a rendus 
dignes d'assister à ce jour de fête sacrée que 
nous célébrons en l'honneur de celui qui a 
été honoré par Dieu entre tous les martyrs, 
joyau précieux, bourgeon qui pour nous a 
poussé de la bonne tige et de la race bénie. 
Anlioche, la belle ville a produit, au mois 
de Barmouda ', comme un rosier odorifé* 
ranl, un élu vénérable. Dieu décida aussi à 
son sujet que lorsque la ville d'Antioche et 
ses dépendances auraient élé illuminées par 
sa personne, l'Egypte et en particulier notre 
ville obscure recevraient leur part de cette 
illumination. En ce teulps-là les habitants 
de noire ville adoraient les dieus impurs ; 
Dieu nous envoya ce brave cavalier avec un 
carquois de vigueur. De ses flèches guerrières 
il tua les loups méchants. C'est grâce à la 
belle réponse qu'il fit devant Dioilétien et 



I 



HrSTOIRE DU MARTYR CLAUDE Ô 

Ariea que nous avons appris a adorer le Mes- 
sie- Parlons maintenant des grandes peines 
souffertes par les saints, expliquons comment 
ils ont fait pour acquérir ia couronne du 
martyr pendant le mois de Baramhat'. 

Pendant que l'on se préparait a fêter la 
Pâque et la Re'surrection de notre Sauveur, 
les lettres du roi furent répandues partout 
jusqu'en Abyssinic. Dans ces lettres, le roi 
ordonnait de brûler les livres des chrétiens 
et de leur enlever de vive force leurs escla- 
ves. Quelque temps après, d'autres lettres 
furent envoyées dont voici la copie : « Tous 
les prêtres et ceux qui font le service des 
églises doivent être jetés en prison et oblige's 
de sacrifier jiuS dieut (misérables) '. • Un 
grand nombre de prêtres, d'évêques, d'ana- 
gnostes ^ de laïques, de vierges, de veuves, 
d'orphelins, de moines, de religieuses, de 
soldats et enfin de gens du peuple furent 
tués; les uns furent lapidés, les autres brilles 
par le feu ou par le fer. Ainsi ils avaient été 



I. Cb mois Ta du 36 (éyriei 

ittcur de copiste en l'un des 1 

1. Lb copiste ou l'auteur pi 

' aiïai 1 Dioclûtisn lui-mcmc. 

3, C'«t-Â dite l(! rcdeur». 



rt y avoir 



4 CONTES ET ROMANS D'ÉGYPTE 

viclimes de la foi orthodoxe, car en mourant^ 
ils criaient et disaient : • Nous sommes 
chrétiens en toute vérité. • La paiï avait 
été continuelle pour nous depuis le règne 
du roi Garés qui succéda au roi Oectos. 
Après Carès, le roi Carnios monta sur le 
trône. Le règne de ces deux rois fut de trois 
ans. Le second de ces rois avait une sœur 
nommée la dame Euphémte qui eut pour fils 
Piolémée; ce fut un impur. Ptoléméeful élu 
roi pour la ville d'Aniioche et eut pour fila 
le cher seigneur Claude. Un mois après le 
roi Ptolémse mourut. Omarianios ' lui suc* 
céda. Celui-ci fut victime d'une ruse de 
guerre. C'est à lui que Dioclétien succéda. 
Satan souleva contre lui une guerre terrible 
de la part de barbares de diverses races et 
demeurant dans les pays d'Occident. Ces 
barbares nommc's Begah ' assiégèrent le ro i 



l.Ccltfi suii 


de rois est assez 




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taire populaire 


des Coptei. Orna 




s doit iUe le 


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d'Âiudlieii cor 


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1. Malgré ta 


diffi rente d'ortograplie 


IBegah au li 


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Parlhss aurais 






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inai, k. B«B» 


tlaisnt ptus condu 


des 


Egj-pliens 





HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE 



f pendant des années sans qu'il pût leur faire 
la guerre. Les Grecs émus en eurent peur. 
C'est alors que le cher seigneur Claude reçut, 
grâce a ses parents, l'instruction nécessaire 
de la sagesse, comme Moyse le prophète de 
l'ancien temps. Dès lors, en homme bien 
instruit, le saint Claude se mît a étudier la 
philosophie des anciens Grecs et les sciences 

I logiques. Il parvint au plus haut point de 
la philosophie des mathématiques, des cal- 
culs astronomiques : enfin, il était tellement 
éloquent qu'il devint capitaine dans le châ- 
teau royal. Comme il montra une grande 
bravoure et une grande fermeté contre les 
barbares, il fut aimé de tous les habitants 
d'Antioche. 
Lorsque la guerre était dans tout son feu, 
raconte le narrateur, un grand nombre de 
soldats moururent pendant le siège ; mais le 
seigneur Claude était le plus brave des deux 
armées, car le Seigneur le gardait. Sa re- 
nommée se répandit partout et les soldais la 
firent parvenir jusqu'à la ville de Rome. On 
y admira beaucoup son éloquence, la dou- 
ceur de sa parole et sa belle taille. Lorsque 
les gens du peuple l'eurent vu, ils firent son 
portrait, l'envoyèrent au roi de Rome qui 



COSTKS ET ROMANS D'ÉGVPTK 



lui 



t en ces t 



B Viens 



s moi, 

ô brave héros, que je te voie, a Quand il fut 
arrivé à Rome, les habitants de la ville dési- 
rèrent le voir. Afin de satisfaire à leur désir, 
le roi lui dit que les habitants de Rome dé- 
siraient ardemment le voir. Il le fit alors 
revêtir d'un riche vêtement, lui donna une 
couronne incrustée de pierreries, une cein- 
ture d'or également ornée de pierres pré- 
cieuses et le fie monter dans une litière. Ce 
cortège, escorté de soldats, fut conduit sur la 
grande place où une foule immense était 
rassemblée pour le voir. Aussitôt que l'œil 
de la foule tomba sur lui, elle s'ccria ; 
B Ay:isLisgh:iliJ • » ce qui veut dire : « Que 
nous sommes heureux de voir ce grand 
chefi ■ Sa belle figure plut beaucoup à tous 
ceux qui étaient présents, à cause de la 
graode grâce qui brillait en elle, et les 
grands personnages de la ville lui firent de 
riches présents. 

Comme le cortège était en marche pour 
retourner au palais du roi, un homme pos- 
sédé du diable se mit à courir devant le sei- 
gneur Claude, en criant : ■ Que fais-tu 



. Je De SD 



â quelle langue attribuer n 



HISTOIRE DU 



E CLAUDE 



r 

^^■' dans cette ville, Claude? pourquoi es-tu 

^H venu ici? Retourne vite en ta ville, je ne 

^K peux te soufl'rir. Les barbares ont attaque 

^H ta ville, et tu viens ici faire paraiie de m 

^V beauté et de ta jeunesse ! Les habitants de 

Rome t'ont assez vu : sors vite d'ici, sinon 

les Begas brûleront Aniioche. ■ Aussitôt le 

roi ordonna de couper la tête à ce possédé; 

mais le saint Claude intercéda prés du roi 

en sa faveur. Dès que le saint Claude fut 

descendu de sa litière, il s'approcha de cet 

homme insensé, le frappa au cou et lui dît ; 

> Tais-toi, ne bavarde pas. • Satan sortit 

aussitôt de lui, comme une flamme de feu, 

Iet le roi fut très étonné de ce qui avait eu 
lieu. Lorsqu'ils furent entrés dans l'inté- 
rieur du palais, le roi dit au saint Cîaude : 
■ Écoute-moi et reste ici : tu serns mon 
successeur dans le royaume, o 
Pendant que !e roi parlait ainsi, un géné- 
ral se présenta tout à coup devant eux et 
apprit au roi l'arrivée des troupes arménien- 
nes, qui attaquaient le pays comme le feu 
attaque le bois, A cette nouvelle, le roi fut 
fort troublé; maïs le saint Claude, voyant 
son trouble, sourit au roi et lui dit : a Pour- 



quoi t'mquiéter i 



n'est- 



■ce pas Dieu qui de'- 



s CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

fait les armées ?» — Le roi lui répondit :' 
« Du reste, je ne ferai nulle attention aux 
Arméniens, tant que tu seras avec moi. » 
Dix jours après un combat terrible eut lieu 
contre les Arméniens et leurs alliés qui ado- 
raient les uns et les autres une idole appe- 
lée Bag, Le roi étant prêt à combattre, les 
deux armées se donnèrent rendez-vous prés 
d'une montagne nommée Arigharas. Elles 
n'étaient séparées [que par le fleuve Ama- 
dion. Le saint Claude qui était avec les sol- 
dats du roi, voyant la multitude des trou- 
pes arméniennes, traversa le fleuve d'un 
sçul bond et entra au milieu des ennemis : 
il en fît un si grand massacre que le sang 
coula comme Teau. Les Arméniens subirent 
une défaite complète et se retirèrent dans 
une grande confusion. Le roi et ses soldats 
rentrèrent dans leur ville, victorieux et cou- 
ronnés de gloire : on avait fait monter le 
saint Claude dans un litière incrustée d'or 
devant laquelle des hérauts. criaient: « Qu'il 
vive longtemps! » Les hérauts le devan- 
çaient avec .des cris de joie, d'autres applau- 
dissaient et d'autres encore dansaient ou 
jouaient de. la flûte. En un mot, la joie du 
roi et de son peuple était indescriptible. A 



mSTOIHK DU MARTYR CLAUM^ 

peine entré dans la ville, le saint Claude 
pria le roi de lui permettre de partir. 
Celui-ci refusa et le garda près de lui 
pendant quarante jours, après lesquels 
il ordonna de faire la portion du saint 

Lciaude ei le laissa retourner en paix dans 

Ew ville. 

\' En apprenant son arrivée, le roi Dioclê- 
lien alla au-devant de lui et se réjouit beau- 
coup de le voir escorté d'un grand nombre 
de soldats. Comme les barbares continuaient 
d'inquiéter les Grecs, Diocléiien eut l'idée 
de leur faire la guerre. Il ordonna a ses gé- 
néraux de tenir leurs soldais tout prêts et 
marcha avec eux à la rencontre des barbares, 
qui étaient nombreux comme des sauterelles 
et qui avaient dévoré toutes les récoltes du 
pays. La crainte des Grecs fut grande en 
voyant leur petit nombre en face de la mul- 
titude des barbares. Le septième jour, les 
barbares attaquèrent les Grecs avec une 
grande fureur. Les barbares se lalsaient pré- 
céder d'une idole d'or, sous la forme, d'une 
femme, ayant sur la tète une couronne 
aussi belle qu'un joyau précieux. Parl'en- 
Iremise de cette femme parlait une puissance 
diabolique sur laquelle comptaient tous les 
TOME 11, ,■ 




CONTES ET nOMANS D'ÉGYPTR 

soldats barbares. Des que la bataille fut en 
son feu, les barbares se mirent à la recherche 
de Diaclétien et reconnurent sa tente. Un 
soldat doué d'une force immense, courageux 
et audacieux, bondit, enleva le roi Dîodé- 
lien de dessus son cheval et le porta au 
milieu des barbares. A leur vue, le roi Dîo- 
clétien s'évanouit de frayeur, car leurs figu-. 
celles de bêtes sauvages. L'homme 
enlevé Dioclétien était très grand 
et tenait en sa main droite une lance de sept 
coudées; il était coiffé d'un casque et ses 
cheveux ressemblaient à la crinière d'un 
lion. Cet homme de haute taille porta donc 
Dioclétien devant ses chefs et lui adressa 
ainsi la parole : c C'est toi, Dioclétien, qui 
es. venu pour nous faire la guerre ! nous 
allons te brûler au milieu de ton royaume ! • 
Il continua de l'insulter ainsi jusqu'à ce que 
le roi se fût prosterné devant l'idole. On 
amena ensuite une vache noire et on 
la lui fit immoler en sacrifice devant 
l'idole. La puissance diabolique qui était 
en cette idole parla ainsi h Dioctétien : 
Si lu veux m'obéir, je ne les laisserai 
pas te tuer, o Cette idole s'appelait Ta-y 
foukt. , 



HISTOIRE DU MARTVH CLAUDE 



rLes Perses ' se préparèrent alors h aller 
attaquer la villa de Dioclétîen pour s'en 
emparer ou y mettre le feu. Le brave cava- 
lier, le seigneur Claude s'avança avec audace, 
et se jeta sur les barbares sans crainte, parce 
qu'il voyait que l'ange du Seigneur raccom- 
pagnait. Aussitôt les soldats barbares tom- 
bèrent les uns sur les autres par suite de la 
■ crainte et de l'efTroi qui s'étaient empare's 
d'eux. Les flammes en consumèrent un si 
grand nombre que le saint Claude trouva 
facilement le moyen de parvenir jusqu'à 
l'endroit où le roi était attaché. Il l'enleva 
en toute hiîte, le fit monter avec lui sur le 
même cheval qui, avant de partir au galop, 
donna un coup de pied ii l'idole d'or, et 
aussitôt la statue tomba en pièces. Les en- 
^_ neniis furent saisis d'efTroi, ils ne purent 
^H bouger et se dirent : • En vérité, c'est un 
^H esprit et un dieu! » Le saint Claude, après 
^B avoir conduit le roi sain et sauf, au milieu 
de ses troupes, se jeta de nouveau sur les 
I ennemis et en tua un grand nombre jusqu'au 

' soir. 

T, Les Ptttet ici 
la BcgBi ; cependan 



12 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Dès que le combat fut terminé, ils rentrè- 
rent à Antioche joyeux et contents. Ils pas- 
sèrent sept jours à faire des festins et des 
banquets, parce qu'ils avaient revu leur roi 
sain et sauf. Le roi fit de riches pre'sents au 
saint Claude, le traita avec un grand respect. 
Les courtisans lui firent aussi de nombreux 
cadeaux. Les grands personnages du royaume 
le chérirent, surtout à cause de sa modestie 
et de son humanité. Le saint Claude, de son 
côté, distribua tout ce qu'il avait amassé entre 
les pauvres et les malheureux. Dès lors le 
roi ne mangeait plus qu'avec lui et lui de- 
mandait conseil pour tout ce qui regardait 
son royaume. Le saint Claude pria un jour 
le roi de faire élargir tous les prisonniers, ce 
que le roi fit bientôt en disant : « Je te 
permets, Claude, d'entreprendre tout ce que 
tu désires ; mon royaume est entre tes 
mains, mes serviteurs et mes gardes sont à 
ta disposition. » 

Le roi Dioclétien était alors chrétien. 
Satan porta envie à TÉglise, changea sa foi, 
lui fit adorer les idoles et détruire les égli- 
ses. Quelque temps après, le saint Claude 
lui dit : « O roi, fais pénitence, renonce à ta 
folie et h ta désobéissance, sinon Dieu t'en- 



BlSTOiRE BU MARTVR CLAUDE 13 

lèvera la royauté pour la donner à quelqu'un 

:s élus. • En va mol, le saint Claude le 
réprimanda maintes fois et lui dit : • Si tu 

ouïes, tu sauveras ton âme. h Alors 
Satan, i'ennemi du bien, réfléchit en lui- 

le et dit : I Si je laisse cet homme rester 
en cette ville, il m'enlèvera tout mon bien 
n'arrachera tous ceux qui sont sous mon 
autorité. •> 11 lança ainsi ses flèches perni- 
cieuses et ses pensées trompeuses dans le 
cœur du roi qui fit venir le saint et lui or- 
donna de se prosterner devant les idoles im- 

!s. A cet ordre, le saint Claude se mit à 
rire; d'une voix semblable à celle des prophè- 
tes, il dit : « Ne te mets pas en peine, ô roi, 
je ne me prosternerai jamais devant elles. ■ 
3 caresses du roi et ses belles promesses 
furent vaines; le saint résista obstinément. 

Romanos, le vizir ', avait un fils employé 
Èk la cour. Ce fils, nommé Victor, était tou- 
jours avec le saint et tous deux lisaient les 
livres divins, Claude dit un jour à Victor : 
■ Vois-tu, cher frère, la grande erreur où ce 

I. Ce Rnmanos joue an grand rôle dan^ toute i'hiaioîrE 
4e la persécutiou de Diaclâtien en Egypte. C'est le canstjl- 
niquedu Dioclétien, lu dié inventé de toules places. 



roi se plonge? » lU en éprouvèrent tous 
deux un grand chagrin. « Sais-tu, cher frère,' 
ajouta le saint, que cet hypocrite a envoyé 
hier un général en Egypte pour mettre à 
mort le père saint, l'évêque vénérable Ibsada" 
qui m'est apparu et m'a parié tout dernière- 
ment, it — Le saint Victor lui répondit : ■ En 
vérité, tu viens de m'apprendre une triste 
chose au sujet de ce saint ; mais que la vo- 
lonté de Dieu soit faite! » Le saint Claude 
dit ensuile au bienheureux Victor : n Cher 
ami, j'ai vu la nuit dernière comme si j'étais 
debout avec loi sur le bord de la mer : je 
voyais des barques chargées d'hommes faire 
naufrage et une grande barque chargée d'un 
grand nombre d'hommes lumineux, vêtus do 
splendides vêtements, vint aborder oii nous 
étions. De cette barque sortît un grand évê- 
que vêtu de gloire ; il m'adressa la parole en 
ces termes : > Me reconnais-tu, Claude? o — 
t Non, monseigneur, a lui répondis-je. — 11 
me dit : n Je suis Ibsada, évèque de la ville 
de Psûi ' ; je suis venu pour t'inviler avec 

I. D'après fes récita copies, Oiocléliea avait gardi: Ici 
iroupeauxchez le père d'ibsada. 

3. C'est la ville connue sous l« nom grec de Ploliimais 
aujourd'IiuL Girgeh. 



1 



HISTOIRE D 



CLAUDE 



ton ami h te rendre en Egypte. On me tuera, 
moi, coQlitiua-t-i!, dans la ville de Qaou ' ; 
mais tai, on t'exilera et tu seras tué dans la 
ville nommée Siout, et enfia ton ami Victor 
sera exilé dans !e même pays et sera (uê dans 
la tour de Barqon, dans le nome de la ville 
d'Aminoë. Toi et moi, nous serons mis k 
mort à la hâte et sans tourments; mais Vic- 
tor, notre ami chéri, souffrira et endurera 
des tortures très douloureuses. J'ai fait aussi 
la même invitation à tous vos amis; mais 
TDS noms !i vous deux seront à jamais connus 
partout. Victor sera tué dans la montagne 
orientale : mais toi, Claude, tu seras tué dans 
]a montagne occidentale et ton corps y res- 
tera caché pendant longtemps. Un grand 
évêque, an pasteur fidéie s'y rendra, décou- 
vrira ton corps et b3tira une église en ton 
nom. Quant a Victor, on lui bâtira des égli- 
ses innombrables. » Après avoir ainsi parlé, 
il prit congé de nous deus et partit. Je m'é- 
veiliai Jiussitôl. »— Le saint Victor dit alors : 
■ En vérité, tu as joui d'une grande faveur. 
Combien je serais heureux de voir ce saint 
homme le dernier des prophètes ! a Sur le 



in pemu-dessu9 d'AssiauI, 



^ 



|lj CONTES ET ROMANS D tGYPTE 

champ il récita ce psaume : « Je me suis ré- 
ioui de celte parole qu'on m'a dite : Nous 
irons à la maison du Seigneur. ■ Tous les 
deux se mirent ensuite à gloriiier Dieu Jjus- 
qu'nu soir 

De là, ils se levèrent pour se rendre dans 
un monastère situe très haut dans !a monta- 
gne et y faire l'offrande, car c'était la nuit 
du dimanche. Chemin faisant, ils rencontrè- 
rent Satan, le maudit, qui avait pris la forme 
d'un homme de la ville fort intelligent et de 
beaucoup de science. Il leur dit: •■ Où allez- 
vous, mes grands seigneurs? o Ils lui répon- 
dirent d'une seule voix : » Nous reviendrons 
bientôt, a 11 commença ensuite des ruses et 
leur dit : c J'ai entendu nier, mes seigneurs, 
un méchant homme se plaindre de vous au 
roi et lui dire sur votre compte des paroles 
mensongères; certes, cela ne convient pas à 
votre grandeur, car il a dit que vous adoriez 
le Dieu galiléen, pendant que les habitants 
de la ville, ceus de l'Afrique, de la Cappa- 
doce, ceux des pays d'Asie et de l'É^ypte et 
cnlin ceux de l'Iraq se sont soumis au roi, 
ont obéi à ses ordres ei se sont prosternés 
devant les idoles. Maintenant, ajouta Satan, 
faites en sorte que votre adversaire soit con- 



HISTOIRE DU MARTVR CLAUDE 



'7 



fondu et n'obtienne aucun succès près du 
roi, lorsque celui-ci vous aura vus tout prêts 
et tout désireux d'offrir un sacrifice à ses 
dieux. Je dois vous apprendre aussi que no- 
tre seigneur le roi ne vous obligera pas à 
faire plusieurs sacrifices; il se contentera 
d'un seul, après quoi Vous retournerez a 
votre précédente croyance. Ne croyez pas 
qu'il soit indigne de vous de vous soumettre 
h quelqu'un sur lequel vous avez tant de 
pouvoir. Toi, monseigneur Claude, lu es le 
fils des rois ; quant à Victor, il est aussi le 
fils du grand vizir, le familier du roi. Qui 
peut espérer d'avoir autant de grandeurs que 
vous? Quel cortège peut plaire aux gens du 
royaume autant que le vôtre ? Tous les grands 
personnages de la ville l'envient, surtout à 
cause de ta beauté et de ta bravoure à toi, 
monseigneur Claude. Je te dis, ô héros, que 
le roi de Rome sera fâché de voir cette de'- 
sobéissance de ta part, à toi qui as enrichi les 
pauvres de la ville et qui as pris soin des or- 
plielins. Si par hasard quelque mal vous ar- 
rive, tous les pauvres gens de la ville d'An- 
tioche mourront de faim. Croyez-moi, mes 
seigneurs ; \e n'ai jamais donné un mauvais 
conseil à qui que ce soit et je cherche le bien 



l8 



s d'Egypte 



de tout le monde. Écoutez-moi donc maîa- 
tenant, car je suis plus 3gé que vous qui n'ê- 
tes que des enfants. Vous ne connaissez pas 
les fâcheuses conséquences qui peuvent pro- 
venir de la de'sobéissance aux ordres du roi. 
N'avez-vous pas lu ce qui est écril : « L'ordre 
du roi est un feu bi'Clant? « Du reste, moi, 
je suis chrétien et fils de chrétiens; je no 
me suis prosterné devant tes idoles du roi 
qu'une seule fois et tous les jours je continue 
mes adorations d'autrefois. Sachez, mes sei- 
gneurs, que je vous ai aimés de tout moa 
cœur et que, comme serviteur de vos pères, 
je vous ai portés entre mes mains, alors que 
vous étiez tout petits. » — Ils lui dirent : 
" Qui es-tu, pour nous donner de pareils 
conseils? » — 11 répondit : ™ Je suis Diony- 
sios, que le roi a envoyé porter les lettres de 
paix au roi des Arméniens. Comme je suis 
un homme qui ne recherche que la pai\ et 
ia tranquillité, je lui ai rapporté une ré- 
ponse favorable, » Le saint Claude mû par 
le Saint-Esprit dit au saint Victor : n Je pense 
que cet homme est l'ennemi maudit, que le 
Seigneur le confonde! » Satan disparut aus- 
sitôt comme une étincelle de feu. 
Après s'être éloigné un peu, il prit la forme 



I 

I 



HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE I9 

«l'un esclave de haute taille, aux yeux bril- 
lants comme le feu, aux cheveux semblables 
aux soies d'un sanglier, tenant à la main 
une hache enflamme'e. Tout à coup un jet 
de fumée sortit de la bouche de Satan, après 
quoi il cria de sa plus haute voix : a Je dois 
mourir aujourd'hui, car Claude me presse 
et Victor aussi m'opprime l'esprit et l'âme; 
je dois mourir aujourd'hui, car ils m'ont en- 
fermé de toutes parts : si je me rends en 
Perse, j'y trouverai Mercorios ■ qui me gê- 
nera ; si je vais a Rome, j'y trouverai ton 
portrait, à toi, Claude, et il m'effraiera; de 
même à Antioche, j'avais voulu me cons- 
•truire un temple et je ne peux le faire. En- 
fin, je me suis rendu en Egypte où je me 
suis choisi un fils que j'at nommé roi à An- 
tioche, et lorsque je me suis construit un 
temple, voilîi que Claude et Victor veulent 
me chasser de leur ville. Mais je sais ce que 
j'ai à faire. Par ta vie, ô loi Claude, je ferai 
tout mon possible pour qu'on t'exile dans 
un pays cloîgne, où tu mourras dans des tor- 
tures infinies. Je sais, Claude, qu'on ne peut 

I. C'etl l'un dis erand» martyrs en l'honneur duqucUci 
inkurs copies ont fall toute une tirk d« tiicit), 




ao CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

pas s'approcher de toi; mais je camniaadM' 
rai qu'on le perce d'une lance au flanc/ 
comme on fit à ton. Seigneur Dieu le victo* 
rieuï. J'ordonnerai aux prêtres qui seront 
dans mon temple d'amonceler sur ton corps 
un grand tertre de terre, comme j'avais ori 
donné de le faire pour le tombeau di 
niaîire. Quanta toi, Victor, je le jure par 
mon immense force, je multiplierai tes torw 
tures devant les gouverneurs. Je sais que si 
j'ordonnais au roi de vous faire mettre 
mort ici, vos cadavres me chasseraient 
c'est pourquoi je ferai disparaître vos non 
de cette ville. Je me suis bien fatigué ii com- 
battre vainement l'Eglise. Dés le com 
cernent, j'ai fait que Lot connût ses deux 
-filles sans considérer cette action comme 
un péché; que Moyse ie législateur tuât 
l'Égyptien sans considérer ce meurtre comme 
un péché; qu'Aaron fit un veau d'or que 
les Israiîiites adorèrent comme si cette ado* 
ration n'eût pas été un péché; que Nabu» 
chodonosor pillât le peuple d'Isracl et les 
emmenât à Babylone avant qu'ils n'eussent 
reconnu le Dieu du ciel; qu'il jetât les trois 
jeunes hommes dans la fournaise, Ainsi il 
fut amené ii prier et à reconnaître Dieu, 



r 



U HARTVK CLAUDE 



Datfiel aussi détruisît le grand temple que 
l'avais dans la ville de Babylone, il tua le 
grand serpent qui me servait de demeure : 
pour cette raison, il fut l'ami intime des 
rois. J'ai excité les Juifs contre le Messie 
qui, malgré son crucifiement, a rendu mes 
forces vaines. J'ai fait que le chef des Apô- 
tres le reniât trois fois sans conside'rer son 
reniement comme un péché; que Paul per- 
sécutât les Apôtres, sans regarder cette per- 
sécution comme un péché. Depuis que loua 
ces pères ont été enterrés, je me sens un 
peu à mon aise; mais voici Claude d'Antio- 
che et Victor, fils de Romanos, qui me veu- 
lent persécuter en donnant la sépulture à 
tous les hommes que j'ai fait tuer par les 
rois. En vérité, je me sens très g^né de leur 
Toir pratiquer la charité et la miséricorde. 
Anba Pierre, patriarche d'Alexandrie ', me 
gène aussi dans sa ville. Ibsada, évèque de 
la ville de Psoî, a détruit mes temples jus- 
qu'à la ville d'Assouan '. Éloïgne-toi de 
moi, ô Claude, sinon je ferai que tes ennc- 

I. Ce Pierre d'Alexandrie fut le demigr martyr de 1> 
per*éciition de DJocldlicn. 

1, C'est ans exagéraiion ; kg temple) ont i\é dttrulli 
flirtoot apris la peisituion. 



Jz CONTES ET ROMANS D tGVPTE 

mis se réjouiront en voyant tes maisons ha-j 
biiëes par d'autres gens qire les tiens, les 
serviteurs s'eraparer de tous tes biens et de 
toutes tes richesses. Comme je sais que tUj 
te vanterais du martyre, je ne laisserai pas les 
bourreaux te couper la tête. Par la vie de 
ta tète, je détruirai l'église qu'on bâtira eir 
ton nom dans le pays d'Egypte, et je ferai 
en sorte qu'elle reste longtemps déserte.^ 
Quant a toi, Victor, coniinua-t-il, éloigne- 
toi de moi, car tu es petit de taille ; sinon j& 
te conduirai à la torture et te ferai soutfrir 
de la faim. » t 

A ces mots de l'esprit malin, le saint, 
Claude prit une pierre^ la lui jeta et (Ht ^ 
a Va-t-en d'ici, ô ennemi des saints purs,- 
que le Seigneur te confonde 1 • Satan s'en-i- 
fuLt dans la montagne criant comme un san- 
glier et si fort qu'il en étouffait presque. Les, 
deuic saints purs chantèrent alors ce psaume: 
<s Le Seigneur est ma lumière et mon salut, 
qui pourrais-je craindre? > Ils se rendirent 
ensuite au monastère où ils firent leur ofr 
frande; après quoi ils rentrèrent à la ville, 
escortés de deux nègres. 

Le lendemain, le roi envoya chercher le 
jaiat Claude, le reçut avec honneur et lai 



E HISTOIRE: DU MARTYR CLAUDE SJ 

it : 1 Salut, ô toi, Claude, mon cher amî ; 
! t'ai envoyé chercher pour faire ensemble 
' un festin, car c'est aujourd'hui le jour 

anniversaire de In nRissance de la reine. > 
Le saint lui répondît : i Si tu m'écoules 

»et renonces à l'adoration des idoles, nous 
célébrerons ensemble cette fête dans la Jé- 
rusalem céleste. » Ils passèrent ce jour à 
manger et à boire avec les grands per- 
sonnages de la cour. Cependant le roi as- 
sis à côté du saint, se mit à lui dire secré- 
lemeni : ■ ^e t'en prie Claude, obéis-moi 
demain, lorsque je te le demanderai au mi* 
lieu de ma cour. Je l'aime beaucoup et ne 
te demanderai de sacrifier qu'une seule fois^ 
Toute la cour attend que tu sacrifies. Je le 
jure par ta vie, Claude, si tu m'écoutes et 
m'obéis, je te donnerai le pouvoir absolu 
dans mon royaume. • — Le saint répondit : 
• Ecoute-moi, ô roi, et sauve ton 3me par 
tes œuvres de miséricorde, (ais-toi pardonner 
lies péchés par la pitié que tu prendras des 
fcpauvres, des indigents et des infirmes, comme 
lie prophète Daniel le dit autrefois au roi 
i Nabuchodonosor. Sache-le, 3 roi, je te le 
Ijure et te le dis : vive le Seigneur Jésus le 
{Messie, quand même tu me donnerais ta 



24 CONTES ET ROMANS D'ÉGVPTE 

royauté du monde enlier et ses honneurs, 
je ne laisserais jamais mon pied faire un p<-i& 
en avant vers la vile victime. Si toi-même, 
tu renonces à cela, continua le saint, Dieu 
t'accordera le pardon, • 

Lorsque le festin fut fini, chacun r 
chez soi. Le saint, voyant son nègre qui le 
suivait, lui dit : o Va voir si l'on a empri- 
sonné quelqu'un et sauve-le. > Le nègre s'en 
alla et exécuta l'ordre du saint. Le saint 
Claude se rendit à la maison du bienheureux 
Victor et raconta à son ami tout ce que lui 
avait dit le roi. Le saint Victor s'attrista 
beaucoup et s'écria ; > Quelle grande persé- 
cution on prépare aux chrétiens ! « Ils chan« 
tèrent ensuite le cantique des trois jeunes 
hommes : n Sois béni, ô Seigneur, Die 
nos pères, que ta bénédiction abonde, que 
Ion nom soit glorifié h jamais; car tu es 
juste, ô mon Dieu, en toutes tes actions, ti 
jugements sont droits en tout ce que tu ; 
fait, en tout ce que tu as décidé de nous et 
de Jérusalem, la ville de nos pères; car c'esi 
avec justice que tu nous a traités ainsi s 
cause de nos péche's, de notre éioîgnement 
de toi, de notre désobéissance à tes ordres, 
parce qu'enfin nous n'avons pas observe' les 



I 
I 



HISTOIRE DU MARTVR CLAUDE 23 

commandemeals que tu nous avais imposés 
dans noire intérêt. C'est encore avec justice 
que tu nous a livrés aux mains de nos hypo- 
crÎKs ennemis, U'un roi injuste, le père de 
tous ceux quisont injustes sur la terre. Main- 
tenant, nous ne pouvons pas ouvrir la bouche 
à cause de la confusion et de la honte qui 
pèsent sur la tète des serviteurs de ton nom, 
car il n'y a de notre temps ni chef, ni pro- 
phète, ni guide, ni offrande, ni flambeau, ni 
lumière par lesquels nous puissions espérer 
en ta miséricorde. Malgré cela, nous nous 
présentés (levant loi comme des 
, béliers, veaux, moutons chargés de 
graisse, pour être égorgés entre tes mains- 
car ceux qui espèrent en toi ne seront jamais 
confondus. Désormais nous te suivrons de 
bon cœur, nous te craindrons et te cher- 
cherons, ô noire Dieu, Ne nous humilie pas, 
traite-nous selon ta bonté et sauve-nous 
par la miséricorde, glorihe ton nom comme 
tes merveilles. Confonds et humilie ceux qui 
cherchent le mal. Que par ta volonté leur 
force soit défaite, leur grandeur avilie; 
qu'ils sachent et soient assure's que tu es 
le seul Dieu qui domine sur la terre. 
Glorifiez Dieu, o vous qui êtes ses su- 

TO.ME 11. ï 



ÏO 



COUTES ET ROMANS D EOVPTE 



jets, bénissez-le, exaltez-le il jamais • '. 
Ils continuèrent tous les ijeux â chanter 
jusqu'à l'heure de la prière. Le lendemain 
matin, le roi envoya chercher le saint Claude, 
et lorsqu'il le vit, il lui dit : • Sois le bien- 
venu, ô homme ve'ne'rable, intendant du 
château ! je t'ai envoyé chercher ce jourd'hui 
afin que tu sacrifies, » — Le héros respec- 
table, le saint Claude dit : • Une seule parole 
suffit a l'homme sage. • — Le roi répondit . 
• Je jure par la grandeur de mon royaume 
que si tu m'dcoutes, Claude, je ferai un jour 
de fèie dans la ville en ton honneur, en 
celui des pauvres, des infirmes et de tous 
les besogneux, je te donnerai deux kanlars 
d'or afin que tu les distribues entre les in- 
digents et les prisonniers, b — o Garde tes 
honneurs pour toi-même, répliqua le saint 
Claude ; tu ne feras pas présent à autrui des 
choses de ta maison, car je n'assisterai pas 
à ce vil sacrifice. • Le roi se tut et ne dit 

Le saint héros, Je seigneur Claude le 

I. Il vu «ans dire que cette piC^cc ne te trouve pas dana 
le livre de Daniel ; les premières et tel dernières paroles 
bcules tonl cmpruntÈeB ru cantique des trois (ewiei gsOS 
dans 11 fouruaiu. 



r 



nu MARTYR CLAUDE 



I 



57 

guerrier sortît d'auprès de lui dans l'inten- 
tion de ne plus retourner. 

Le saint Claude avait une sceur qui avait 
embrassé la loi orthodoxe : elle suivait la 
voie de Dieu avec crainte. Elle se nommait 
Théognosta et avait pour mari un grand sei- 
gneur du palais royal, nommé Hadrichis. 
Celui-ci alla informer sa femme de ce que le 
roi avait dit au saint Claude. Elle s'attrista 
beaucoup au sujet de son frère bien-aimé, le 
seigneur Claude. 

Or, L'homme de Dieu, étant sorti du palais, 
se rendit chez le saint Victor et lui apprit 
tout ce qui lui était arrivé. « Je sais très 
bien, répondit alors le bienheureux Victor, 
que le roi fait tout son possible pour accom- 
plir la volonté de son père Satan, a — L'au- 
tre reprit : ■ Je me rappelle les recomman- 
dations que m'a faites mon père spirituel ' ; 
garde-toi bien, mon fils, ne laisse pas Satan 
te faire oublier le nom de Notre-Seigneur 
Jésus le Messie, u — Le bienheureux Victor 
soupira alors et dit : » Que c'est vrai ce qu'a 

I. On Tait ici parler Claude comme s'il «fit £iâ ua 
moine : c'esi, je crois, nue preuve que le r^cît «t l'aUTte 



aS 



CONTES ET ROMANS D "EGYPTE 



dit le livre des Psaumes : La vie des hom- 
mes justes et bons est bénie I Lorsque tu 
m'as appris cette nouvelle, je me suis senti 
bien triste, surtout parce que mon père m'a 
(lit ; Garde-toi bien de prononcer le nom de 
-Jésus le Messie, je nfi veux plus l'entendre 
sortir de tn bouche, o Ils se mirent alors à 
se lamenter sur leur sort. 

Cependant, le roi fit appeler Romanos, 
père du saint Victor, et lui demanda conseil 
il propos du saint Claude, comme Absalon à 
Achilophel. ■ Écoute-moi, ô roi, dit Roma- 
nos, Courage! ne t'occupe plus de Claude. 
■Mois je t'en avertis, ne le fais pas mettre à 
mort ici, car les habitants de la ville se sou- 
lèveraient contre toi et te tueraient. D'un 
outre côté, si tu le laisses ici, il excitera tes 
ennemis ii te combattre, il écrira au roi de 
Rome qui lui aussi viendra te faire la guerre, 
Si tu veux suivre mon conseil, exile-le en 
Egypte, car l'homme sage a dit : « Tue ton 
«nnemi pour te débarrasser de lui. • — o Tu 
as raison, répondit le roi; mais je crains 
que le roi de Rome ne l'apprenne et ne 
vienne me faire la guerre. Cependant, mal- 
gré ma crainte, je suivrai Ion conseil et je 
l'exilerai. • 



I 



HISTOIRE DU «AUTïit CLAUDE ag 

Dés le lendemain matin, le roi Kt venir le 
^ainl Claude et lui dit : « Cesse de te rebel- 
ler et adore mes dieux. Sache que si lu ne 
m'obéis pas, je l'exilerai dans le pays d'E- 
gypte, et Va lu mourras sur une terre e'tran- 
gère. B — Le saint Claude répondit : a Voici 
mon corps entre tes mains. • En un mot, le 
Toi continua longtemps d'insister, mais en 
vain. Enfin le roi lui dit : t Écoute-moi. Va 
délibérer en toi-même jusqu'à demain : après 
ce jour, si tu ne m'obéis pas, je t'eïilerat 
sans faute, n Le saint Claude sorutdu palais 
royal et alla trouver le saint Victor qui l'at- 
. tendait : tous deux se mirent en marche. 
Un lépreux les vit et s'écria tout à coup : 
( O mes seigneurs, salut à vous, capitaines 
chéris : donnez-moi quelque chose à man- 
ger, u Comme ils le virent nu, ils lui donnè- 
rent chacun une chemise. Le lépreuK tomba 
-aussitôt a genoux et dit ; • Mes seigneurs, 
.vous m'avez fait une grande miséricorde, à 
.moi qui suis bien malade! » Dès que les vê- 
lements des deux saints martyrs eurent tou- 
ché son corps, il se redressa comme s'il 
n'eût jamais été malade. Il se mit ensuite à 
courir après eux, car il craignait que la ma- 
ladie ne le reprît dès que les deux saints se 
TOME II. 2- 



r 



3û CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

seraient éloignés de lui. Ceux-ci le signèrent 1 
du signe de la croix sainte, lui donnèrent do 1 
l'or et lui dirent : « Va-l-en, crois en Dieu 
et nourris-toi du travail de tes mains. >> n 
prit congé d'eux et passa toute la journée à 
rendre grâce a Dieu. Le saint Claude envoya 
ensuite chercher Hadrichis, le mari de sa 
soeur, et lui dit : n Tu sais que tous mes pa- 
rents sont morts et qu'il ne me reste que ' 
ma sqeur. Je t'apprends qu'on va ra'exiler J 
demain. Maintenant je te recommande, 
mon cher frère, de continuer à la traiter | 
convenablement. Je te conjure, mon cher , 
frère, de ne point l'attrister, car elle e 
venue orpheline de père, de mère et de 
frère ', Réfléchis à ce!a, mon frère : je ne j 
t'ai jamais dit un mot grossier. Traiie-1; 
la même pitié et miséricorde que tu ferais . 
pour moi : elle va rester seule, malheureuse 
et orpheline. Je te conjure aussi de ne pas 
lui dire qu'on m'a exilé, ni toi, ni le 
viteurs, ni les miens. Si elle fait des inter- , 
rogations à mon sujet, qu'on lui reponde que 



I. Je conserve ic 
quoiqu'il ne soit pa 
comprendre la nali 



it idlatUme arabe et peul-éircc[q)l(^ I 
e miEe en fraD^aii ; mais il fait aiieu|( ^ 



HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE 



3i 



fie roi m'a envoyé à la guerre : autrement, 
elle en mourrait. Je te prie enfin, continua 
le saint, de donner tous mes biens aux pau- 
vres, aux malheureux et aux indigents. » A 
ces paroles du saint, Hadrichis, son beau- 
frère, s'écria : « Malheur à moi ! mon cher 
frère, quelle triste nouvelle tu viens de m'ap- 
prendrel ■ Il se jela ensuite à ses pieds pour 
les baiser, puis il s'écria de nouveau: n Mon 
malheur et celui de ta sœur sont vraiment 
grands! si elle apprend cette nouvelle, elle 
se jettera dans la mer sans aucun doute. ■ 
Cependant le bienheureux Victor pleurait 
amèrement et abondamment, les yeux bais- 
sés à terre. Le saint, les voyant pleurer, se 
mit à pleurer aussi. Le saint Victor se jeta 
sur son cou, pleura tristement et dit: i Adieu, 
mon cher Claude; je suis devenu vraiment 
orphelin. La tristesse de mon cœur est dou- 
blée à cause de toi, Claude, qui vas me 
quitter, me laisser seul et orphelin, a Ces pa- 
roles étaient accompagnées de pleurs amers. 
Ils passèrent la nuit sans boire ni manger. 
Le lendemain matin, le roi envoya cher- 
cher le saint Claude et lut adressa la parole 
en ces termes : « As-tu pris conseil de toi- 
même, et as«tu résolu de te prosterner de- 



3l CONTES ET ROMANS D'ÉOYPTE 

vani mes dieux? ■ — Le saint répondit : i Je 
ne me prosterne que devant Je'sus le Messie, 
mon Dieu et celui de mes parents ». — Le 
roi reprit : • Je voudrais bien ne point l'exi- 
ler, Claude ; mais voilà que tu m'obliges à le 
faire. • — Le saint Claude lui répondit : 
« Fais vite ce que lu veux faire, u Le roi 
écrivit aussitôt une lettre, [!a remit à six 
soldats et leur ordonna d'emmener Claude 
en Egypte, de le remettre aus mains d'A- 
rien, le gouverneur. Les gardes le condui- 
sirent vers la mer, pendant que le saint Vic- 
tor et un grand nombre d'habitants de la 
ville ie suivaient pas à pas, tous pleurant et 
se lamentant. Le saint Victor qui n'avait 
alors que quinze ans n'eut à subir aucun 
mauvais traitement de la part du roi. 

En ce temps vivait un prêtre aimant Dieu, 
nommé Fromentios, qui, apprenant cette 
nouvelle, se rendit à la h3ie pour voir le 
saint Claude une dernière fois. Lorsqu'il le 
vit, il s'écria ; o Sois victorieux de tes enne- 
mis, loi à qui la victoire a été accordée! 
l'rends courage, ô toi à qui la force a été 
donnée ! Que lu es heureux, Claude, qu'il 
était bon le lait que tu as sucé, toi qui es la 
lumière d'Antioche, ô grand émir du roi su- 



1 



r^ 



DU UAItTVR CLAUDE 33 

■ 'ptéme, ô homme respectable et élu qui es 
I Borli d'une race véne'rable! Qui habillera 
désormais ceux (lui sont nus comme tu le 
faisais ? d A ces mots, il tomba aux pieds du 
saint et se mit à les baiser en ilisani : » Je le 
confie à Dieu, ô mon seisnour et niaîire, 
Claude! Souviens-toi de moi, ô homme vc- 
ridique et béni! » Ensuite, dans sa douleur 
et sa tristesse, il leva les mains vers le ciel et 
dit : • Courage, en ce jour! Quelle religion 
et quel juge osent condamner à mort le hé- 
ros et le cavalier, défenseur d'une ville ou 
I plutôt d'une province ? David s'attrista pour 
l'avoir condamné Iphtarak et Jonathan '; 
mais toi, mangeur de chair humaine ', tu as 
' ardonné d'exiler et de tuer ce héros, d'étein- 
' dre la lumière d'Anlioche, de déraciner le 
. grand arbre qui projetait de l'ombre et enfin 
de briser la grande colonne. Tu es venu ici 
en e'tranger et lu oses chasser les habitants 
de la ville, d 

En ce moment, l'un des eunuques du roi 
lui ôta In tète du tranchant de son épée. Le 






19 doute corroinpug, fontallus 
! Eïpressioii arabe i^igiiifii: calo 



34 CONTES ET ROMANS c'ÉGVPTE | 

saint Victor ordonna à ses serviteurs d'em- 
porter le corps du saint. Ils accomplirent 
l'ordre de leur maître. Une femme ayantdit 
à ses voisins ; a Quel grand malheur vient 
aujourd'hui de frapper la ville ! Le roi vient 
de décider l'exil du grand seigneur Claude, 
l'éloquent; « une autre femme aveugle s'é- 
cria : " Que ne puis-je trouver un homme 
qui ait la charité de me prendre la main et 
de me conduire à l'endroit où se trouve la 
grand e'mir, fils du roi, afin que je le pleure ; 
car vraiment c'est une grande perte ponc 
moi que son esil, puisque c'est lui qui s 
cupait de moi. b Et l'on dit qu'elle ajouta cet i 
derniers mots ; " N'avez-vous rien entendu' i 
dire au sujet du seigneur Victor, fils de Ro* 
manas ? n On lui répondit : « Nous n'avons \ 
rien entendu dire à son sujet. • — Elle r( 
prit : B Le malheur qui me frappera ser 
grand si l'on exile le saint Claude; mais 1 
seigneur Victor me donne aussi à manger, I 
vient au secours de ma faiblesse et de ma ] 
vieillesse, a Elle se retourna ensuite vers la [ 
femme qui lui avait appris cette nouvelle et i 
lui dit : Ma sœur, je te donnerai deux di- 
nars, si tu me conduis où est ce saint afin ' 
que le pleure, t — Celle-ci répondit : « ! 



HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE 



35 



aussi je tiens à le voir avant qu'on l'exile. •> 
A ces mois, elle prit la main de la femme 
aveugle et toutes deux se rendirent à l'en- 
droit où se trouvait le saint Claude. Elles y 
trouvèrent une grande foule. En ce moment 
la femme aveugle s'e'cria : n Quel crime as-tu 
commis, mon seigneur, pour qu'on t'exile? » 
Aussitôt des écailles tombèrent de ses yeux : 
elle vit la lumière. La foule s'e'cria d'une 
seule voix. « 11 est unique le Dieu du ciel, 
Jésus le Messie 1 d 

On conduisit alors le seigneur saint Claude 
dans la barque. Le saint Victor, après lui 
avoir baise le cou, les yeux et les mains, 
se mita pleurer et dît : a Adieu, mon cher 
frère Claude! adieu, nmi de mon Smel adieu, 
joie et consolation de mon cœur. " Le saint 
lui fit SCS dernières recommandations pour 
Sa scEur, lui donna tous ses biens pour les 
distribuer entre les pauvres et les malheu* 
reux. Sa sceur n'avait rien appris de ce qui 
était arrivé h son frère. Dès ijue la barque 
sS mit en mouvettient, le saint Victor s'écria 
de nouveau : « Adieu, mon cher frère 
Claudel 1 Celui-ci, de son côté, lui répondit 
de la barque ; « Je te confie à Dieu, mort 
cher frère Victor 1 n'oublie pas rengagement 



36 



CONTES ET ROMANS D'^CVPTK ■ 



conclu entre nous, ne néglige pas ma sœur. rM 
' Le bienheureux Victor continua de crierl 
après la barque jusqu'à ce qu'elle se fût éloi-3 
gnée et que tous les deu\ ne s'entendissent^ 
plus l'un l'autre. Les serviteurs du saint Vicl 
tor arrivèrent à la hâte, l'enlevèrent lie vive,| 
force et le portèrent chez lui tout triste. Là, , 
il tomba évanoui. Sa mère, le voyant enJ 
cet état, déchira ses vêtements, se mit à pleu^j 
rer et dit : « Que t'es-t-il arrivé, ô lumiérej 
de mes yeux? « Lorsque les serviteurs iuïM 
eurent appris ce qui venait d'arriver, elle saj 
jeta sur le cou de son tils et se lamenta';^ 
mais lui, il ne put se lamenter, tellement ill 
était triste. Son père Romanos, au retour du J 
palais, le vit en cet état et demanda des 
plications. On lui apprit tout ce qui avait eu J 
lieu. « Pourquoi, mon fils Victor, reprit Is'J 
père, t'attrister au sujet de Claude ? b ViciorJ 
ne répondit point. Romanos dit alors à Mar-| 
Ihe, son épouse : ■ Si tu aimes ton fils, 
commande-iui de ne plus invoquer le nom 
de Jésus le Messie. Tu comprends, ajouta : 
Romanos, que si le roi n'a pas eu pitié 
Claude qui est issu [de famille royale, à pIusJ 
forte raison il ne nous épargnera pas. 
Marthe, ia mère, lui dit ; t Va-t-en loin ds I 



■ HISTOFRE DU MARTYR CLAUDE 'ij 

moi, n'attriste pas mon fils qui est encore 
jeune. » Elle se retourna ensuite vers soa 
tils et se mil à le prier de prendre un peu de 
nourriture; mais il refusa de manger et de 






efQt. 



Que 
duîsii 



brave saint Claude, on le con- 
andrie, on remit les lettres au 
gouverneur. Celui-ci, dès qu'il eut laissé 
tomber son regard sar le saint, fut dans une 
grande admiration de la grâce divine qui 
habitait en lui ; il dit : n En vérité', il est 
grand le saint Claude ! mais aussi la lettre 
du roi est digne d'attention. • Ils naviguè- 
rent ensuite en remontant le Nil jusqu'à la 
ville d'Antinoil-, Là ils ne trouvèrent pas le 
gouverneur qui était brouillé avec sa femme 
à cause du frère de celle-ci, le saint Colu- 
thos ', qu'il avait fait tuer. Pour cette raison, 
elle ne le laissait pas habiter h Aniinoi.', tant 
elle le couvrait d'injures et de reproches. Us 
remontèrent donc vers El-Qoussyeh et As- 
siout d'iiprès le conseil des habitants d'An- 
tinoÈ, Là, ils trouvèrent Arien et lui remi- 



s ane liigeûdc dont il n< 
croi^, qu'une iiiialy»i. 



38 CONTES ET ROMANS D* EGYPTE 

rent les lettres. En voyant le saint Claude, 
Arien fut dans un grand étonnement et lui 
dit : a Ah ! c'est toi le seigneur saint Claude ! 
Que t'est-il donc arrivé pour que l'on t'en- 
voie ici ? Vraiment tu as fait une grande et 
merveilleuse chose dans la ville d'Antioche ! » 
Arien insista de cette façon, espe'rant pouvoir 
exécuter l'ordre du roi ; mais ses espérances 
furent vaines. 

Le saint Claude, après avoir accompli sa 
bonne carrière, fut martyr près d'une ca- 
verne dans une montagne située dans le 
nome d'Assiout. De là, son âme fut portée 
dans le royaume des cieux, le saint Claude 
n'était alors accompagné que d'un seul es- 
clave, car il avait affranchi les autres. L*es- 
clave, son compagnon, prit son sang dans 
un mouchoir propre, le conserva et resta 
dans ce même endroit une année entière ». 

Un grand nombre de chrétiens furent 
martyrs de la main d'Arien. Arien lui-même 
fut appelé un jour par le Dieu bon à prendre 

I. Il est étonnant de ne pas trouver ici le récit de la 
mort de Claude ; mais il faut se rappeler que cette mort 
a été racontée avec détails dans la prédiction de Psoti, et 
tout dut se passer selon cette prédiction. 11 était donc 
inutile de recommencer. 



I 



HiSTomE DU MARTYR cr.AuiiE 33 

sa part du martyre. Il partit pour la ville 
d'Antioche et confessa Jésus le Messie. Aus- 
sitôt que le saint Victor eut entendu dire 
qu'Arien était en prison, il s'y rendit cou- 
rant comme un courrier, car ii était tout 
triste ei troublé de n'avoir appris aucune 
nouvelle au sujet du saint Claude. Dés qu'il 
vit Arien, il lui dit ; n Es-tu Arien? > — 
Arien répondit : ■ Oui, je le suis, mon sei- 
. gneur. ■> — Le saint Victor reprit : c Qu'as- 
lu fait de mon frère aimé ? l'as-lu fait mei- 

ttre a mort.' ■ Ces paroles du saint Victor 
étaient accompagnées de pleurs amers. Arien 
raconta alors au saint comment Claude avait 
accompli son martyre, Le saint Victor se 
hâta de l'aller raconter à la sœur du saint 
Claude, il lui dit : • J'ai trouvé Arien en 
prison et ii m'a raconté ce qui est arrivé à 
ton frère. » Elle pria le saint Victor de la 
conduire à la prison vers l'heure du soir. 
Lorsque le soir fut venu, il la conduisit h la 
prison, elle, ses servantes et son mari. Dès 
qu'elle vit Arien, elle s'écria : • Qu'as-tu 
fait, Arien, de mon frère chéri ? Dis-moi 
commentva mon frère? o — Il lui dit: • En 
vérité, je n'ai pas tourmenté ton frère, je n'ai 
permis ii personne de le toucher : mais lors- 



40 CONTES ET ROMASS D*ÉGYPTE 

qu'il m'a désobéi à moi et à l'ordre du roi, 
j'ai ordonné de le percer d'une épée '. C'est 
ce qu'on lui a fait : ainsi, il est mort sans 
que je Taie voulu ; c'est lui-même qui l'a 
voulu. » A ces paroles d'Arien, la sœur 
(lu saint Claude s'écria : « Que t'avait-il 
fait, Arien, pour que tu le fisses percer d'une 
cpéc et mourir de la plus misérable mort? 
Plût à Dieu, Arien, que l'épée qui a percé 
mon frère eût percé tes entrailles! J'aime- 
ruis mieux que tu m'eusses percée moi- 
nicmc avant mon frère. Plût à Dieu que 
le sang de mon frère fût entré dans mes 
veines pour venger mon sang par le tien? 
Tu m*ns brûle les entrailles, ô Arien, tu me 
les as brùlccs avec du feu ! N'as-tu pas au- 
jourd'hui une tendre compassion pour mon 
Irôro que lu as lue injustement? Que ne 
puis-jo trouver quoiqu'un pour faire parve- 
nir octlc nouvelle à ma mère : on a tué ton 
lils i'.laudo *. Il n'y avait personne près de 

t Ou * ^\l plus luut que Claude devait être percé d'une 
IaUvv ; r^iutour u\y regarde pas de si près. 

». Il Noutblc eiouuâui de trouver ici cette phrase, lorsque 
('.Uudc lui mcme a dit prcSrcMemment qu'il avait perdu ses 
(Mtvuis 11 ne «crait pas impossible que le messager de- 
tnaïKio d\U aller iy>rter cette nouvelle en enfer, ce qui 
to»ait aUvx dis)varaîtrc la contradicîioîi apfvareuie 



I'toi, mon frère, lors de ton meurtre, 
jceur, ni même un étranger, car on t'i 
mort dans un pays ctranger. Malheur : 



Claude, rr 


ion frt 


Te chéri 


; malheu 


r à moi 


pour la grande 


misère c 


)ù je me 


trouve ! 


Mon frère 


chtiri, 


je ne ve 


ux plus vi 


vre après 


rwi un seu 


,1 mot! 


lent. O r 


non frère, 


, lumière 


-de mes yeuï, on 


m'a pri\ 


'ée de l'éclat de ta 


[belle àguc 


e. Plût 


à Dieu que les vei 


-s eussent 


■ dévore me 


s chair 


s dans l 


a tombe a 


va m que 


J'eusse app 


ris ton i 


neurlre. 


Ômonfrér 


e Claude! 


'que mes 


entrailles n'ont 


-elles été 


ouvertes 


avant qu'i 


an m'e 


ût dit q 


ue tu as 


été percé 



e épée ! Regarde et contemple ta sœur ; 

che, Claude, que sa tristesse est grande, 

mes paupières ne me pourront plusfour- 

assez de larmes. Malheur à moi, mon 

l frère Claude ! Quelle consolation puis-;e avoir 

L désormais? A quel moment pourrai-je at> 

[■tendre ton arrivée? Souviens-toi, moa frère 

, Claude, du moment où tu retournais de la 

bataille ecoîi je sortais a la rencontre pour 

l'ouvrir mes bras et baiser ta belle bouche ! 

Je ne veux pas être séparée de toi, car lu es 

plus jeune que moi, et cependant tu es ma 

gloire et la joie de mon cœur. Si tu m'aimes, 

Claude, mon frère, prends-moi près de toi 



41 CONTES ET ROMANS b EGYPTE 

pour ne pas me laisser dans cette tristesse ■ '. 
A ces mots, elle tomba évanouie ; car la 
douleur qu'elle ressentait de la mort de son 
frère lui brûlait les entrailles. 

Le saint Victor se leva aussitôt, mit les 
mains sur sa tète, arrosa sa figure d'eau. Son 
mari et ses esclaves, la voyant en cet état, 
déchirèrent leurs vêtements. Après deux heu- 
res d'êvanouissemeni, elle ouvrit les yeux et 
parla au saint Victor qui la pleurait. Tous 
les prisonniers, môme Arien, pleuraient amè- 
rement à cause des cris et des lamentations 
qu'ils entendaient faire à la soeur du saint 
Claude. Pour la tranquilliser, Arien lui dit : 
<> Je ne suis venu ici, ma sceur, que pour 
être martyr comme ton frère •. — Elle ré- 
pondit : • On m'a donc menti en me disant 
qu'il était parti pour livrer bataille! On n'a 
pas voulu me le laisser voir au moment de 
son exil, on me l'a enlevé comme un prison- 
nier! » On la conduisit ensuite chez elle oîi 



ue vïguemenl. Elles tont déparées par beaucoup di 
el quelques-uns dclkats Ce n est pas le plus mau 



elle continua lie pleurer, nuit el jour. Dès 
lors, le saint Victor alla ions les jours la vi- 
siter et la consoler jusqu'à ce que le temps 
de son martyre fût arrivé. On l'exila en 
Egypte pour y terminer sa carrière. Après 
cela, Dieu devait renverser le trône de Dio- 
clétien el nommer roi Constantin qui ren- 
versa les temples et ouvrit les portes des 
églises. Les saints et les martyrs jouirent 
partout de la tranquillité, 

Voilîi ce que j'ai trouvé dans le premier 
livre composé par Aristote le philosophe et 
dicté par Anastase, serviteur du martyr et 
seigneur Claude, lorsqu'il fut de retour d'E- 
gypte après que son maître eut consommé 
son martyre. Cet ouvrage fut déposé dans 
la bibliothèque de la ville capitale de Gap- 
padoce ; mais le martyr copte fut conservé 
dans le pays d'Ëgypic. 

Que dois-je dire maintenant, ô Seigneur! 
comment déccire les honneurs mérités par 



tout notre pays du flambeau de 



, qui 



klai 



Sa charité s'exerça non-seulemeni en faveur 
des pauvres de la ville d'Antioche ; mais elle 
fut grande aussi pour les pauvres du monde 
entier. Puisque .nous sommes réunis ici, que 



44 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

chacun de nous ouvre sa main pour faire 
l'aumône ; que Tun donne un habit, Tautre 
un morceau de pain, afin que ce saint con- 
naisse nos bonnes intentions et se réjouisse 
avec nous. Si vous voulez savoir combien 
était grande sa joie lorsqu'il faisait miséri- 
corde ou charité, combien était immense 
son amour pour les étrangers, écoutez-moi, 
je vais vous le raconter. 

Pendant le gouvernement du pasteur hon- 
nête, de la cloche de Torthodoxie, du grand 
Sévère *, Dieu, qu'il soit exalté, voulut dé- 
couvrir le corps du saint Claude. Sévère fit 
bâtir une belle église en l'honneur du saint, 
y attacha un prêtre très charitable, surtout 
envers les étrangers pour lesquels sa table 
était toujours préparée. La nouvelle de sa 
bienfaisance se répandit partout. Lorsque ce 
saint homme fut mort, on mit h sa place un 
autre prêtre qui était dur de cœur et qui 
haïssait les pauvres et les indigents. 

Un jour, vers le soir, quatre juifs vinrent 
à l'église pour y passer la nuit. Ils étaient de 
la ville de Psoi et se rendaient à Antinoê 

I. Il s'agit de Sévère, patriarche monophysite d'Antio- 
che qui, chassé de son siège, dut se réfugier en Egypte. 11 
est reste très en honneur près des Coptes. 



I 



poar se plaindre au Kaschef ' de l'injustice 
des grands personnages lie ia ville. Le prê- 
tre les ayant vus à la porte, ne se eonienla 

chassa loin de i'e'glisc avec grossièreté. La 
nuit, le saint martyr vint à la porte de l'é- 
glise, sous la forme d'un riche personnage. 
Il dit à ces juifs : « D'où ctes-vous ? U'où ve- 
nez-vous? pourquoi dormez-vous ici avec 
vos montures?» — Ils répondirent : n Nous 
sommes des étrangers, habitants de la ville 
de Psoi. • 11 dit alors à son serviteur -d'aller 
chercher le prêtre. Celui-ci vint aussitôt, 
tenant une lampe à la main, et ouvrit la 
porte. Dés qu'il vit ce grand personnage, il 
lui baisa les mains, le salua et lui dit : • Sois 
le bienvenu, monseigneur! D'oii viens-tu à 
pareille heure ? n — Le saint dit : n Je viens 
du sud du pays d'Esnch : je Jésire recevoir 
bénédiction dans l'église et faire offrande 
pour un vœu que j'ai fait. » — Le prêtre 
répondu : ■ Très bien, ô grand personnage 
vénérable, entre, ô homme honnête. > A ces 

. Cm le nom d'un magistrat arabe. Coonns il s'agit 



46 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

mots, il ordonna au poriier d'étendre vite 
un tapis, de mettre des coussins et de tuer 
un mouton. Loi'sque tout cela fut fait, le 
saint Claude, sous la forme du grand per- 
sonnage, dit à son serviteur : « Un tel ! in- 
vite ces gens à venir manger avec nous. • Le 
prêtre dit : ■ Je leur ai déjà donné à manger; 
d'ailleurs il n'est pas convenable qu'ils man- 
gent avec toi, Le saint ordonna à son ser- 
viteur de les introduire quand même, ies fit 
asseoir prés de lui, sur le même tapis, les pria 
avec instance de manger. Ils mangèrent et 
burent tout ce qu'on avait préparé pour lui. 
Après avoir mangé, les étrangers remerciè- 
rent le grand personnage et le bénirent. 

Aussitôt le saint Claude donna l'ordre a 
son serviteur d'attacher le prêtre à une co- 
lonne. Quand il l'eut fait, le serviteur prit 
un fouet et frappa le prêtre de coups nom- 
breux. Celui-ci jetait des cris et disait : < Aie 
pitié de moi! » mais le serviteur continua à 
le fouetter pendant trois heures, si bien que 
le malheureux fut sur le point de rendre 
l'àme. Le saint ordonna ensuite de le jeter 
hors de l'église. Les étrangers crurent alors 
que c'était le Kaschef en personne; ils se 
prosternèrent devant lui et lui dirent ; 



□ IRE DU MARTVR C 



^H ■ Nous t'offrons nos prières, noire seigneur 
^B et maître ; nous sommes venus de notre pays 
pour porter plainte devant ta seigneurie et 
la grandeur contre les grands seigneurs de 
notre ville qui nous ont traités injustement, n 
^H — Le saint Claude repondit ; t Je ne suis 
^H pas le Kaschef; mais je lui écrirai une lettre 
^H pour qu'il fasse droit h votre demande. • Il 
^" écrivit aussitôt une lettre où il faisait con- 
naître leur demande et les congédia. Quant 
au prêtre liont nous avons parlé, son corps 
devint tout enflé des coups qu'il avait reçus, 
: parents l'emportèrent très souffrant 
^dans sa maison. 

nuit suivante, ie saint Claude lui ap- 

1 parut et le menaça en disant : n O homme 

r vill pourquoi es-tu dur envers les hommes 

f- qui ont été créés à la ressemblance de Dieu ? 

1 Pourquoi hais-m les pauvres? Pourquoi ne 

e pitié des indigents et ne 

aumône de mes propres 

e laisses tu pet 



iux-tu pas prendre 
ens? Pourquoi n 
e offrande pour 






nt faire 
i^ Est- 



|ue je t ai mis dans mon cglise pour que 
;n manges les biens à toi seul? Voici la 
Lparoie que m'a dite le Seigneur : Tu ne 



48 CONTES ET ROMANS D 'EGYPTE 

quitteras point ce lit où tu es couché avant 
de mourir; car c^est la punition de tout prê- 
tre qui sera sans miséricorde dans mon 
église. Demain, ajouta le saint, tu dois ra- 
conter aux hommes ce que je t'ai dit. » Dès 
le lendemain matin, le prêtre raconta aux 
gens tout ce qu'il avait vu. Dès lors, il resta 
souffrant jusqu'à ce qu'il mourût. Avez-vous 
vu, mes frères, la punition de ceux qui n'ont 
pas de miséricorde et qui maltraitent les 
hommes? 

Je me rappelle très bien, ajoute le narra- 
teur, ce que j'ai vu de mes propres yeux ici 
même, dans cette église où nous sommes 
réunis. Un jour, le roi Anastase envoya 
l'ordre en Egypte d'exiger de ses habitants 
une somme d'argent très forte. Il exigeait 
de chacun des riches personnages une livre 
d'or qu'on devait porter au palais royal, et 
de chacun des pauvres un dinar. L'émir 
d'Egypte était alors un homme au cœur dur, 
injuste, infidèle, qui détestait les pauvres et 
leur réclamait une somme plus forte que 
celle fixée par le roi. Lorsqu'il fut arrivé à 
El-Qoussyeh, du nome d'Assiout, il entra 
dans l'église le jour même de la fête du saint 
Claude : il y trouva une grande foule occu- 



HISTOIRE DU 



49 



I pée à célébrer la fête du saint, et nioi, che'- 
tif, je me trouvais dans cette foule. Au mo- 
meut où avant de lire l'Évangile nous 
chantions : Agios a Theos; ce qui signifie : 
Saint est Dieu; i\ entra avec un grand or- 
gueil, suivi de ses soldais qui tenaient des 
lances h la main, comme font les Begas ', 
et qui se mirent it casser les chandeliers avec 
leurs lances. Toute la foule fut remplie de 
peur et d'effroi, car elle avait entendu piirler 
de lui. Il ordonna ensuite aux soUats de se 
tenir à la porte de l'église alia que personne 
ne s'en fût. Il sortit lui-même hors de l'é- 
glise; il trouva les mets prêpare's pour ceux 
à qui l'on devait donner à manger, il s'assit 
et les mangea, lui, ses serviteurs et ses sol- 
dats, après quoi il demanda encore du vin. 
A celte vue, nous récitâmes l'évangile dans 
le trouble et dans l'effroi. Cependant j'en- 
courageais le peuple et lui disais : « N'ayez 



1, Ce D-aî 

quoiqu'ils semblenl l'avoir ûlù 
^il. Lcijlèches dM Parlke Boat coa 
gi* sont louinara tEprébcnlfs comi 
st dnOB la vie de Schaaudi, que je 
is Ica Uémoira de la mission f^anfaise di 



pas peur! Dieu vous en sauvera. ■ Je me 
mis ensuite a prier le grand martyr, le héros 
Claude, ^'intercéder pour le salut du peu- 

pi=. • 

Pendant que l'émir hypocrite mangeait et 
buvait, tout à coup le saint Claude arriva 
monté sur un cheval blanc, comme un grand 
émir envoyé par le roi, vêtu d'un habit vert, 

une épe'e nue et suivi d'un grand nombre de 
soldats. 11 s'arrêta à l'endroit où était assis 
l'émir impur et hypocrite. Celui-ci fut trou- 
blé à sa vue ei pensa que le roi l'avait envoyé 
pour l'espionner. Le saint lui dit : • Qu'es- 
tu venu faire ici ? Le roi t'a-t-il envoyé pour 
boire le vin et troubler les fêles des chré- 
tiens? ■ Il continua de le menacer ainsi. 
L'émir ne put point répondre. Le saint 
Claude ordonna alors de l'attacher et de le 
frapper au visage et à la tète avec un fouet 
qu'il tenait à main et lui dit : o N'es-tu donc 
venu ici que pour manger, boire et effrayer 
les gens qui sont montés sur la terrasse de 
l'église et qui se sont laissés tomber à terre 
pour l'échapper? Vraiment, je dois te cor- 
riger! • Il lui dit ensuite avec colère : « Hâte- 
loi de monter sur la terrasse pour les trs 



I 



quillUer. • L'émir se mit à courir devant le 
saint qui le poursuivi! tout en courroux jus- 
que sur le haut de la terras^. Là, le saint 
Claude le prii par le pied et le jeta en bas : 
l'émir mourui aussitôt de cette mort épou- 
vantable. Tout cela s'était passé k la vue du 
peuple. Quant aus troupes qui étaient avec 
lui, elles s'enfuirent remplies de peur. Aus- 
sitôt après, le saint disparut d'entre les assis- 
tants qui s'écrièrent d'une seule voix : 
■ Nous te rendons grâces, ô Seigneur, maî- 
tre de toutes choses, Kyrie eleison. « 

Quant à l'émir hypocrite, on prit son ca- 
davre, on le jeta dans un Tossé près de la 
ville. Là-dessus, nous achevâmes la prière 
avec une grande joie, nous rendîmes gloire 
àDieu et remerciâmes son brave martyr, le 
saint Claude. Lorsque nous eûmes donné au 
peuple k première paix, un homme possédé 
d'un Satan ' arriva en courant, s'introduisit 



de V 



î fore 



u de la foule et se mit 
: • Ne te vante pas 



52 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

attention à toi, quoiqu'on ne t'ait pas coupé.le 
cou. Je suis un esprit, et tu ne peux pas me 
chasser, pas même me résister, ô toi à qui 
l'on n'a pas coupé la tête ! je ne mé soucie 
pas de toi. Qui es-tu pour me résister ? 
C'est moi seul qui puis m'opposer à beaucoup 
de gens. J'ai fini par te connaître toi-même 
désormais et je sais qui tu veux : tu ne peu^ 
plus me chasser, d Enfin il continua tant à 
injurier le saint que celui-ci le fit pendre, 
torturer et crier d'une voix misérable : a Je 
reconnais à présent ta force, ô Claude! Tu 
es bien l'émir du grand roi. Prends pitié et 
compassion de moi, car je ne peux pas souf- 
frir tes tourments. Je t'en conjure au nom 
de celui qui a été baptisé par Jean, fais-moi 
descendre et lâche-moi. » Aussitôt il tomba 
la face contre terre et s'écria : « Je sortirai • 
selon ton ordre et je me retirerai en Perse. » 
C'est ainsi que fut guéri cet homme. Alors 
la foule glorifia Dieu et remercia le saint en 
ces termes pour ce qui avait eu lieu : 
« Grands sont ton honneur et ta gloire, ô 
toi qui as préféré la couronne céleste à la 
vaine gloire de ce monde. » Ma langue ne 
peut décrire, comme, tu le mérites, une seule 
de tes vertus, ô orateur éloquent dont le. 



HISTOIRE DU MARTYR CLAUDE 53 

semblable n'existe ni à Beyrouth, ni à Athè- 
nes, toi qui as vaincu les Perses et les bar- 
bares, toi qui l'as emporté dans les combats 
mystérieux de Satan. Je te prie et t'implore, 
Ô heureux martyr, ô brave héros, ô saint 
Claude, puisque tu nous a rendus dignes 
d'assister à ta fcte, d'intercéder pour nous 
prés de notre roi le Messie pour qu'il nous 
dispose à faire ce qui le contente, dès main- 
tenant jusqu'à la fin. 

Quant â nous, mes enfants, chacun doit 
penser qu'il lui taut faire des actions honnê- 
tes avant qu'on ne lui en demande compte. 
Avant toute chose, nous devons prendre pi- 
tié des pauvres et des malheureux, des étran- 
gers et de ceux qui nous demandent l'hospi- 
talité, comme il est écrit : •• La miséricorde 
l'emporte sur la justice ; ■ car tous les saints 
sortis de ce monde seront portés au sein 
d'Abraham. Si quelqu'un de vous dit : 
B Quelle vertu Abraham a-t-il pratiquée? • 
Vraiment tout le monde peut lui répondre : 
1 II a pratiqué une très grande vertu, il a 



reçu V 



s les étrangers. " Je 



stai 



: pas 



e soyez pas doués de dei 



mper par les 



gucs, ne calomniez personne, fuyez l'adul- 



tére, ne vous livrez pas à l'ivrognerie. Soo- 
venez-vous, ô peuple du Messie, du prix 
auquel votre salut a été acheté : c'est le sang 
pur de notre Seigneur Jésus le Messie. Nous 
tous qui sommes réunis dans celte église 
sainte, nous aurons, je veux dire, nous trou- 
verons miséricorde et pardon pour nos pé- 
chés par les prières et l'intercession du mar- 
tyr revêtu de lumière, le brave héros, mon 
seigneur saint Claude, qui priera Qieu de 
prendre pitié de nous et de nous traiter avec 
miséricorde; car c'est de lui que vient le 
pardon, a lui qu'appartient toute gloire di- 
gne de lui-même, digne de son père plein 
de bonté et digne du Saint-Esprit, vivant et 
vivilicaleur, son égal en toutes choses, dés 
maintenant et a jamais. Amen. Disons tous : 
Kyrie eleison. 

Est fini ce discours béni du saint Claude. 
Que sa bénédiction soit avec nous toiis. 



Souviens- 


oi, mon Di 


u, de 


ton serviteur. 


le malheure 


uï pécheur 


noyé 


dans l'o 


éan 


de ses péché 


et de ses c 


imes. 


qui ne m 


rite 


pus que son 


nom soit 


prononcé par t 


oi à 


cause du gr 


nd nombre de 


es péchtis 


de 


[on serviteu 


Jean, fils 


de M 


ichel. O 


non 


Seigneur, pardonne-lui 


es pé 


h es. 





Nous commençons avec t'aide de Dieu igu'il 
soit exalté!) à copier l'histoire du saint 
pénitent,grand parmi les saints, anba Mar- 
cas le solitaire dans la montagne de Târ~ 
makyde l'arrivée d'anba Sérapion près de lut 
au moment où il allait mourir et de l'ense- 
velissement de son corps pur le 3 t du mois 
de Barmouda '. Que sa prière soit avec 



Sérapion nous raconte : Lorsque j'étais à 
[, l'es (rem i té des sables du désert intérieur, 
; un songe. Il me semblait dormir près 
[_ du saint vieillard anba Jean, lorsque vinrent 

I. C'est-ù-dii-e le t A avril 



56 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

deux frères anachorètes qui se firent bénir 
de lui et lui dirent : « Qui dort ici? » — Il 
répondit : « Cest Sérapion. » Et Tun des 
anachorètes dit à Tautre : « Lève-toi, viens 
avec moi, entrons près de lui afin qu'il nous 
bénisse. » Anba Jean leur dit : « Comme il 
arrive du désert et qu'il est bien fatigué, 
laissez-le reposer un peu. » — Ils lui dirent : 
« Pendant combien de temps s'est-il donc fa- 
tigué dans le désert? et cependant il n'est 
point allé jusqu'à Marcos de Tarmak, qui 
n'a pas son pareil parmi les solitaires qui 
habitent le désert, vieillard de cent trente 
ans, qui est resté quatre-vingt-dix ans sans 
voir un seul homme. Et d'aujourd'hui lors- 
que se seront écoulés quarante jours com- 
plets, il mourra, il se rendra près des pè- 
res qui sont dans la terre de vie et qui le 
recevront avec eux. » 

Lorsque les deux frères eurent prononce 
ces paroles, je m'éveillai de mon sommeil 6t 
je ne trouvai personne près d'anba Jean. 
Je lui dis : « Mon père, j'ai vu telle et telle 
chose pendant mon sommeil. » — Il me dit : 
« En vérité, c'est un songe envoyé par Dieu ; 
mais je ne sais pas où se trouve celte mon- 
tagne. » Je lui demandai alors de prier pour 





■ 


H,STO,i.E 


""'"='•■»""■" ^' ■ 


moi et de me 


donner la paix. Je reçus sa ^H 


bénédiciion et 


je m'acheminai vers Alexan- ^M 


^B drie, ville situce il une distance de douze ^| 


^H journées de ms 


irche. Comme le songe avait ^H 


^H excité mon nrdi 


:ur, j'y arrivai en cinq jours, ^H 


^K et je marchai à: 


ins le désert, où la marche est ^^Ê 


^^M si pénible pend^ 


itit le jour, malgré la chaleur ^^Ê 


^^P du soleil qui re 


nd le sable brûlant. Lorsque ^^Ê 


je fus entré dat 


is la ville d'Alexandrie, j'in- ^M 


terrogeai un m 


archand qui voyageait dans ^^Ê 


ce pays, je iui i 


dis : > O homme, apprends- ^^Ê 


^H moi où se troui 


re la montagne de Tarmak ', ^^M 


^B dans quel pays 


elle est située et à quelle dis- ^M 


^B -tance d'ici. • — 


Le marchand me dit : n D'ici ^H 


^^L h Tarmak, il y a vingt-cinq jours de marche, ^H 


^^m Ccite montagne est située sur la frontière ^H 


^^H d'Ethiopie, en haut du grand fleuve. > — Je ^| 


^ lui dis: .Comr 


nent pourrai-je y arriver ? i ^H 


— Il me dit r . 


Si tu veux naviguer sur le ^M 


Nil, ce n'est pas loin ■ si tu veux suivre Je ^| 


^- .désert, tu dois t 


e rendre a Assouan '. » ^M 


^H ' t. En Kl cndrol:, k manuïcril coalicnl U leçon Barmïh, ^| 


^H qui «e renconirc plus 


loin. Comme je ne raiiiiais ni te nom, ^H 


^V ni k posiiion de ntt 


£ monugnc, je InisK subsister l'or- ^H 


^B Ihographe primitive. 


^^1 


^H i.C'esMecontrairi 


; qui doil Sir): vui. Quand il i,\ a ^H 


^H pas df voil. ks voyages par 1i^ Nil Eiom indc'linis. Us tn- ^H 



58 COMTKS et romans D EGYPTE 

Lorsque j'eus entendu ses parolËs, ye pris 
une outre d'eau avec quelques dattes, et je 
confiai mon âme à Dieu. Je mar.:hai dans le 
désert pendant dix jours, et je n'y vis ni 
bête féroce, ni oiseau, ni pluie, ni rosée, ni 
rien de ce qui se peut manger. Les dix jours 
écoulés, ma provision d'eau fut épuisée ei 
je me trouvai dans la détresse : je n'avais 
mÈme plus la force de marcher. D'un autre 
côlé je craignais do retourner sur mes pas à 
cause de l'engagement que j'avais pris avec 
le Messie, car je lui avais confié mon âme. 
Je restai donc couche à terre comme un 
mort. Tout à coup, les deux frères que j'a- 
vais vus pendant mon sommeil, lorsque je 
me trouvais dans le couvent, vinrent à moi, 
s'approchèrent de moi et me dirent : « Tu 
devais attendre que nous fussions arrivés 
pour t'acconipapner et marcher avec loi. 
Lève-toi maintenant par la vertu de notre 
Seigneur! • Lorsque je me fus levé, je vis 
l'un d'eus qui regardait la terre; il se re- 
tourna vers moi et me dit : < As-tu besoin 



HISTOIRE DE M 



d'ea 



■ Oui, 






- Aie 



Je lui répondis : 
■s il me montra de 



Qadm 



, mon pefe 
l'herbe nommée 
• Prends de cette herbe el marche par la 
vertu de Dieu. « Lorsque j'eus mange un 
peu de cetie herbe, je fus guéri lie ma lassi- 
tude, comme si je me fusse plongé dans 
l'eau; mon âme fut remplie de force et de 
joie, mes yeux furent reposes cotnme si je 
n'eusse jamais fait k moindre chemin. Alors 
le frère me montra un rocher vers lequel je 
devais me diriger d'abord, pour allerensuite 
vers le saint, il tne dit enfitt : o Ne t'assieds 
jamais; u et il me quitta. 

Je marchai vers ce rocher pendant sept 
jours. J'arrivai alors à la montagne et je 
montai sur son sommet. Il n'y avait rien 
dans la montagne, et elle est tellement éle- 
vée que les hommes pensent qu'elle louche 
le ciel. Lorsque le troisième jour, je fus ar- 
rivé au sommet, je vis le grand fleuve qui 
coulait en bas de cette montagne où je mar- 
chai pendant sept jours sans y rien voir. La 
dernière nuit, je vis les anges qui descen- 
daient près du saint, chantant et disant : 
Heureux que tu es, et heureuse ton âme, 

I. D'aptci lesdieiionnaires, te mot d^'signe une sorte 



6o CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

ô anba Marcos : voici anba Sérapian que tu 
désirais voir. Vois-le donc et réjouis-toi. » 
Lorsque j'entendis cette voix, je fus rempli 
d'une grande crainte, je marchai en face de 
cette apparition, jusqu'à ce que je fusse ar- 
rivé à la grotte où était amba Marcos. Lors- 
que les anges furent cemontés au ciel, je 
m'approchai de la grotte et j'entendis la 
voix d'anba Marcos qui disait : « Mille ans 
près de toi, ô Seigneur, ne durent pas plus 
que la dernière journée qui vient de s'écou- 
ler. Tu es heureuse, ô mon âme, car tu ne 
t'es pas réjouie dans les plaisirs. Vous êtes 
heureux, ô mes deux yeux, car Satan n'a 
pu dominer sur vous deux, vous avez dis- 
cerné le mal et votre regard ne s'est pas 
incliné vers les sentiments du monde, ce 
qui est une cause de réjouissance pour les 
saints ; vous n'avez pas regardé comme re- 
gardent celles dans lesquelles Satan a placé 
son trône, je veux dire les beautés qui sont 
les filles d'Eve, la mère du péché. Tu es 
heureuse, ô mon ouïe, car tu n'as pas en- 
tendu la voix du ma^^ar ' qui est fait pour 

î Ce mot dont on n'a pu me donner l'explication doit 
sans doute désigner ici un instrument de musique, ou 
peut-être un musicien. 



les flammes Ju monde, et tu n'ns pas écouté 
ies mauvaises paroles. Vous êtes heureuses, 

chose parmi les marchandises de Satan, ei 
mes pieds n'ont point marché dnns un ciie- 
min qui conduisait à In perdition. Mes pen- 
sées ne se sont jamais égarées dans les cho- 
ses vaines; mon âme s'est efforcée d'arriver 
à la vie lumineuse et, comme dans le feu, 
s'est purifiée dans la pure:é angêlique par 
suite des visions spirituelles qui lui ont été 
révélées. Mes oreilles sont aussi devenues 
pures en entendant ces voix saintes; mes 
narines ont été remplies de l'agréable par- 
fum qui embaume ; mes mains ont été sanc- 
tilie'es par l'attouchement de la croix, mes 
pieds bénis pour avoir fait de nombreuses 
{(énuHexions et s'être tenus debout pendant 
mes prières; mes pensées n'ont jamais été 
flétries du souffle de celte terre. Bénis donc 
Dieu, ô mon 5me, car il te pardonnera tous 
tes péchés. Pourquoi es-tu triste, ô mon 



j âme? Sat 
i, cur dai 



la bouche ' 



puissance contre 
£ se trouve pas 



62 CONTES ET ROMANS D^ÉGYPTË 

la souillure du |>éché. Ne crains plus, ô 
mon âme, ne sois plus remplie de frayeur, 
car les milices angéliques t'accompagneront. 
Ecoute le chanteur David, disant ; « Les 
milices angéliques garderont ceux qui sont 
remplis de crainte, et les sauveront. » O 
mon âme, le Messie est avec toi, sois forte. 
Heureux le serviteur qui accomplit la vo- 
lonté de son maître ! » 

Il récita ainsi beaucoup de paroles des 
Ecritures, puis il sortit à l'extérieur de la 
porte par laquelle on avait accès dans la 
grotte. Il pleura, puis m'ayant vu, il me 
cria et dit : « Viens, au nom du Seigneur le 
Messie, mon frère Sérapion; approche-toi 
de moi, mon fils, donne-moi le salut '. » Et 
lorsque je me fus approché de lui, il m'em- 
brassa de ses deux bras avec une vigueur 
semblable à celle d'un jeune homme, il me 
baisa, pleura et dit : « Ton parfum, ô mon 
fils Sérapion, est celui des hommes spiri- 
tuels ; c'est bien ce que tu as fait, puisque tu 
t'es donné la peine de venir voir ma vieil- 

térielie, mais ayant tous les membres du corps, par consé- 
quent une bouche. 11 ne faudrait donc pas voir dans cette 
expression ce qu'on nomme un substantif pronominaL 
I. C'est-à-dire embrasse-moi. 



lesse. 11 y a quatre-vingt-quinze ans que je 
n'ai vu un auti'e homme! mais je désirais te 
voir, ô mon fils, depuis de nombreuses an- 
nées '. " Et lorsque je fus entré dans sa 
grotte, il me dit ; ■ O mon fils Sérapion, il 
y il quatre-vingt-quinze ans que j'habite dans 
cette caverne sainte sans que mon œil ait vu 
même un animal, sans que j'aie mangé le 
pain des hommes cc que je me sois revêtu 
des vêtements que l'on porte d'ordinaire 
dans le monde. Je suis resté ici pendant 
trente ans dans la faim, la soif, la nudité et 
au milieu des combats que me livrait Satan. 
J'ai mangé de la poussière, j'ai bu de l'eau 
puante et je suis resté pendant vingt ans ' 
dans la plus grande détresse. Les Satans me 
disaient : • Nous te noierons dans le fleuve. 
Plusieurs fois, ils m'ont chassé d'ici jusque 

I, 11 CS1 litonniint qu'un homme qui esl depuis iy5 ans 
dim un dè.scri puisse connaître Sérupion, muis il faut 
compter arec le minialtre du Anges. Ou plutOl, on duil 
loir ici une «irle de raison d'être du rccit donnée par 

1 Peal-étre (aul-il voir dans cc chiffre UM erreur du 
copisie, puisque plus baut «i plus bas on parie de trente 
ans. La contradiction peui disparnilre si l'on (an de ces 
ïugt ans une période de plut grande détreue encore que 



M dau.lc. 



04 CONTES ET ROMANS 11 EGYPTE 

dans le chemin de la montagne; il ne me 
restait plus ni chair, ni peau que l'on pût 
distinguer '. Ils criaient et me disaient : 
■ Lève-toi, va-t-eo dans ton pays, quitte le 
nôtre : personne n'est venu ici depuis le 
commencement du monde, o Et lorsque 
pendant trente ans je me fus habitué a souf- 
frir tout avec patience, y endurer la faim, 
la soif, la nudité et les combats des Satans, 
alors la faveur de Dieu descendit sur moi, il 
ordonna à mon corps de faire pousser du 
poil en si grande quantité que ce fut un poids 
pour mes os, tellement ce poil était lourd; 
il m'envoya aussi une nourriture spirituelle '. 
Les Anges me firent monter vers le ciel et 
je vis le pays des royaumes, les habitations 
des saints, le paradis des faveurs et l'endroit 



faul entendre cm mots 


de la couleur brûlée et 


que dut prendra le corps 


sous l'action d'un soleil 


t. La croissance du poil 


qui se détermine après 


ns parait assez iionnan 


: mais, comme je l'ai 


on peni s'attendre à tou 


chez le^ Copies, D'ail- 


a chose peut-«ire peut aïo 


r quelque r*fllilé. Cest 


ia médecine d'eu juger. 


Ari^ AanB 1- bpwib lia l'rt 


mot spïrilucLtc doif s'en le 


are eans je sens ae i o- 
verra en tSet plus loin 


noun-ilure est lorl réelle 


mais apportée par les 



où fut l'arbre dont Adam el Eve ont maagé; 

2 vis Enoch et Élie dans la terre de vie, 

t tout ce que je demandai, on me le mon- 

ra, B 
Et lorsqu'il m'eut adresse' ces paroles, je 

ui Jis : n O mon père, comment as-tu fait 
pour parvenir jusqu'ici? o — Il me dit : « Je 
suis venu de la ville de Tanis où j'apprenais 

a sagesse des philosophes. Lorsque mes pa- 
s furent morts, je me dis : Voici que 
comme eux je sortirai aussi du monde, et de 
ma propre volonté, avant d'en sortir malgré 
moi. J'ôiai mes habits, je me plaçai sur une 
planche au milieu du fleuve, les vents souf- 
flèrent et me jetèreot sur cette montagne. ■ 
Lorsqu'il m'eut dit cela, je fus dans la stu- 
pcfaeiîoQ en voyant son corps ; je fus rempli 
d'une grande crainte, car il n'avait de l'ap- 
parence humaine que la parole : il parlait en 
etTci comme les hommes. Lorsqu'il vit que 
i'e'tais rempli d'effroi, i! me dit ; • Ne crains 
point, mon fils, de voir un corps renouvelé 
et change, • Il me dit encore : n Est-ce que 

Ile monde est habité comme auparavant? » 
îr- Je lui dis : ■ Oui, mon père ; plus encore 
tu'auparavant. . — Il me dit : . Est-ce qu'il 
*â encore des hérétiques, qui ont la puis- 
' TOME ([. 4- 



66 CONTES ET ROMANS n'ÉGYPTE 

sance et qui persécutent les chrétiens ? d Je 
lui répondis : ' Grâce à la grandeur de tes 
prières, on a cessé de les persécuter; il n'y a 
plus d'hérétiques osant se montrer publique- 
ment, et le gouvernement aujourd'hui, est 
entre les mains des chrétiens, u 11 lut rempli 
d'une grande joie lorsqu'il eut entendu ces 
paroles, et il me dit ■ ■ Est-ce qu'il y a en- 
core par le monde des saints qui font des 
prodiges et des miracles, qui ressuscitent les 
morts, qui ouvrent les yeux des aveugles, 
qui guérissent les maladies, ainsi que l'a dit 
notre Seigneur : Si vous avez de la foi gros 
comme un grain de se'nevé, vous direz à 
ces montagnes : Transportez-vous d'ici, et 
elles se transporteront. » 

A peine eût-il dit ces paroles, que la mon- 
tagne s'éleva de terre d'environ quinze hau- 
teurs d'homme et voulut aller se jeter dans 
le fleuve. Il la frappa de sa main et lui dit : 
n Je ne le dis pas de te transporter : reste à 
ta place et sois tranquille, u Aussitôt je 
tombai de frayeur la fuce contre terre, et il 
me dit : • As-tu vu dans ta vie un prodige 
comme celui-ci ? a — Et je lui dis : .. Non, 
mon père, « Alors il soupira, pleura, puis 
me dit : • Malheur à la terre ! elle ne con- 



l 



HISTOIRE DE MARC LE SOLITAIRE 67 

tient plus que des chre'tîens de nom et non 
d'action. Que Dieu soit béni qui a voulu 
m'envoyer en ce lieu de peur que je mou- 
russe dans une terre souillée par le péché. ■ 
Lorsque le soir fut venu, il me dit : ■ O 
mon frère Sérapion, le moment n'est-.il pas 
arrivé ?» Et je ne lui répondis point. Alors 
il se tint debout, étendit les mains vers le 
ciel et réciia ce psaume : » Le Seigneur me 
garde et je ne manquerai de rien. » 11 se re- 
tourna alors du coié de la grotte et dit : 
" Prépare la table. » Aussitôt il me dit : o O 
mon fils, viens que nous allions manger la 
nourriture que Dieu nous a envoyée, o Je 
fus stupéfait et je restai à penser que je n'a- 
vais vu personne dans la grotte. Je trouvai 
une belle table toute préparée avec deuit 
chaises d'or, du pain blanc comme de la 
neige, deux grands poissons rôtis au feu, de 
beaux légumes, des dattes, des olives, du sel, 
des fruits et des gobelets d'or remplis d'une 
eau plus douce que le miel. Lorsque nous 
nous fûmes assis, il me dit : . O mon frère, 
bénis la table, o — Je lui dis : <. Excuse-moi, 
mon père, je n'en ferai rien, d — Alors il me 
dit : - Que le Seigneur la bénisse donc ! ■ et 
je vis il droite sortir une flamme en la forme 



du signe de la croÎK. Et lorsque le saint eut 
dit; • Enlève cela, mon fils; u aussitôt la 
table, enlevée, disparut. Quand à moi, je n'a- 
vais jamais goûte de niels semblables à ceux- 
là, et jamais bu de meilleure eau. Il me dit: 
O mon frère Sérapion, vois comme Dieu 
aime ses saints; chaque jour; il m'envoyait 
un seul poisson, et aujourd'hui à cause de 
ton arrive'e, il m'en a envoyé deux. Chaque 
jour, ô mon fils, il m'a ainsi envoyé une 
noiirriture spirituelle et une boisson spiri- 
tuelle. Je suis resté trente ans dans cette 
montagne sans y trouver une seule herbe, 
et je suis resté dans la faim, la soif et la nu- 
dité, si bien que, par faim, j'ai mangé de la 
poussière et que, par soif, j'ai bu de l'eau 
corrompue. Le soleil m'a brûlé le corps, et 
je me suis jeté à terre comme un mort : les 
Satans me combattaient, me jetaient la face 
contre terre et me frappaient. Dieu m'a 
béni; mais j'ai souffert a leur occasion pen- 
dant trente ans. Et je souffrais de !a faim et 
de la soif, sans avoir de pain ni d'eau 
pour me consoler. Et il y a quatre-vingt- 
quinze ans que je suis ici, sans avoir vu, 
d'autres créatures de Dieu que les Satans. 



69 

le désert, Dieu ordonna à mon. corps de lais- 
ser pousser du poil si bien que tous mes 
membres en furent couverts. Depuis ce temps, 
je n'ai plus vu lesSalans s'approcher de moi; 
ni la faim, ni la soif n'ont prévalu contre 
moi ; je n'ai eu ni faiblesse, ni maladie, et 
voilà qu'au moment où je vais terminer mes 
jours Dieu t'a envoyé pour ensevelir mon 
corps do tes mains saintes, a 

Lorsqu'il eut prononcé ces paroles il me 
dit encore : « O mon frère Sërapion, par- 
donne-moi si je t'ai causé quelque peine ce 
I soir. • Nous fîmes alors la première prière 
L eï nous récitâmes les psaumes de la iroi- 
, siéme heure. Il me dit ensuite : « Assieds- 
toi, mon frère, et quand lu auras enseveli 
, bouche l'entrée de !a grotte, re- 
tire-toi en paix et ne passe pas la nuit ici. a 
Alors je commençai de pleurer, de verser 
d'aboniJanies larmes avec douleur de cœur, 
et je lui dis : ■ O mon père, je ne sais pas 

> comment je suis venu ici et je ne saurai pas 
I comment m'en retourner. • 11 me dit ; 

1 Comment en ce jour de joie, toi, tu pleu- 
■cs? Dieu qui t'a gardé et conduit ici te di- 

> rigera et te fera retourner â ton monastère; 
; n'est pas par le chemin que tu es 



yO CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

venu que tu dois t'en aller, ô mon frère ; car 
ce jour vaut mieux que toute ta vie précé- 
dente. Quant h moi, c'est aujourd'hui que 
mon âme arrivera devant Thabitation chérie, 
que je me reposerai dans le domicile des purs 
près des âmes saintes ; aujourd'hui ce faible 
corps se reposera des douleurs et des mala- 
dies ; aujourd'hui nous arriverons à la terre de 
vie '. » Lorsqu'il m'eut dit cela, une lumière 
emplit la grotte plus forte que la lumière du 
soleil, l'orbe même du soleil s'y faisait voir * 
et la grotte était tout enflammée. Elle exha- 
lait le parfum d'un encens stgréable. Le saint 
me prit la main, me releva et me dit : 
■ Viens, la paix soit avec toi en présence de 
Dieu. Voici que déjà Michel et Gabriel sont 
arrivés. » 

Il sortit hors de la grotte, se retourna et 
fit sur la grotte le signe de la croix en di- 
sant : « Reste en paix, ô temple qui m'as 
couvert dans cette solitude ; car ce corps, qui 

1 . Ce pluriel doit s'entendre de Marc lui-même, de son 
âme et de son corps qui doivent être récompensés tous les 
deux, quoique le corps reste en terre. 

2. Si je ne me trompe, ces paroles signifient que la lu- 
mière qui remplissait la grotte était venue sous une 
forme ronde comme celle du disque solaire. 



HISTOIRE DE MARC LE SALUTAIRE yt 

s'est caché en loi pendant sa vie, va quitter 
les peines du monde. Et toi, mon corps, 
maison de maladie et habitniîon de dou- 
leur, resie dans la paix du Messie pour le- 
quel tu as enduré la faim, la soif et la nu- 
dité; il le revêtira de gloire au jour de son 
arrivée. Reste en paix, ô solitaire qui n'as 
pas eu de compagnon : repose en paix, ôdo- 
micile de mon âme. Reposez en paix, ô mes 
deux yeux, auxquels j'ai fait goûter les veil- 
les de la nuit; reposez en paix, ô mes deux 
mains, qui vous êtes fatiguées a cultiver la 
vigne du Messie. Repose en paix, ô mon 
corps, car tu t'es attiré bénédiction en res- 
tant debout pour la prière. ■ 

Lorsqu'il eut dit ces paroles, je me mis il 
pleurer : alors j'entendis une voix du ciel qui 
disait r • Apportez-moi le corps de celui qui 
s'est retiré dans le désert, amenez-moi le 
chrétien parfait. Viens, ô aaba Marcos, re- 
cevoir la vie véritable, viens te reposer au 
pays de la vie. • Aussitôt il se retourna, me 
donna la paix et me dit : . Reste en paix 
désormais, mon frère Sérapion ! reste en 
paix, ô mon corps, et que tous les habitants 
de la terre demeurent en paix. Que la paix, 
la charité, lu tranquillité régnent dans la 



72 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

sainte Eglise de Dieu! O mon frère Sérapion, 
je t'en conjure au nom du Seigneur le Mes- 
sie, fils de Dieu; ne perds rien de ce pauvre 
corps, pas même un poil, car ce poil, m'a été 
donné par Dieu pour me servir de vêtement. 
Ne passe pas la nuit en ce lieu. » Et c'était 
la sixième heure de la nuit '. Alors je fis des 
génuflexions et j'entendis une voix qui lui 
disait : « Étends tes bras. » Je restai debout 
et je regardai en haut : je vis sortir son âme 
que les Anges emportaient revêtue d'un vê- 
tement blanc : ils priaient avec elle, tandis 
quelcs Satans étaient debout, tout préparés à la 
lutte. Et j'entendisune voix disant : « O enfants 
de l'injustice, fuyez de devant les enfants de 
la lumière 1 * Et voici que les Satans s'écriè- 
rent : « Prenez-le, il nous a confondus. » Je 
vis alors à droite comme du feu qui se dé- 
veloppait, puis je ne vis plus rien. 

Je priai sur le corps jusqu'au lendemain. 
Je le portai et le plaçai dans la grotte dont je 
bouchai l'entrée avec des pierres. Je fis en- 
core une prière, puis je descendis de la mon- 
tagne. J'implorai Dieu de m'envoyer une 

I. C'est-à-dire minuit. Comme la suite le montre, la re- 
commandation de ne pas passer la nuit dans la grotte de- 
vait s'entendre de lu nuit suivante. 



H1ST0IHE RE MARC LE SOLITAIHE 73 

aiJe pour me faire sortir de ce déseri péni- 
ble. Comme le soleil allait se coucher, voici 
que )es deux frères qui m'éiaîeut apparu prés 
d'anba Jean me dirent : <• Tu as bien ense- 
veli ce saint homme, ainsi qu'il en était 
digne. Maintenant lève-toi et marche à la 
fraîcheur Je la nuit, car pendant le .jour tu 
ne pourrais marcher. « Je marchai avec eux 
jusqu'au lendemain matin. Et lorsque le 
matin parut, ils me dirent : Va en paix, et 
prie pour nous. » Et lorsqu'ils m'eurent 
quitte, je regardai autour de moi, je me re- 
trouvai debout à la porte de la cellule d'anba 
Jean, Il me dit : • Tu es arrivé en bon état, 
mon frère Sérapion ? ■ Lorsque je fus entré 
dans sa cellule, je lui racontai tout ce qui 
précède, et il me dit : En vérité, nous 
sommes des chrétiens de nom et non d'ac- 
tionsl mais nous avons confiance en la mi- 
séricorde de Dieu a qui la gloire, la puissance 
et la louange, maintenant, en tout temps et 
dans tous les siècles des siècles : Amen. • 

Est achevée et finie l'histoire du saint anba 
Mareos de Tarmak et d'anba Sérapion qui 
se- rendit près de lui et enterra son corps 
pur, Dans la paix du Seigneur : Amen. 

TOME II ' i 



Nous commençons à copier avec l'aide Mfl 
sous sa bonne direction la vie d'un ana-^ I 
ckorète qui fut unique dans son adoratiotv I 
et sa dévotion. Que sa prière soit avee\ 
nous. Amen. 



Il y avait un prêtre qui 
ce pieux vieillard pour 



* Le prèire qui ' 



allait souvent vers i 
T lui rendre visite et ^ 
;c lui. Un jour un homme J 
ieil anachorète «t lui diljJ 
ienc te visiter et qui fait La J 
st un pécheur. » Le doutef 
entra alors dans le cceur du solitair 
sujet de ce prùtre et, lorsque celui-ci vint se-J 
Ion son habitude, le solitaire ne lui ouvrit! 
point sa porte. Le prêtre se retira sans quel 
le vieillard le sût. Une voix se fit alors en-! 
tendre tout à coup disant : n Assurément, let"! 
hommes sont gouvernés par qudqu'u 



r 


— 




HLSTOiBE d'un anachorète 75 ^H 




plus bas que moi 1 i Le vieil anachorète dit ^H 




à ce propos ; a En entendant cette voix, je ^H 




fus stupéfait et \e lombai la face contre terre ^^Ê 




comme un mort. Je vis alors un songe, ^^M 




comme si je me fusse trouve dans un grand ^^M 




jardin contenant tout ce que Dieu a créé ^^Ê 




d'arbres fruitiers. Je vis dans ce jardin une ^H 




sakyeh • et tous ses ustensiles en bois in- ^H 




crusté d'or pur. Je vis que l'eau qui montait ^H 




de cette sakyeh rassemblait à Tenu du Jour- ^H 




dain. Je me disposai à en boire, car j'avais ^H 




grand soif. Lorsque je fus sur le point de ^| 




boire, je vis que celui qui prenait soin de la ^H 




sahyeh et arrangeait les petits canaux pour H 


^ 


l'écoulement de l'eau, était un homme lé- ^H 


1 


1 preu£ CI que les vers sortaient de son ^H 


1 


1 corps. ^H 




Lorsque j'ai vu ce spectacle, je n'eus plus ^H 




envie de boire. Alors une voix se lit enten- ^| 




dre qui disait ; • O un tel, as-tu vu la ^H 




beauté de ce jardin et de ces arbres? As>tu ^H 




r. La sakYfk esl une machint hjdr.iili^iie consislanl ^| 




ta une roue à laquelle «iiii nttichïi des poti de Icrrc. ^H 




L> roue ett mÎK en mouvement par un chemesu, une ^H 




Tictae ou un ïne, les* pain descendeiil au nivcsa de l'eau ^H 




le rempliBient m viennent se déverser dans an rficrroir ^H 




d'oa l'cBU s'«cli4lpi<e en de petlls canaui. ^H 



76 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

contemplé cette roue incrustée d'or? • '—Je 
répondit: « Oui. » — La voix me dit encore: 
« Et cet homme qui arrange la terre^ as-tu 
vu le malheur dont il est accablé ?» — Je ré- 
pondis : • Oui. » — La voix reprit : « Son 
malheur et Tétat où il se trouve nuisent-ils 
en quelque chose aux arbres et à la beauté 
de ce jardin ?» — Je répondis : « Non. » — 
La voix me dit : « Il en est ainsi du prê- 
tre qui fait l'offrande ; si c'est un pécheur, 
son péché ne diminue en rien l'honneur dû 
au corps du Seigneur, car la vertu divine 
agit toujours dans la Messe : les supplications 
avec lesquelles 11 célèbre la messe sont tou- 
jours les mêmes, ainsi que les prières, des 
saints pères qui ont établi et exigé la bonne 
conduite que Ton devait tenir. Le magicien 
qui récite des formules magiques contre les 
insectes et les vipères les fait sortir malgré 
eux. Ne sais-tu pas que ce magicien est un 
homme pécheur, qu'il n'a aucune puissance 
sur la moindre chose, que tout arrive par la 
vertu de l'incantation et des paroles qu'il 
récite et non en vertu de sa propre puis- 
sance, puisque c'est une chose qui dépend 
des heures et des étoiles qui peuvent faire 
pour le magicien ce que peuvent faire 



I 



I 



77 

de même la vertu et la puissance divines 
pour délier ce prêtre de ses péche's, si bien 
que te pain sera changé en chair et le vin 
qui est dans la coupe en sang. Et certes le 
Seigneur a dit que voici quatre-vingt-trois 
ans que tu vis dans cette cellule; et de ces 
quatre-vingt-trois ans quarante seront portés 
au compte du prêtre à cause de ton péché. » 
Je m'éveillai alors et )e compris que cette 
vision m'avait éie envoyée à cause du doute 
que j'avais eu au sujet du prêtre béni : je 
me mis à pleurer sur mon temps et mes 
peines que le Seigneur avait passes nu compte 
du prêtre. Quelque temps après je descendis 
de ma cellule ', et je me rendis prés du pra- 
ire; je lui demandai pardon de mon audace. 
Il fut très étonné de ce que je fusse descendu 
de ma cellule et me demanda : • Qui T'a 
obligé à faire ainsi? u — Je voulus lui en 
cacher la cause, de peur de jeter son esprit 
dans le trouble; mais il me dit: ■ Mon père, 
es-tu entré dans le jardin? as-lu vu les ar- 
bres, la sakyeh, sa roue incrustée d'or? as- 
lu vu le misérable jardinier el le malheur 









qui l'accablait? » Ainsi lorsqu'il m'eut fait 
voir qu'il connaissait le ionge que j'avais eu, 
je mourus de frayeur et mon cceur me dé- 
laissa '. Alors le prêtre prit ma main et me 
conduisit jusqu'au jardin. Je reconnus la 
citerne, les arbres aux feuillages de toutes les . 
couleurs; je via l'homme de la $akyeh : il I 
était guéri. Le prêtre gariîait le silence. Je 
lui dis : • C'est le jardin dont tu parlais tout 
à i'iieure; mais Thorame n'est plus sous le 
coup de son malheur. » — Le prêtre me dit : 
• Le mal a cessé à cause des quarante ans 
que le Seigneur lui a comptés. > Mon esprit 
demeura stupéfait : je fus semblable à quel- 
qu'un qui dort. Alors je m'éveillai et je ne 
trouvai ni prêtre, ni jardin. 

Je me levai ensuite à la hâte et je me di- 
rigeai vers ma cellule; mais j'en étais bien 
éloigné, car je me trouvais tout seul dans 
un désert. Je ne cessai de marcher toute la 
journée jusqu'à ce que je pusse enfin entrer 
dans ma cellule. Je trouvai ce prêtre béni 
couché à la porte. En me voyant, il me dit : 
I Depuis ce matin je suis ici, mais je ne faï 



; plus forW, car. traduilo 1 



HISTOIRE d'un ANACHORETE yg 

point trouvé. » Et lorsque je le vis, je con- 
çus une grande peur, je n'osai rien lui de- 
mander. 

Et vous avex entendu, chrétiens mes frè- 
res, comment furent perdues les peines de 
ce vieillard dévot lorsqu'il conçut des doutes 
au sujet du prêtre, comment le Seigneur 
prit les mérites du reclus pour les porter au 
compte du prêtre, et comment le prêtre lé- 
preux fut guéri. Nous devons donc, chré- 
tiens mes frères, ne pas perdre nos peines, 
car vous connaissez cette parole de l'apô- 
ire : « Quiconque est debout, c'est pour son 
maître qu'il est debout; quiconque fait une 
chute, c'est pour son maître qu'il fait une 
chute '; • mais Dieu peut le relever. Et à 
Notre-Seigneur la gloire, l'honneur et l'ado- 
ration, maintenant, en tour temps et jusqu'à 
la fin des siècles : Amen, Amen. 

Est finie l'histoire du solitaire et du prê- 
tre, dans la paix de Dieu. Amen. 



Souviens-I< 
I pauvre pe 



I. C« paroles eoni inexacte 

[i pcrmcllent la plus grinde libci 
I Taient cïpendBal coniiidiircr cd 



s cl délournëes de 
eurs copies qui a 



8o 



»jt. 



CONTES ET ROMANS D EGYPTE 



mer Je ses péchés et de ses fautes, qui n 
pas digne qu'on prononce son nom à cai 

de ses péchés plus nombreux que le sal 
qui se trouve sur le rivage de la mer, Ab 
Jouanna abou Jaqoub. Souviens-toi de ii 
Seigneur, par Tintercession de nos pèr 
saints, Abraham, Isaac et Jacob. Amen, 




Ad nom de Dieu, un en substance, triple 
en personnes et en attributs '. 

Nous commençons avec l'ciîde de Dieu et 
sous sa bonne direction à copier le mar- 
tyre du saint Arien vali ' d'Ansna, com- 
ment il a été appelé au martyre, ainsi que 
l'avait prophétisé celui qui était rempli du 
Saint-Esprit, notre père saint, anba Am- 
monios, l'évêque glorieux martyr de No- 
ire-Seigneur Jésus le Messie. Que sa béné- 
diction nous protège. Amen. 



I. Il Uul entendre sa 




>ule ici a 


■.m 


ot altributs 


dan& 


«n. d'Aj-poi(ai«, c 


omn: 


t le mol 


pe 


rsonnes. Quoique 


dogme de la Trinité 


Bit été celui 


aai 


inel les Copli 


li se 


lient le plu b aicachéa, 


Îl9l 


l'ont i«m 


aïs 


été grands cl 


erca, 














1. C'est le mot arab. 


iqui 


traduit II 


:ni 


ot grec qui s 


igni- 


; gom-erneur, préfet. 












TOME 11. 








5- 





82 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Racontons maintenant, mes bien-aimés, 
ô peuple chrétien, ainsi que je vous Tai 
promis, la cause pour laquelle Ârien fit son 
entrée dans la foi et comment il fit confes- 
sion du Seigneur Jésus le Messie, pour le 
nom duquel il fut martyr le huitième jour 
de Barmahat ', afin que les pécheurs, en 
écoutant ce qui est arrivé à cet homme, ne 
désespèrent pas de la miséricorde de Dieu 
qui ne désire pas la mort du pécheur, mais 
qui veut le salut de tout homme, grâce à sa 
miséricorde et à sa pitié. Ecoutez donc, 
frères et amis, quelle fut la cause du mar- 
tyre d'Arien, gouverneur de la ville d*An- 
tinoc. 

Il y avait parmi ses soldats deux hommes ; 
Tun nommé Philémon était chanteur, l'au- 
tre du nom d'Apollonios était joueur de flûte. 
Ces deux hommes étaient très grands amis 
entre eux. Ils désirèrent tous deux le mar- 
tyre avec ardeur et se mirent d'accord sur 
les moyens à prendre pour arriver à leur 
but. Et voilà que Philémon prit l'instrument 
de musique dont se servait ApoUonios, ainsi 
que ses vêtements, se présenta devant Arien 

1. C'est-à-dire le 5 mars. 



1^ 



et confessa le Messie en sa présence. Le 
vali oriJonna aussilôl de le percer de flè- 
ches. On l'en perça et il en mourut. En- 
suite son ami et compagnon Apoilonios, 
ayant à la main l'instrument de musique, se 
pre'senta devant le gouverneur qui pensa 
que c'était Philémon. Mais lorsqu'il apprit 
que c'était Apoilonios et que Phiicmon était 
mort, cela lui fut très pénible. 11 se mit en 
colère et ordonna de percer aussi Apoilo- 
nios à coups de flèches. Mais par la direc- 
tion de Dieu, une flèche se planta dans l'oeil 
d'Arien et le lui arracha. Quant aux deuK 
saints, ils accomplirent leur martyre le sep- 
tième jour du mois de Barmahat '. Que leur 
bénédiction soit avec nous tous. Amen. 

Le vali endura de grandes souffrances : 
quelqu'un des chrétiens lui conseilla de pren- 
dre du sang des deux martyrs et d'en mettre 
sur son œil. Il prit alors un peu de leur sang, 
le mit sur son œil et fut aussitôt guéri. Quand 
Arien vil ce grand prodige, il fut sur le champ 
rempli de regrets et la grâce de la foi dans 
le Messie pénétra en son cœur. Il rentra Jans 
sa maison triste et abattu. Et celte nuit-là 



84 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

lorsqu'il se fut mis au lit, il se prit à réflé- 
chir à tous ceux qui avaient confessé le 
Messie en sa présence et qu'il avait fait met* 
tre à mort, soit fils de rois, soit émirs, soit, 
vizirs, soldats, capitaines, riches ou pauvres, 
esclaves ou hommes libres, même Philémon 
et ApoUonios. Aussitôt il se leva, s'assit sur 
son lit et se mit à pleurer sur lui-même en 
disant : « Malheur à toi, ô mon âme, qui as 
été si habile dans la désobéissance envers 
Dieu ! combien n'as-tu pas persécuté les ser- 
viteurs du Messie ? Malheur à toi, ô mal- 
heureux! Que n'as-tu pas fait pour conten- 
ter les rois périssables et mécontenter le roi 
éternel du ciel et de la terre? O mon âmet 
combien n'as-tu pas été dure envers les jus- 
tes qui gardaient leur foi en le Seigneur et 
qui ont conservé leur patience jusqu'à la 
mort? Combien de maisons ai-je rendues 
désertes 1 Combien d'enfants ai-je rendus or- 
phelins! Combien de maris ai-je privés de 
leurs femmes et combien de femmes de leurs 
maris! envers combien de veuves n'ai-je pas 
été impitoyable! Combien de jeunes enfants 
i'ai fait mourir sans avoir pitié de leurs mè- 
res! Combien de vieillards pour lesquels je 
n'ai eu aucun ménagement! Combien de 



corps n'ai-je pas fait brûier par le feu ! Com- 
bien de beaux visages n'ai-je pas fail muliler 
avec des rasoirs ! Combien d'yeux noirs 
n'ai-je pas arrachés avec des broches! Com- 
bien de langues qui glorifiaient Dieu n'ai-je 
pas coupées! Combien de ventres n'ai-je pas 
pas oaveris! Combien de pieds n'ai-je pas 
coupés 1 Que de tlancs au-dessous desquels 
j'ai allumé des torches! Que de gens j'ai 
asservis comme des moutons et que j'ai 
, pillés comme une proie tombée entre les 

trancha la tète aux autres avec l'épée; ceux- 
ci, je les ai percé^k coups de lances; ceux-là, 
je les ainoy^ésdans le Heuvei j'ai arraché l&s 
fœtus des entrailles des femmes enceintes 
afin de Ifs offrir en sacrifice aux idoles. 
Quel aveuglement a été plus profond que le 
mien? Quel piège a jamais été plus solide- 
ment dressé que celui dans lequel je suis 
tombé ? Quand même je verserais mon sang, 
il ne suffirait pas pour tous ceux dont j'ai fait 
verser le leur. Est-ce que le mien pourrait 
compenser celui du saint Claude de race 
roy.ile? ou celui du saint Abarii ' et d'Irène, 



86 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTK 

sa sœur? ou celui de Justus, fils de roi '? 
celui d'Aboli, son fils, et des gens de sa 
maison * ? celui d'Abaïsi et de Tècla sa 
sœur ^? celui de Théodore, fils de Basilide ^? 
ou celui de Bifamoun le soldat et de Bifa- 
moun d'Usim ^, le vénérable et le respecta- 
ble? surtout celui d'anba Colluthus, le prêtre 
sage, ou celui des martyrs d'Akhmim ^ qui 
aimaient le Christ et que j'ai tués comme des 
brebis dans les églises, la nuit de la nais- 
sance de notre Seigneur Jésus le Christ, pen- 
dant qu'ils imploraient la miséricorde de 
Dieu^ O malheureux que je suis ! je me suis 
appliqué à mériter la géhenne, et pendant 
que d'autres offraient le sacrifice pour obte- 
nir le pardon de leurs péchés, moi, dans ma 

I. On trouve ce nom dans le martyre de Basilide : il fait 
partie de tout un cycle de légendes. 
3 . Ce martyre est conservé dans un vol. du Vatican. 

3. De ce martyre l'on n*a plus en copte qu'un fragment 
qui se trouve au musée Borgia de la Propagande. 

4. Le martyre de Théodore est perdu ; celui de Basilide 
est conservé dans les ms. du Vatican. 

5. Ces deux martyrs, d'ailleurs inconnus^ se nommaient 
en réalité Phoibamon. L'arabe donne la prononciation 

0. On a vu plus haut ce qu'était Colluthus. Les martyrs 
d'Akhmim sont fort célèbres; leurs actes existent encore en 
arabe. 



r 

I 

I 



87 

hanccté, j'ai avant tout cherché à con- 
tenter Satan. Serait-ce suffisant pour com- 
le sang des martyrs d'Esneh ■ dont le 
nombre est connu de Dieu seul? et surtout 
celui de monseigneur le saint, le pur, le pas- 
teur fidèle, le père vierge, le grand martyr, 
l'evêque respectable, anba Ammonios, leur 
père sublime, le maître d'une belle vieillesse 
qui m'a devancé dans la mort ei m'a annoncé 
la couronne de la vie? Il m'a dît en effet : 
o Certainement, ô Arien, tu sauras ce que 
c'est que la bonne récompense qu'obtien- 
dront les chrétiens ! ■ Et moi qui pensais 
cire sage et qui le regardais comme un igno- 
rant, je l'ai tué sans pitié, ni crainte! Et 
combien d'autres évéques n'ai-je pas fait 

Psoti et Callinicos ', les deux grands évé- 
ques du Sahid! combien d'hégoumènes, de 
prêtres, de diacres ai-|e tués et brûlés! que 
de soldats noyés dans le fleuve! En ve'riié 
mon sang ne suffira pas pour compenser le 
sang de tant de martyrs! Mais j'ai entendu 



niable boucherie. Il 




e plub qu 


l'abrégé d 


1. PsDliest connu 


par 


e martyr 


e Claude 


eendc. Quanta Callin 


cos, 


e n'a] par. 


e délai 11. s 



88 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

dire que mon bon Sauveur et mon Seigneur 
pitoyable a vraiment versé son sang*pour 
racheter le monde entier, surtout les pé-» 
cheurs tels que moi ; j'ai entendu dans rɫ> 
vangile qu'il a dit : a Je ne suis pas venu 
pour appeler les justes, mais les pécheurs à 
la pénitence ; » j'ai entendu aussi qu'il a dit : 
« Le Fils de l'homme n'est pas venu pour 
être servi, mais pour servir et livrer sa vie 
pour un grand nombre. » J'ai entendu dire 
encore que le Fils de l'homme n'est venu sur 
terre que pour chercher et sauver celui qui, 
comme moi, s'est égaré ; par sa miséricorde^ 
il s'est abaissé jusqu'à revêtir la nature hu-» 
maine ; il s'est nommé le Fils de l'homme 
pour me sauver, moi pécheur, des séductions 
dans lesquelles je suis captif. J'ai appris qu'il 
y aura dans le ciel plus de joie pour un pé- 
cheur qui fait pénitence que pour quatre^ 
vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de 
pénitence. J'ai entendu dire aussi que le 
Seigneur se réjouit davantage au sujet d'un 
pécheur qui se repent qu'au sujet des Anges. 
J'ai entendu dire que le bon larron, crucifié 
à la droite de Jésus le Christ, avait les mains 
teintes de sang; mais, comme il confessa 
notre bon Sauveur sur la croix et crut en lui. 



il fut rendu digne du Paradis et ne reçut 
aucun reproche de ses péchés pre'cédents. 
J'ai entendu raconter que le gouverneur ro- 
main Ponce-Pilate, qui prît part au cruci- 
fiement de Notre Seigneur, se convertit, 
crut et fut un martyr agréable à Dieu '. On 
raconte aussi que le soldat Longin qui, de 
sa lance, ouvrit le côté du Sauveur, renonça 
au culte des idoles, se convertit, fil péni- 
tence et crut. Le Seigneur ne lui dit rien de 
tout ce qu'il avait fait ; son corps fut guéri 
de la maladie qu'il avait contractée et lors- 
qu'on trouva sa tête, elle guérit toutes les 
maladies '. J'ai entendu raconter que Saul, 
nommé ensuite Paul, qui détestait l'Église 
de Dieu Rt persécutait les chrétiens, qu'il se 
cotivertit à la foi ; rien ne lui fut compté de 
tout ce qu'il avait fait, parce qu'il avait agi 
par ignorance. J'ai enten 
qu'un grand nombre d'hommes a 



IcsiÉgendes Sgyptieimes sur Pilait ne 
celles de l'Occidenl qui fonl comparaitre 
ère, le disgracient et HiialemeDi Is pteci- 
mi monlagne des Alp», qui en a con- 



CONTES ET B 



péniteace, avaient cru, s'étaient réjouis dans 
le salut lies faveurs célestes : leur mémoire 
est devenue éternelle sur la terre, un siècle 
après l'autre ', Je me lèverai donc mainte- 
nant pour aller mourir au nom de Noire 
Seigneur qui a livré son âme pour nous ; je 
me lèverai pour aller laver mes ptichés dans 
mon sang, et je suis sûr que les martyrs que 
j'ai fait met[re à mon se réjouiront à mon 
sujet;car ils n'ooipoint de haine contremoi 
à cause du grand bonheur dontils jouissent. 
Je me lèverai pour alier travailler à la vigne 
du Seigneur Sabaoth pendant une heure 
dont le salaire me sera payé, grâce à sa mi- 
séricorde et à sa pitié, autant qu'à ceux qui 
(Jnl travaillé toute la journée, Car j'ai appris 
qu'il avait donné un salaire égal aux premiers 
et aux derniers. On m'a appris que le pro- 
phète Ezéchiel a dit que le Seigneur reçoit 
la pénitence du pécheur, même une heure 
avant sa mort. Or, mon Dieu connaît mes 
remords, il prendra pitié de moi, car il sonde 
les coeurs et connaît les choses avant qu'elles 
existent. Voici la porte de la miséricorde ou- 



1 



verte devant les pécheurs, qui m'empêcherait 
d'y entrer? Voici le combat qui commence, 
qui m'empêcherait de me jeter dans la mê- 
lée? Voici l'eau, qui m'empêcherait de m'y 
faire baptiser? Voici les couronnes toutes 
préparées, qui m'empêcherait de m'avancer 
pour ceindre la mienne ? Comment ont fait 
mes nombreux soldats qui n'étaient que de 
méchantes gens? En reconnaissant la vérité, 
ils ont cru en le Seigneur le Messie, la véri- 
table lumière qui éclaii 
en ce monde et briller 
ainsi que mes gardes s 
lorsqu'ils ont vu la vi 
douter, ainsi qu'il est écrit ; a C'est ei 
lumière, ô Seigneur, que nous voyons toute 
lumière! ■ Il n'y a pas jusqu'aux musiciens 
et aux chanteurs, comme Philemon et Apol- 
lonios qui, lorsqu'on leur a eu enlevé le voile 
qui les maintenait dans l'ignorance et l'a- 
veuglement, n'aient reconnu la vérité et ne 
soient devenus martyrs pour le nom du 
Messie et dont le sang pur n'ait été un re- 
mède, pour mon œil à moi que mon erreur 
et l'aveuglement de mon cceur rendaient mi- 
sérable I à moi qui suis resté dans l'erreur, 
l'infidéliié et l'adoraiion des idoles! à moi 



tout homme venant 
éternellement. C'est 
nt devenus martyrs, 
ité dont on ne peut 



92 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

qui ai adoré les étoiles du ciel, les esprits des 
constellations, les éléments des choses, c'est- 
à-dire l'eau, le feu, la terre et Targile % Tor, 
l'argent, les pierreries, le bois! J^ai placé 
toutes ces choses aux lieu et place du Créa- 
teur qui a fait exister tous les êtres des temps 
anciens et qui les fait passer de l'existence 
au néant '. J'ai obéi à Dioclétien, le fils de 
Satan, séjour et domicile de l'ennemi que 
Dieu a perdu ; qui a bu le poison de l'anti- 
que serpent, qui est devenu fils de Satan et 
une proie pour la géhenne, qui restera mau- 
dit de ma propre bouche et de la bouche de 
tous les hommes. Quant à moi, j'espère ob- 
tenir la miséricorde de Dieu en mourant 
pour son saint nom, et je dirai avec le pro- 
phète David ; « Ne te rappelle pas, ô Sei- 

i. Le brave auteur n'était pas très fort philosophe et ne 
connaissait pas les quatre éléments. On pourrait supposer, 
qu'il y a eu faute du copiste, mais la mention de Targilé 
est tout à fait dans les idées égyptiennes. C'est avec de Tar- 
gile que l'homme était façonné sur un tour à potier par le 
créateur. L'argile était considéré de ce chef comme une 
toute autre matière que la terre ordinaire qui avait pu ser 
vir à fabriquer les autres choses ; mais non l'homme. 

2. Il ne faudrait pas comprendre ce mot néant dans le 
sens ordinaire que nous y attachons. Il signifie simplement 
la mort. 



^^ 



I 



93 

gncur, les péchés de ma jeunesse et de mon 
ignorance ! u Je dirai encore : • Que ta mi- 
séricorde me comble, ô Seigneur, ainsi que 
ta bonté, selon ta parole! . Alors à ceux qui 
me reprocheront ma conversion je répon- 
drai que je me suis fié en ta parole ; n'en- 
lève donc point de ma bouche la parole de 
vérité, car je compte sur tes jugements. Je 
dirai encore r « Agis, ô Seigneur, selon ta 
parole, inspire-moi de l'honnêteté, la con- 
naissance de ton affabilité, car j'ai cru en tes 
commandements : tu es bon, ô Seigneur, et 
c'est par ta bonté que j'ai appris h connaître 
ta justice ' t. 

En prononçant ces paroles, le gouverneur 
Arien avai[ le cœur droit : dés lors il ne 
tourmenta plus personne parmi les chré- 
tiens. It fit élargir tous ceux qui avaient été 
emprisonnés pour le nom du Seigneur le 
Messie, il crut avec pureté de coeur. Lors- 
que cette nouvelle parvint h Diocléiien, ce- 
tuî-ci l'envoya chercher et lui demanda 



I. Malgr£ la grande érudi 
EF de Je trouver un peu Ion 
ul« sa TJrtuDsitii. 






n semblable thime 



94 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

quelle cause l'avait fait renoncer à l'adora- 
tion des idoles. Arien se mit a lui raconter 
les prodiges et les merveilles accomplis par 
les saints martyrs : comment ils avaient été 
tourmentés, avaient eu les membres coupés 
et étaient revenus à la santé ; comment, en- 
tre autres, quelques-uns étaient morts et 
Dieu après leur 
:quels lui, Arien, avait 
es avait rendus. 



trépas. A d'ai 



a seulement ils 
i, mais ils guéris; 



int encore les mala- 



des, ouvraient les yeux des aveugles, fai- 
saient marcher les boî 
entendre les sourds, par la vertu du Die 



du ciel. 

Ce récit fit mettre Dioclétien en colère. Il 
ordonna de lui faire endurer de grands tour- 
ments, de le jeter dans un puits et de com- 
bler le puits afin qu'il en mourût. Mais le 
Seigneur le Messie envoya son ange qui en- 
leva le gouverneur de ce puits ei le plaça 
près du lit de Dioclétien l'infidèle, au milieu 
du palais. Le roi se réveilla de son sommeil, 
et lorsqu'il vil Arien, il fut rempli de trem- 
blement. Mais Arien lui dit ; « Ne crains 
pas, je suis ton serviteur Arien. Le Seigneur 



MARTYRE d'arien g5 

m'a fait sonir du puiis où tu m'avais îeié. » 
Le roi ordonna aussitôt de remplir un sac 
de sable, d'y attacher le saint et de ie préci- 
piter dans la mer. On lit ainsi, et il rendit 
son âme pendant qu'il était dans le sac. 

Lorsque le saint Arien avait voulu partir, 
il s'e'iaii disposé à prendre congé de ses pa- 
rents, de ses serviteurs, des gens de sa mai- 
son avant de s'éloigner de la ville d'Anti- 
noê r il les avait informés que ie Seigneur 
lui avait appris en songe que son corps de- 
vait retourner dans la ville d'Antinoë. Il 
leur avait dît : o Attendez mon corps sur le 
rivage de la vilie d'Alexandrie. » Or, quand 
on l'eut jeté dans la mer, le Seigneur or- 

I donna à un dauphin de prendre le corps et 
de le porter à la ville d'Alexandrie. Le dau- 
phin le jeta à terre et, au moment où le 

l corps d'Arien fut jeté sur le rivage, vers le 

I coucher du soleil, c'est-à-dire à la sixième 
re, ses serviteurs le prirent et le porié- 

I rent dans la ville d'Anlinoe; ils le placèrent 
près des corps des saints Philémon et Apol- 
lonios qui avaient été la cause de son mar- 
tyre. 

est ainsi que le saint Arien accomplit 
martyre et reçut la couronne impérissa- 



9^ CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

ble, ainsi que s'accomplit la prophétie de 
notre père saint, anba Ammonios, Tévêque, 
disant : « Tu sauras aussi ce que c'est que 
la bonne circoncision des chrétiens au nom 
du véritable roi, Jésus le Messie, et nous 
serons dans la plus parfaite tranquillité, 
c'est-à-dire dans la rédemption et le salut. » 
Arien s'empara du royaume des cieux par la 
violence, et la parole des évangiles s'accom- 
plit pour lui : « Le royaume des cieux souf- 
fre violence et seuls, les violents, peuvent 
s'en rendre maîtres. » Il accomplit le terme 
de sa carrière le huitième jour de Bar- 
mahat. 

Que sa bénédiction pure et l'intercession 
de la Vierge, de tous les apôtres, martyrs et 
saints soient avec nous : Amen^ amen^ amen. 



^^sÛa^^^^ûi^^ 



L> f 



ir^a 



MOM DE Dieu, un en substance, trjple 

BN PERSONNES ET EN ATTRIBUTS. 



Nous commençons avec t'aide de Dieu à 
copier l'histoire des Beni-Ismël à baby- 
lone de Chaldée, aux jours de Jérémie 
le prophète dont on Ut les prophéties le Ven- 
DBEDi DES imoLEORs ' de la Pâque sainte. 
Que ses prières bénies nous protègent. 

La parole de Dieu se fil entendre au pro- 
phète Jéreraie, lui disant ; ■ Dis au roi Sé- 
decias ei au peuple des Beni-Isiat;! : Pour- 
quoi ajoutez-vous à vos péchés d'autres pé- 
chés et il vos fautes d'autres fautes ? car mes 
yeux ont vu vos actions, et mes oreilles en- 

I. Cttle «pression qui se rencomre assez rriquemmeiil 
dans les œuvres copies, s'emploie pour désigner le ïen- 
dredi saint. 



9 8 CONTES ET 

tendu vos paroles. Si vous aviez jeûné, j'au- 
rais pris pitic de vous, et si vous aviez prié, 
je vous aurais exaucés. Le Seigneur le maî- 
tre absolu dit : En effet, vous n'avez ja- 
mais jeûné et vous n'avez point tendu les 



z )ei 



epoui 



Baal ei adressé des prières a Ross; voussvez 
oublié le Dieu d'Abraham ainsi que tous 
mes bienfaits, lorsque je vous ai fait sortir île 
la terre d'Egypte, après vous avoir sauvés de 
ta servitude de Pharaon; lorsque j'ai frappé 
l'Egypte de plaies, que j'ai pris piiié de vous 
comme une tendre mère prend soin de ses 
enfants et de ses filles pour les garder et les 
sauver, pour les sauvegarder de tout danger 
qui pourraiCse rencontrer dans leurchemin. 
Je vous ai honorés plus que tous les autres 
peuples, je vous ai nommés mon peuple, ô 
ai fait sortir du désert 
et de vipères, après un 
ns, sans que vos habits 
li vos chaussure usées, 



Beni-Israi?l, je voi 
empli de scorpior 
éjourde quarante 
e fussent déchirés 



ni vos cheveuï devenus longs. Je vous ai 
donné te pain des Anges, une colonne de lu- 
mière pendant le jour et pendant la nuit ', 

1 . Les Coptes n'admellaienl pas les deux colonneB de 
iiuéc cl de feu, coinine noua le faiiona, Cciail la mime 



je vous ai protégés de ma droite contre les 
entreprises de vos ennemis. Je vous ai donné 
les choses immuables ' et je vous ai fait tra- 
verser la Mer Rouge : je suis venu à votre 
secours contre les ennemis qui vous pour- 
suivaient, j'ai fait descendre les Anges pour 
vous conduire et vous faire passer au milieu 
des flots, j'ai fait noyer les barques du Pha- 
raon ' dans les eaus, j'ai ordonné aux va- 
gues de les couvrir et j'ai fait rentrer leurs 
entrailles dans leurs cœurs '. Et après tout 
cela vous avez oublié mon nom, et vous 
avez dit ; ■ Il n'y a point d'autre Dieu que 
Baai et Ross ■ . Vous m'avez rendu le mal 
pour le bien. Vous avez sacrifie à Baal et 
offert vos fils comme victimes a Ross. Vous 
m'avez abandonné, petits et grands; vous 



I. Je ne aaia Irop ce que signiP 


impus, 


vous avez 


gae. Elle se rapporte sans doute à 


ce qui y 


ient d'flir» dil 




leveoï. 




1. Cstle tradition est curieuse, 


Elle m< 


mire combien 


peu les Coptes se préoccupaient du 


texte de: 




Les liraélilcs seuls passent la met 


■ipied> 


*c ; les Egyp- 


liens les poursulïoni «ïec leur fia 


ilte. Ces 


t quelque peu 


contradictoire; mais le prodige est 


en parlit 


■- simplifie 


3. C-SJ.t-à-d,re sans doute, [e le* 


ai terrifie 


IS. 



100 CONTES ET ROMANS D EGYPTI 

forniqué; parmi vous, il n'y a pas eu déjuge 

décidant selon la iustîce. Si vous coniinuez 
d'agir ainsi, a ajouté le Seigneur, je ferai 
descendre sur vous ma colère, comme uo 
créancier qui ne revient pas en arriére: vos 
jeunes gens mourront de l'épée, vos vieil- 
lards de Hiim et de soif, vos enfants seront 
réduits en esclavage et maltraités sous vos 
yeux, votre ville florissante sera ruinée, vo- 
tre terre deviendra un désert. Jusqu'à pré- 
sent je vous ai donné uo délai afin que vous 
fassiez pénitence et que vous vous retour- 
niez vers moi qui prendrai soin de vous. Si 
ne faites pas pénitence, je retournerai mon 
visage de vous; si au contraire vous vous 
écriez vers moi, en disant : n Seigneur, 
Seigneur! « je vous entendrai promptement 
et je vous exaucerai, disant : o Me voici, 
ô Beni-Isracl. • Je ferai descendre sur vous 
la rosée au moment opportun et la pluie au 
temps voulu. Durant tout le temps que vous 
m'avez obéi, les nations étrangères vous 
craignaient, un seul de vous en faisait fuir 
diï raille et mes Anges vous servaient. Mais 
lorsque vous m'avez désobéi, toute la terre 
vous a pris en haine; le soleil, la lune ont 
été remplis de tristesse à votre sujet en 



1 







HISTOIRE DE I.A CAPTIVITÉ DE BABYLONE 101 ^^M 


voyant les adorations qui 


: vous rendiez aux 


idoles et tout le mal qu. 


i vous commettiez 


en présence de Ross. » 




Le prophète Jérémie se 


leva, il se rendit 


près du roi Sédédas qui 


était assis près de 


la porte du Soleil ' avec 


une foule de faux 


^M prophèies. Lorsque le roi 


Sédécias vit venir 


^fe le prophète Jérémie, il se 


leva pour aller à 


^P sa rencontre, l'embrassa i 


2t lui dit: "0 Na- 


zare'en ', le Seigneur dit 


-il quelque chose 


par ta bouche, ces jours- 


ci? • — Le pro- 


phète Jérémie répondit : 


. Oui, il y a pa- 


^m rôle de la part lie Dieu, ii 


EtiUui raconta en 


^H présence du peuple ce qi 


je le Seigneur lui 


^H avait dit. Lorsque le ro 


i eut entendu les 


^H paroles du prophète Jéré 


mie, il se mit en 


^H grande colère. Ananie et les autres faux pro- ^| 


^B phètes lui dirent : a Ce 


sont les discours ^H 


^ d'un fou! » Alors le faux 


prophète Ananie ^H 


se leva, il mit sur sa tète 


des cornes de fer ^H 


et dit : • Voici ce que dit le Seigneur Dieu : ^M 


1. Jeueaaias-ilyavait à J^ru! 


lalem une porte du so- ^H 


(cil ; je suis porté â croire que celle 


mention est un emprunt ^M 


fml i la relijjioD égypiieaae. 


■ 


1. Ce mut nazaréen doit a'enten 


dredan^le^nscon.- ■ 


aii Dieu. Lei Nazarêins ne devai 


lent pai boire de liqueui ^^M 


fermenlée, ni le faire couper les cheveux. j^^ 


^m TOME II. 





102 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

« Tes ennemis seront traînés de tous les 
côtés; » et de sa main, il fît un geste à gau- 
che et à droite, montrant le Sud, TEst et 
rOuest. a Personne ne pourra s'opposer à 
toi, ni envahir cette terre. Il n'y a point eu 
de parole venant de Dieu mise dans la bou- 
che du prophète Jérémie. » Et lorsque le 
roi eut entendu d'Ananie cette parole, il dit 
à ceux qui étaient debout près de lui : « Pre- 
nez le prophète Jérémie, jetez-le en prison 
dans l'endroit le plus profond et le plus rem- 
pli de fièvres, afin qu'il meure : ne lui don- 
nez qu'un peu de pain et d'eau, afin que 
nous sachions si sa parole est vraïe ou 
non. » Aussitôt on jeta Jérémie le prophète 
en prison. 

Mais lorsqu'Abimélek, convive du roi ', 
eut appris que le prophète Jérémie avait été 
jeté en prison, il alla trouver le roi, entra 
près de Sédécias et lui dit : « Que viens-tu 
de faire, ô roi? N'es-tu pas rempli de crainte 
pour avoir fait jeter le prophète Jérémie en 
prison et pour avoir éteint la lumière d'Is- 

I. Ce mot convive doit s'entendre aussi dans le sens 
d'aîîti intime. En Orient, on ne peut donner de plus grande 
marque d'amitié à quelqu'un que de l'inviter à manger 
avec soi. 



HISTOIRE IIË LA CAPTIVITÉ DE BABYLONE I03 



I 



raél, ' — Le roi Sédécias lui dît ; « Tu as 
bien fait àe me le rappeler. Demain tLi pren- 
dras des hommes avec loi et tu le feras sor- 
tir. ■ Abimékk prit des cordes, les jeia à 
Jérémie et lui dit : a Attache-les sous tes 
aisselles afin que nous te fassions monter 
hors de ce trou. » El ils le firent monter, le 
laissèrent aller en libertu. 

Le Seigneur dit à Je'rémie : o O mon élu, 
va trouver le roi Sede'cias et dis-lui ; Voici 
ce que dit le Seigneur, ô roi d'Israil'l : Jus- 
qu'à quand me meconienterea-vous en ré- 
pandant le sang des enfants innocents, en 
faisant faire de fausses couches aux femmes 
enceintes pour prendre leur fruil et le brû- 
ler dans les brasiers en l'honneur de votre 
idole Baa!? Les cris de ceux qui sont traités 
avec injustice sont montés jusqu'aux portes 
du ciel. Pourquoi as-tu imiiê les actions de 
Manassé et non celles de David ton père? 
Si tu continues d'agir de la sorte en ma pré- 
sence, je ferai descendre sur vous ma co- 
lère, je t'enlèverai ma gloire et ton trône 
pour les donner à un autre roi qui te hait, 
qui t'arrachera les deux yeux et les mettra 
dans tes mains, qui te tuera tes deux enfants 
l'un à ta droite, l'autre à ta gauche, qui te 
mettra un collier comme ans chiens et qui 



104 CONTES ET ROMANS D*ÉGYPTE 

t'emmènera captif dans la ville de Babylone, 
attaché au char de Nabuchodonosor, afin 
que tu y meures. On te chassera devant lui, 
comme on chasse un mulet au moulin. Ce 
grand peuple sera fait prisonnier avec toi et 
Jérusalem sera démolie jusqu'aux fonde- 
ments ; car vous avez souillé mon nom en 
adorant les idoles, vous avez violé Talliance 
que j'avais contractée avec vos pères. Dis-lui 
cette parole en présence des Béni-lsraél. • 
— Et Jérémie dit au Seigneur : « O mon 
Dieu, père de miséricorde, ne m'envoie pas 
vers Sédécias, car c'est un homme violent, 
qui s'emporte lorsque je lui parle en ton 
nom. On a lapidé tes prophètes, on a tué 
tes saints, et moi aussi je serai perdu; si je 
retourne vers lui, il me fera jeter dans le 
puits aux fièvres. » — Et le Seigneur dit à 
Jérémie : « Va, car c'est moi-même qui t'en- 
voie en mon propre nom. » Jérémie se mit 
en marche pour se rendre à l'endroit où 
se trouvait le roi Sédécias, il entra près de 
lui, lui raconta toute la parole de Dieu. Le 
roi Sédécias se mit en colère et ordonna 
de jeter de nouveau le prophète en prison. 
On le jeta dans le puits aux fièvres '. Et 

I. Le texte dit mot à mot : on le jeta avec les fièvres. 






HISTOIRE riE LA CAPTIViTÉ DE BABYLONB 103 

lorsqu'Abimélek apprit l'emprisonnement 
de Jere'mie, il alla trouver le roi Se'déciaset 
sauva le prophète des mains du roi. 

Pour la troisième fois, la parole de Dieu 
se fit entendre à Jérémie, disant : o Va trou- 
ver Sêiiécias et dis-lui : ■ Parole du Seigneur 
Dieu. « Jêrémie se jeta alors a genoux, se 
prosterna devant Dieu et dît : o O Seigneur, 
ne m'envoie pas vers Sêde'cias, car il se met 
en colère quand je lui parle en Ion saint 
nom, t Alors le Seigneur ordonna au pro- 
phète Jere'mie de mettre par écrit tout ce 
qu'il lui avait ordonné, d'en composer une 
lettre, de la remettre àBaruch,son disciple, 
pour la fairs porter au roi Sécédiaa. Le 
prophète Jérémie fit ce que Dieu lui avait 
ordonné; il écrivit une lettre, l'envoya à 
Sédccias, par l'entremise de Baruch,son dis- 
ciple, auquel il enjoignit de la lire au roi en 
présence de ia foule des Béni-IsraCl. Baruch 
se rendit prés du roi et le trouva assis avec 
ses courtisans, il se tint debout la lettre à la 
main et lut ii haute voix la parole de Dieu. 
Lorsque le roi entendit les paroles de Ba- 
ruch, disciple de Jérémie, il se mit en grande 
colère, prit la lettre des mains de Baruch, 
alluma du feu et y brûla !a lettre devant les 



106 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Béni-Israêl. II ordonna ensuite de frapper 
Baruch et lui demanda où était Jérémie. Le 
disciple lui apprit en quel endroit se trouvait 
le prophète et le roi ordonna de Tamener 
chargé de chaînes. Les gardes se rendirent 
près du prophète et le trouvèrent occupé à 
tresser des feuilles de palmier; ils exécutè- 
rent l'ordre du roi et l'amenèrent en sa pré- 
sence. Et lorsque le roi vit le prophète entre 
ses mains, son cœur se remplit, il se mit à 
grincer des dents et il lui dit : « Je ferai ré- 
pandre ton sang pour en remplir le plat où 
je mange; je donnerai ta chair à manger 
aux oiseaux du ciel et tes os aux bêtes féro- 
ces de la terre. Comment ton disciple ose-t-il 
parler ainsi devant moi ? Pourquoi fais-tu de 
fausses prophéties contre mon royaume et 
dis-tu : « Ton royaume te sera enlevé, ton 
trône sera renversé, le peuple sera mené en 
captivité et Jérusalem sera détruite de fond 
en comble? » Je le jure par les deux grands 
Dieux, Baal et Ross, je te ferai tourmenter 
et te ferai promptement mettre à mort; mais 
le meurtre aura lieu dans la prison, afin 
que je voie si tes paroles se réaliseront, ou 
non. >» 
Alors le roi ordonna d'attacher au pro- 



HISTOIRE DE LA CAPTIVITE DE BABYLONE IO7 

phèie les mains et les pieJs, de le jeter en 
prison, de ne lui donner ni pain, ni eiiu, de 
sorte qu'il mourût de faim et de snif. Le 
prophète Jêre'mie se retourna du coté du roi 
et lui dit en présence des Beni-Israèl : i Le 
Seigneur jugera entre toi et moi, à Sédécias; 
car depuis plusieurs anne'es, rien de menson- 
ger n'est sorti de- ma bouche. Voici trois 
fois que tu me jettes en prison et que lu 
veux m'y faire mourir. Tu comptes sur ies 
faux prophètes qui t'ont fait de fausses pro- 
phéties ; écoute maintenant la parole de 
Dieu. Le Seigneur Dieu dit : o O Israël, lu 
m'as mécontenté pour des idoles faites de 
main d'iiomme; c'est pourquoi j'éloigne de 



toi mon visage, ô 


roi, ai 


nsi que du peuple 


d'Israël. Je vais enfl 


ammei 


■ ma colère et mes 


vengeances contre i 


;ette K 


irre, je ferai venir 


le roi des Chaldéen 


s, accc 


>mpagnê d'une ar- 


mée nombreuse ci 


imme 


les sauterelles; il 


renversera les mu 


railles 


de Jérusalem ei 


'dressera son trône 


1 au I 


nilieu de la ville. 


, Quant il toi, ô Sédécias, t 


u verras toutes ces 


^choses de tes propres yeu 


x; on te prendra, 


[comme une femm 


e qui 


accouche, étendu 


t-«ur ion lit; on ci 


juvriri 


i ton visage d'un 


Toile, comme l'on 


fait au 


\ morts. Ainsi fe- 



I08 CONTES ET ROMANS D* EGYPTE 

ront tes gardes dans l'espoir de te sauver et 
de t'emporter vers le Jourdain ; mais Dieu 
indiquera aux gardes de Nabuchodonosor 
l'endroit où ils devront te chercher. Ils te 
poursuivront et te rejoindront près du fleuve 
de Karbis; ils te jetteront à terre, de'couvri- 
ront ton visage et te ramèneront en présence 
de Nabuchodonosor. Tes yeux contemple- 
roilt les siens, ta bouche parlera à la sienne ; 
il mettra à ton cou un collier, comme à un 
chien : tes deux fils seront tués, Tun à ta 
droite, Tautre à ta gauche. Le roi de Baby- 
lone t'arrachera les deux yeux, il les mettra 
dans ta main, il t'emmènera à Babylone at- 
taché à son char. La poussière et la cendre 
couvriront ta tête. Tu mangeras ton pain et 
boiras ton eau dans la détresse. Là-bas tu 
mourras et tu seras chassé comme on chasse 
un mulet au moulin. » 

A ces mots, les serviteurs du roi se saisi- 
rent de Jérémie et lui firent ce que le roi 
avait ordonné. Et Jérémie le prophète dit : 
« O serviteurs de Sédécias, attendez un peu, 
car dans ma bouche se trouve la parole de 
Dieu que je dois dire à Sédécias. » Quand 
les serviteurs l'eurent laissé libre, Jérémie se 
retourna vers la foule des Béni-Israel et leur 



dit en présence du roi : « Écoulez la parole 
du Seigneur : Voici ce que dit le Seigneur : 
— J'ai cache les défauts de vos pères ; je les 
ai faiï sortir de la terre d'Égypie et ils sont 
restés quarante ans dans le désert sans que 
leurs vêtements fussent usés, leurs chaussu- 
res déchirées ou leurs cheveux allongés; 
quant à vous, vous ne resterez pas un seul 
mois en chemin avant que vos habits ne 
soient uses et devenus cojnme des peaux ', 
que vous n'ayez été obligés de les coudre 
avec des cordes et des fibres d'halfn ' ou de 
chardon; les cheveux de votre tête descen- 
dront iur vos tpaules comme ceux des fem- 
mes, et, au lieu d'avoir une colonne pour 
vous éclairer la nuit et le jour, vous marche- 
rea devant vos ennemis à la chaleur du so- 
leil et malgré la Iraîeheur de la nuit. La 
chaleur de l'été, le froid de l'hiver vous ac- 
cableront. Quant à la lune et aux étoiles, 
elles ne vous donneront plus leur lumière, 
si bien que vous serezdans les ténèbres, que 

i. C'esl-à-dire aeroqt usés jusqu'à la corde, deviendront 
tomme des peaas où il ne reste plus un poil. 

lit qui marque bien la pi'ovensuce du rccil. Llialfa 
s connu eii Bgypie : il est tt chaque instant men- 
[ tiaaai dmis lu vie de rakhûmc. 

TOME 11. ; 



1 I O CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

VOUS marcherez à tâtons, que vous tomberez 
les uns sur les autres. Vous pleurerez alors 
amèrement, vous aurez faim et soif, vous 
invoquerez Dieu et lui direz : « O notre 
Seigneur, tu es juste et tes jugements sont 
remplis d'équité ; tu nous traites comme 
nous t'avons traité. » A la place de la manne 
que j'ai fait descendre du ciel sur vos pères 
et de l'eau douce que j'ai fait couler du ro- 
cher, il descendra sur vous delà poussière et 
de l'air enflammé ^ ; vos corps seront cou- 
verts de plaies incurables; je rendrai salée 
l'eau que vous boirez, vos corps s'épuiseront 
et vos os deviendront légers. A la place du 
soleil que j'ai fait briller sur vos pères, il y 
aura des poux et des mouches qui vous dé- 
voreront; vous resterez soixante-dix ans en 
captivité chez les Chaldéens jusqu'à ce que 
Dieu ait éloigné de vous sa colère. » 

Lorsque Jérémie eut achevé ces paroles, 
le peuple qui l'entourait s'écria : « Vive Sé- 
décias le roi! » Ordre fut alors donné de je- 
ter le prophète en prison. Voici la descrip- 
tion de ce lieu. On marche sous terre trois 



I Nouveau trait de terroir ; l'auteur dépeint ainsi en 
deux mots le khamsin égyptien. 



HISTOIRE n 






heures durant, au milieu des ténèbres, avant 
d'y arriver : Les bords du puiis sont nussi 
fins que le verre, personne ne peut s'y tenir 
debout, sinon sur le gros orteil ', et ce puits 
est rempli de fièvres. On laissa le prophète 
Je're'mie en cet endroit pendant plusieurs 
jours, et il e'tait dans une grande détresse. 
Lorsqu'Abimélek, le favori du roi, eut ap- 
pris l'emprisonnement de Jéremie, il se ren- 
s les jours vers lui et donna aus geô- 



liers 



r pouL 



d'entre 



avec du pain ei de l'eau. 11 continua d'agir 
ainsi jusqu'à ce que vingt et un jours se fus- 
sent écoule's. Abiméiek se rendit alors près 
du roi qui lui dit : " Qu'est-ce qui t'amène 
aujourd'hui chez nous? » Abimêlek lui ré- 
pondit ; • Je ne suis venu pour nulle autre 
cause que pour Je'rémie le prophète. A quoi 
l'a-t-il servi de le mettre en prison une pre- 
mière, une seconde et une troisième fois? 
Tu as jeté en prison le prophète de Dieu, 
éteint le flambeau d'Israël, et cependant il 
n'a dit en la présence que les paroles mises 



z d[ltlci]e d 



.i fiRurer 



I I 2 CONTES ET ROMANS D^ÉGYPTE 

en sa bouche par le Seigneur*. •» ^-^ Le roi' 
dit: « C'est bien, ô Abiméiek !. puisque tii 
Tas rappelé aujourd'hui à .mon souvenir, 
va, prends avec toi quelques hommes, faîs- 
le sortir de prison; mais tiens-le dans une 
maison afin que nous voyons si sa parole 
s'accomplira, ou non. o Abimélek prit alors 
quelques-uns des serviteurs de Sédécias, fit 
sortir Jérémie de la prison et le plaça dans 
une maison de repos. Jérémie dit à Abifné- 
lek : « Tu es heureux, ô mon fils Abimélek, 
car tu as. pris soin de moi au moment^de'ma 
détresse. Or, voici ce que dit le Seigneur : 
— Tu ne verras pas la destruction de Jérusa- 
lem, tu n'éprouveras pas les rigueurs de la 
captivité de Babylone et tu n'y mourras pas. 
Le soleil prendra soin de toi, Tatmôsphère 
te nourrira, la terre sur laquelle tu t'endor- 
miras te donnera le repos, la pierre te pro- 
tégera contre le froid de Thiver et la cha- 
leur de Tété : tu goûteras de la joie pen- 
dant soixante-d'.x ans jusqu'à ce que tu voieis 
Jérusalem dans sa gloire, florissante comme 
elle était. » 

Après ces événements, le roi Sédécias re- 
commença de pécher. Il entra dans le tem- 
ple du Seigneur et en fit enlever les deux 



colonnes de marbre qui éclairaient le tem- 
ple sans luminaires, il les fit placer dans le 
temple de Baal et de Ross. De même pour 
les Ueuï tables de pierre ', il les Ht porter â 
l'endroit où il mangeait et buvait avec ses 
courtisanes; il démolit l'autel où on faisait les 
offrandes, il en fit une table dans le temple 
de Ross; il saisit l'arche d'alliance et le 
chandelier d'or, il les fit fondre en forme 
de couronne pour en couronner la tête de 
l'idole; il ordonna de sacrifier des taureaux 
à Baal, de lui apporter les enfants de deus 
ans et deux mois, de tes tuer pour en pren- 
dre le sang et l'olTrir à Baal. En ce jour, la 
terre trembla et le Seigneur tonna du haut 
du ciel. Sa vengeance descendit sur la terre 
entière ' et il ordonna à l'Ange de colère de 
descendre sur elle avec courroux, si bien 
que les saints et les Anges allèrent se pros- 
terner en intercédant en présence du Sei- 
gneur el lui disant ^ <i O Seigneur, aie pitié 



ï. Par celle eipression la terre en 
tendre loule la Judile. Lcï Egypiic 
dire simplement ioule l'Egypte. On 



I 1 4 CONTES ET ROMANS D EGYPTE • 

du peuple d'Abraham, d'Isaac et de Jacob : 
éloigne ta colère et ne les fais pas périr. » 
La parole de Dieu se fit encore entendre 
à Jérémie le prophète qui répondit : « Me 
voici. » — Et le Seigneur dit : « Je suis ré- 
solu à ne pas me relâcher de ma colère et 
Je me suis dit que je ne ferais rien sans t'en 
avertir. Sans les prières qui ont lieu à Jéru- 
salem, il n'y serait resté personne; car j'ai 
pitié des enfants innocents dont le sang a 
été versé et qui s'écrient vers moi en disant : 
« Que les pécheurs pèchent et qu'ils descen- 
dent dans l'enfer et qu'ils sachent que ce 
lieu est plein de tourments. » Il est impos- 
sible que le peuple au milieu duquel tu te 
trouves échappe à l'un des tourments que je 
ferai tomber sur lui. Veux-tu que j'envoie 
Khataël ', l'ange de la colère, qu'il les fasse 
périr depuis les plus petits jusqu'aux plus 
grands, depuis les enfants jusqu'aux vieil- 
lards ? Ou bien que j'ordonne à la sécheresse 
de descendre sur eux, que le ciel et la terre 
deviennent d'airain *, que nulle rosée ne 
descende du ciel, que nul fruit ne sorte de 

1. Cet ange m'est d'ailleurs inconnu 

2. C'est le mot de Racine : « Les deux par lui fermés et 
devenus d'airain. » 



fa 



HISTOIRE DE I.jV CAI'TIVITÉ DR BABYI.ONE Il5 

la terre, que je fasse périr tous les arbres, 
que j'épuise tous leurs greniers qui regor- 
gent, qu'ils se mangent les uns les autres, 
qu'ils tombent de faim dans les rues de la 
ville, que je les livre entre les mains du roi 
Nabuchodonosor qui les gouvernera pendant 
soixante-dix ans, atin qu'ils sachent que je 
suis Dieu et que c'est de ma main que vien- 
dra leur repos? ■ Et lorsque Jérémîe enten- 
dit ces paroles du Seigneur, il se leva, il se 
prosterna en sa présence et dit ; ■ O Sei- 
gneur miséricordieux, Dieu de l'humanité, 
créateur de toutes choses, abaisse ton re- 
gard vers les fils de tes serviteurs Abraham, 
'Isaac et Jacob, auxquels tu as juré que leur 
descendance égalerait le nombre des étoiles 
du ciel; ne les perds pas tous, ne fais pas 
régner sur eux Salmaniel et sa colère ', car 
il n'épargnerait personne parmi eux Oîi est 
il à noire père Abra- 
dit ; 1 Tes descen- 
ais d'exister sous les 
;i tu fais régner sur eux la sé- 
3 famine, si le ciel ne laisse pas 

I nom de l'ange de la colère n'e=l pus iu- 



le serment que 
ham lorsque t 
dants ne cesseï 
cieux? . Et s 



I l6 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

tomber sa rosée et si la terre ne produit 
pas de fruits et que tes serviteurs périssent, 
où est la promesse que tu as faite à Israël 
en lui assurant que ses fils dureraient éter- 
nellement 1 Ne sois pas irrité, ô mon Dieu, 
contre ton peuple pécheur, et si tu les sou- 
mets à Nabuchodonosor qui les emmènera 
en captivité à Babylone, que ce soit comme 
un père qui corrige ses enfants, et un maître 
ses esclaves. » 

Aussitôt le Seigneur ordonna à Tarchange 
Michel d'aller trouver Nabuchodonosor et 
de lui dire : « Lève-toi, va vers la Judée et 
vers la ville de Jérusalem ; empare-toi de ses 
terres avec toute ton armée et tous les Chal- 
déens qui sont avec toi; emmène-les en 
captivité pendant soixante-dix ans. Leurs 
jeunes gens fabriqueront des briques, leurs 
vieillards couperont le bois et puiseront 
Teau, leurs femmes tisseront la laine et pas- 
seront les nuits dans les labeurs et les pei- 
nes. Ne leur fais aucune grâce, car je te les 
ai livrés afin qu'ils se corrigent. Je prendrai 
ensuite pitié d'eux jusqu'à l'éternité. » — 
Le roi Nabuchodonosor dit : « Malheur à 
moi ! peut-être le Seigneur est-il irrité con- 
tre moi à cause du grand nombre de mes 



I {>éches 1 et il veut que j'aille vers la terre 
' des Hébreux pour m'y faire périr. Qu'il me 
fasse périr de sa main, car cela vaudra 
mieux pour moi, que de mourir sur une 
lerre étrangère, moi et tous ceux qui m'ac- 
compagneront. Qu'est Babylone et qui est 
Nabuchodonosor près du peuple de Dieu? 
i[-ce pas ce peuple qui a rc'siscé aux 
Égyptiens ' et à Pharaon qui a été submergé 
s la mer et recouvert par les eaux à cause 
de lui? N'est-ce pas toujours le même peu- 
ple ? Qui suis-je pour combattre le peuple de 
Dieu et pour vaincre ceux qui vont à la 
I guerre sans armes, qui lèvent les mains au 
ciel et les Anges viennent combattre pour 
eux? ■> — L'ange dit à Nabuchodonosor : 
. Tout ce que tu as dit est vrai : à tout peu- 
ple qui observe les ordres de Dieu personne 
ne peut résister; mais, si ce peuple viole les 
commandements de Dieu, Dieu le livre en- 
tre les mains de ses ennemis. C'est pour- 
quoi, régne mainienani sur eux afin qu'ils 
sachent que l'Éternel est Dieu. " Et lorsque 

I Le Ifile in>;niiai]iie ici \sb Grecs \roamh) : Ceii tvî- 
initnt une erreur el c'esl te mol Égyptiens qui doil *e 
iver tu ce passage ain^i que le moulre le nom de Pha- 
1 qui vient après. 

TOME II. T 



I 1 8 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Michel eut fini de parler à Nabuchodono- 
sor, il approcha sa main du roi, le flatta et 
lui donna pouvoir sur le peuple; puis il re- 
monta vers les cieux. 

Alors Nabuchodonosor se leva et alla 
trouver sa femme Halka ; il lui raconta tout 
ce qui avait eu lieu. Et lorsqu'elle eut en- 
tendu cela, elle fut grandement émue, elle 
se mit à crier et à pleurer, elle dit à Nabu- 
chodonosor : « Malheur à moi ! ô seigneur 
mon frère ' ; emmène-moi à ta suite, car je 
ne te verrai plus. Qui a jamais résisté à ce 
peuple ? Ne sais-tu pas que c'est le peuple 
de Dieu et que Dieu lui accorde tout ce 
qu'il demande. » — Nabuchodonosor répon- 
dit : « C'est leur Dieu qui les a livrés entre 
mes mains. » — Sa femme lui dit : « Fais 
bien attention à ce que je vais te dire. Quand 
tu partiras pour les combattre, prends avec 
toi un bélier, et quand tu seras arrivé près 
de la ville de Juda, descends de ta monture, 
mets ton sceptre sur la tête du bélier : s'il se 
dirige vers la ville de Judée, suis-le, car le 

I. Trait éminemment égyptien : rien n'est plus fréquent 
que de trouver sur les monuments le nom de frère donné à 
son mari par la femme, ou celui de sœur donné à la femme 
par son mari. 



^* Seigneur te l'a livrée ; mais s'il ne se dirige 
pas de son cote', s'il se retourne du coté de 
Babylone, retourne comme lui et ne fais pas 
la guerre au peuple de Dieu, quand même 
tu aurab des soldats aussi nombreux que les 
grains de sable, u 

Lorsqu'elle eut fini de parler, elle le baisa. 
Quant k lui, il se leva et ordonna de faire 
venir ses généraux Kouris et Assaris ', il 

IJeur fit part de tout ce que le Seigneur et 
fon ange lui avaient promis. Ils lui dirent : 
il Vive à jamais le roi! Sans doute Dieu 
f«t irrité contre ce peuple, parce que ce 
icuple a péché. Envoie porter à Sêdc'cias, 
Eoi de Jérusalem, des paroles de paix, fais- 
ttii des présents et demcinde-lui s'il s'est pros- 
terné devant des dieux étrangers, s'il a renié 
s œuvres du Seigneur et de leurs prophè- 
s qui intercèdent pour eux. S'il ne l'a pas 
it, ne te mets pas en campagne contre eux, 
r ils adresseraient des prières îi leurs pro- 
ihêtes et ceux-ci nous feraient tous périr en 
eur pays, comme ils en ont fait périr d'au- 
tres que nous. Le feu du ciei descendrait 



I20 CONTES ET ROMANS D*ÉGYPTE 

contre quiconque se lèverait contre eux et 
le brûlerait. » Ce conseil plut au roi Nabu- 
chodonosor, il envoya Tun de ses généraux, 
lui donna trente mille cavaliers, écrivit une 
lettre à Sédécias et lui envoya des présents 
avec beaucoup d*or. 

Le général se mit en marche, et, pendant 
qu'il était en marche vers Jérusalem, le roi 
Sédécias apprit qu'un envoyé de Nabucho- 
donosor, roi de Babylone, était sur le point 
d'arriver. Il sortit de la ville à sa rencontre, 
entouré des femmes des Béni-Israél qui por- 
taient des présents. Lorsque le général eut 
rencontré le roi, il descendit de sa monture, 
lui remit la lettre de Nabuchodonosor et ses 
présents. Sédécias prit Tor et en fit une 
couronne qu'il mit sur la tête de la statue 
de Baal et il écrivit au roi de Babylone la 
lettre suivante : « Salut à toi ! mon Dieu est 
le vôtre et le vôtre est le mien. » Il scella 
la lettre, la remit au général, le combla de 
pierreries et de joyaux. Lorsque les prêtres 
de Baal apprirent toutes ces choses, ils di- 
rent : « Où est donc Jérémie qui nous disait 
que le roi de Babylone viendrait ici et ré- 
gnernit sur nous? » 

Peu de jours après, le général arriva à Ba- 



byloiie avec les trente mille cavaliers, salua 
Nabuchodonosor et lui remit In réponse de 
Sédécias. Lorsque le roi eut lu cette réponse, 
il fit entendre un rugissement de lion et dit 



compagnons ; » Pré- 
soldats! • En ce jour 
ar sortit de Bahylone 

ins compter si\ mille 



à Kouris ainsi qu' 

parez vos armes et 
même, Nabuchodonosor s 
avec tous les Chaldêens e 
millions d'hommes, sans i 
chars sur chacun desquels se trouvaient seize 
cavaliers '. Le total était de six millions, 
plus quatre-vingt-seize mille et sis cent niilla 
cavaliers ' ayant lances et boucliers, se te- 
nant à la droite et à la gauche du roi jusqu'à 
ce qu'on fût arrivé aux frontières qui sépa- 
raient le royaume de Babylone lie celui de 
Juda. Alors Nabuchodonosor descendit de 
son char, quitta son trône ; puis il prit son 
sceptre et le plaça sur la tète du bélier. Aus- 

I.Lea chars égyptiens, d'âpre le poème de Pentaonr 
Maleaaïenl trois iLommea : le caaieur enagârant IduI, en 
met ici seiic : les chars devaient être en canséquence. 

I. Le tExIe du manuscrit arabe dont [e me suis servi 

porte : total, sii millions et tiois millions et six cent mille. 

e sais d'où peuvent provenir les trois millions. Je les 

ai remplsccs par les qualru-vingt-seiie mille cavaliers des 

, chars. Le tout donne un chKitd dijii fort joti de pïH de 



122 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

sitôt le bélier se dirigea vers la terre de 
Juda. Le roi dit alors à tous ceux qui étaient 
près de lui : • Je suis vraiment étonné de ce 
que Dieu m'ait livré ce peuple ! » Il ordonna 
ensuite de lui apporter le foie d'un mouton, 
il le plaça sur le sceptre, signe de sa royauté 
sur terre, le plaça sous ses pieds, tourna son 
visage du côté de TOrient et dit : « O Dieu 
qui m'es inconnu, Dieu des Hébreux, Dieu 
d'Abrahaam, d'Isaac et de Jacob, Dieu dont 
je ne suis pas digne de prononcer le nom, 
car mes lèvres sont trompeuses! Je crains 
que ce peuple n'ait été livré en mes mains, 
h moi pécheur, qu'à cause du grand nombre 
de mes péchés et de ceux de mon peuple. » 
Alors il tourna son visage du côté de l'Orient 
et pria en disant : « O Dieu d'Israël, Dieu 
du ciel et de la terre dont le nom est par- 
venu jusqu'à moi pécheur, toi qui as toute 
puissance au ciel et sur la terre, je t'en prie, 
ô mon Seigneur, si cet homme qui m'est 
venu trouver est un ange et si c'est par ton 
ordre que je fais la guerre à ce peuple, fais- 
moi voir un signe de ta volonté par l'en- 
tremise de ce bélier, car je suis ton serviteur 
Nabuchodonosor, roi de Babylone. C'est toi 
qui as tellement endurci le cœur du Pha- 



raoD que les eaux l'ont submergé avec tous 
ceux qui l'accompagnaient. Si j'ai péché de- 
vant toi et que tu veuilles me faire périr, 
fais-moi fuir de peur jusqu'aux extrémiiés 
de la terre ainsi que tous ceux qui me sui- 
vent. Mais si lu veux, ô Seigntur, les livrer 
entre mes mains, que l'ombre de mon scep- 
tre revienne vers moi. » Aussitôt le soleil 
changea de direction; l'ombre du sceptre de 
Nabuchodotiosor et de la tête du bélier fit 
retour. Le roi Nabuchoiionosor mit ensuite 
le bélier à sa gauche et le (oie de mouton à 
sa droite, puis il dit de nouveau r « O Sei- 
gneur, fortifie mon cceur! » Et le Seigneur 
lui donna la force; le roi de Babylone sut 
que le Dieu des Juifs les avait livrés entre ses 

Cependant le Dieu de la miséricorde s'était 
souvenu d'Abimélek, pour avoir gardé et 
conservé le prophète Jérémie que Sédécias 
avait fait jeter en prison. Le Seigneur ne 
, voulut pas que pendant la captivité de Ba- 
bylone, il fut au nombre des captifs courbés 
sous le joug de Nabuchodonosor. Le jeune 
Abimélek continuaiid'aller tous les jours au 
jardin du roi Sédécias, son maître et de lui 
^ apporter des fruits. Un jour qu'Abimélek 



124 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

avait cueilli dans le jardin un panier plein 
de raisins et de figues et qu'il s'était mis en 
chemin pour rentrer à la ville, Dieu se rap- 
pela la parole qu'avait dite le prophète Jé- 
rémie : « Quant à toi, Abimélek, tu ne ver- 
ras ni la captivité de Babylone, ni la des- 
truction de Jérusalem, ni le roi Nabuchodo- 
nosor. » Pendant qu'Abimélek marchait et 
regardait le ciel, (le trajet était d'environ une 
heure), il se dit : • Je suis sorti avant l'heure 
accoutumée et je n'ai pas pris de pain pour 
Jérémie le prophète! Voilà, je vais m'asseoir 
et dormir sous cet ombrage l » Il s'endormit 
ainsi, après avoir placé sous sa tête le panier 
plein de fruits et couverts de petits rameaux. 
La terre lui donna repos : le rocher de la 
grotte s'étendit au-dessus de lui et le recou- 
vrit comme un plafond. La rosée descendait 
sur lui pour le rafraîchir, le soleil prenait 
soin de lui, si bien qu'il n'éprouva ni faim 
ni soif, depuis que Jérusalem fut détruite 
jusqu'à ce qu'elle eût été rebâtie une autre 
fois. 

Ensuite Nabuchodonosor arriva en Judée, 
et avec lui toutes les forces des Chaldéens; 
il s'empara de toute la Judée et de toutes les 
villes qui entouraient Jérusalem. Il se réjouit 



IhliSTOIRE DE [.A CAPTIVITÉ DE BABYI.ONE raS 
avec ses soldats de se trouver sur la terre 
tL'Isi-aël, Ils étaient ootnbreux comme des 
sauterelles, battaient des mains en signe 
d'applaudissement et disaient : > Allons 
combattre les Hébreux ; nous les ferons pe'rir 

^eI nous pillerons leurs biens, car toutes les 
nations haïssent le peuple d'Israël qu'on n'a 
pu vaincre jusqu'ici. Ils pouvaient en. effet 
soumettre tous les peuples par la force de 
leur Dieu qui combattait pour eux. n Les 
Béni-Israël se tinrent debout devant Nabu- 

Ichodonosor pour kii résister ; mais leur force 
/ut bien vite épuisée, ils farent devant lui 
comme des femmes enceintes, Nabuchodo- 
aosor ordonna de les enchaîner et tous ceux 
qui étaient sur le haut des terrasses oc des- 
cendaient qu'enchaînés ; tous ceux qui 
étaient dans les champs ne pouvaient entrer 
dans la ville sans être faits prisonniers. Et il 
ne resta aucun des Hébreux qui ne fût eon- 
^ dnit devant Nabuchodonosor près de lapons 
irusalem, et le roi de Babylone or- 
a d'en démolir les murailles. 
Lorsque Sédécîas apprit tout cela, il fut 
ns une grande agitation : le sang coula de 
1 corps comme de celui d'une femme qui 
;oucîie; il s'étendit sur son lit, se couvrit 



I 26 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

le visage comme celui d'un mort; ses servi- 
leurs remportèrent, cherchant à traverser le 
pays pour sauver Sédécias. Mais Nabucho- 
donosor donna Tordre de lui amener Sëdé* 
cias, et Kouris, le général, se rendit à la 
maison du roi de Jérusalem. Il la trouva or- 
née d'étoffes de soie et d'or; le lit du roi 
était embaumé d'encens et près du lit était 
l'idole que Sédécias adorait. Dieu jeta alors 
au cœur des serviteurs de Nabuchodonosor 
la pensée de poursuivre les serviteurs de Sé- 
décias, ils les atteignirent portant le lit sur 
leurs épaules près du fleuve de Karmis. Ils 
firent descendre le lit de dessus leurs épau- 
les, enlevèrent ce qui cachait le roi et le 
conduisirent à Kouris, chef des patrices chai- 
décns '. Celui-ci ordonna de lui arracher les 
yeux, de les lui mettre à la main, de lui tuer 
ses deux enfants, l'un à sa droite, l'autre à 
sa gauche, de lui mettre un collier au cou, 
de le conduire comme un chien. C'est ainsi 
qu'on le conduisit devant Nabuchodonosor 
qui ordonna de l'attacher à la queue d'un 

I . Cette expression montre que ce terme de patrice 
était connu du conteur ; elle peut par conséquent servir à 
déterminer l'époque où fut composé ce récit, époque qui 
ne saurait être postérieure à la conquête arabe. 



r,™..,.. 


CAPTIVITÉ HE BAI 


1 


cheval jusqu'à ce 


qu'on fût arri' 


^éà Baby- ^1 


lone où on le mit à conduire le 


mulet du ■ 


H moulin '. On lu! 


donnait un peu 


1 de pain et ^H 


^H d'eau pour sa nourriture. 


■ 


^^ Nabuchodonosi 


ar ordonna aiiss 


:i d'cnchai- ^^| 


^H ner les vieillards 


. des Beni-lsraël, de leur ^^| 


^B attacher le cou ai 


lï pieds jusqu'à 


ce que les H 


^H os de leurs cous 


fussent brisés '. 


, de mettre ^^| 


^^ des pierres sur ie 


ventre des femn 


ics ^H 


^K les : en un mot le cœur de Nabuchodo- ^| 


^H aosor devint dur 


à leur égard. 


11 dit aux ^M 


^ Hébreux : ■ Où e 


si le prophète J 


érémie afin ■ 


je lui demande s 


i je dois partir 


pour mon ■ 


mon pays, qu'il n 


QC lionne des n 


ouvelles de ^^| 


^ l'arche d'alliance 


dans laquelle : 


trouvent ^| 


^H* les deus tables d( 


: pierre écrites ■ 


delà main H 


^F .. On retrouït pat 


deux fois plus ba 


LUt tu seras ^| 


tbaaié comme le mul 


et du moulin. Il se 


mbie y ^H 


coiitradictioii ; cependant on peut trouver u 


ne explication. ^^| 


1^ meation du mukt i 


le doit pas surprend] 






i louinent la meule; 


^H 


^H biat moudre unu grande qunnlitf de blé, ei 


I que la meule ^^| 


^^1 ut grosse, c'en une bû 


Ile de somme qui fjil 


encore tourner ^^| 


^m il meule. 




^H 


^H 3. Cette torture est i 


maginé de la manit. 


dont on ai- ^H 


^^K'Uebeleiiacbeseu.EurptE. Il serait diKiclle 


de faire mar> ^H 


^K'clier un homme aiii^i 


lUaclii! On mettait 


ce supplice au ^H 


^^K nombre de ireux des d, 


imnits, comme on le 


dans la ^H 


^^B ViedeScliuoudi. 




J 



Je Dieu. • — El la foule lies Beni-Israéj 
s'écria en disant : • Ou irouver Jerémie le 
prophète, le béni de Dieu, que Sédêcias a 
f;iit mettre en prison avec oriinS^e. ne lui 
donner ni pain, ni eau, jusqu'il ce qu'il fût 
mort. • Et pendant que les Hébreux parr 
laient ainsi, i'Esprît porta Jerémie le pro- 
phète et le plaça en présence du général qui 
lui demanda l'arche; car il ne l'avait pas 
encore portée sur la montagne de Jéricho et 
la poussière et le vent ne l'y avaient pas ca- 
chée; quand au bois de l'arche, Scdécias 
l'avait placé sous son idole Baal. Les vieil- 
lards des Beni-Isracl dirent alors au roi ; 
• Vive te roi, qu'il nous permette de parler 
en sa présence. » — Et Nabuchodonosor 
leur dit ; • Ne parlez pas, car c'est votre 
Dieu qui vous a vaincus; qui pourrait en 
effet vous répondre ? • — Et ils dirent ; 
- Le Seigneur connaît celui que Dieu a 
envoyé; il est petit par son âge, tu en- 
tends sa parole sans voir sa personne a 
cause de la grande confusion qui régne et 
parce qu'il y a beaucoup de gens qui lui 
ressemblent. Or voici que tous les Beni- 
Israèl sont rassemblés devant toi; fais leur 
donner des rameaux d'olivier, et celui dans 



n daqueliflcL 



l 

^^Ffe |iropli 

cette proposition 
branches d'olivie: 
prophète Jéremie 
\ chodonosor qui ^ 
iphéle avait fleuri, 
eiiessus son trô 
B le prophf 
ftpbète de Dieu 1 v! 
mande-lui s'il n 

n d'ici. " — Je 



Nabuchodonosor accepta 

il leur fit apporter des 

■. Aussitôt l'onge porta le 

et le plaça devant Nabu- 



A cette vue, le i 
ie et se prosierna devant 
it, disant ; . Tu es le pro- 
et prie le Seîgueur; de- 
'a vraiment envoyé pour 
î terre, sinon je m'en irai 
émie lui dit ; « Enlève les 
tu as fait lier, fais-les re- 
tfoser de ieur torture jusqu'à ce que je sois 
■t que j'aie interrogé le Seigneur, u Na- 
Ibuchodonosor fit ce qui lui était demandé, 
^n (iétachaleurs iiens et le prophète Jérémie 
E rendit au temple de Dieu. 
> Il trouva le sang des enfants qu'on avait 
bépandu, il pleura et dit : o O mon Dieu,. roi 
1' rois, je l'en prie, regarde-nous du haut 



il diirut 



i fort 



i coDipréheti: 



l3o CONTES ET nOMANS d'ÉGYPTE 

du ciel et prends pitié dç ton peuple qui est 
maintenant en la main de Nabuchodonosor. 
Sauve-les de leur détresse, de la main de leur 
ennemi et de ceux qui les haïssent, a II tomba 
La face contre terre et pria pour le peuple. 
Une voix se iît alors entendre à lui du haut 
du ciel, disant : ■ O mon élu Jércmie, assez 
de prières pour ce peuple! Ne sais-tu pas 
que je suis un Dieu pitoyable? J'ai compté 
ce peuple jusqu'au chiffre de quatre-vingt 
millions ; et maintenant que voici la sixième 
heure, prends ce flambeau dans ta main, 
éclaire l'Est de Jérusalem, et regarde si tu 
trouveras parmi le peuple un seul homme 
qui ait de la iuraiére sur le visage, si tu trou- 
veras un seul homme dont )a bouche n'ait 
pas été souillée par l'adoration des idoles. 
Sans le moindre doute, je sauverai le peuple 
si tu trouves un seul homme qui aime son 
frère, je ne le laisserai pas emmener en cap- 
tivité. Mais si tu ne trouves personne, entre 
dans le temple, place le flambeau sur l'autel 
et il y restera allumé jusqu'à la fin des 
soixante-dix ans, jusqu'h ce que le peuple se 
convertisse et marche en ma voie. Et quand 
tu auras placé le flambeau oii il doit être, 
quitte tes habits de prophèie et marche avec 



euple qui resiera soÏKante-Jix ans sous la 

linaiion de Nabiichodonosor. « 

El lorsque Jeremie eut entendu ces paro- 

u Seigneur, il sortit, ayant a la main un 

Deau allumé. Des gens du peuple lui di- 

: O noire père Jeremie, pourquoi 

larches-Iu avec un flambeau pendant qu'il 

t jour? B — Il leur dii : o Je cherche 

'fin homme qui n'ait pus e'cé souillé par le 

ftculte des idoles et je ne le ti'ouve pas. • 11 

B^kura ensuite 

luteloù il lais 



nerement et retourna vers 
le flambeau allumé ; puis il 
ambre où l'on gardait les 



pêiements sacrés, i) prit le manteau du grand- 
, monta sur la terrasse du temple et 
^it à ia pierre angulaire : <r Je m'adresse à 
rce que tu as été jugée digue d'un 
grand honneur, toi et tous ceux qui obser- 
s commandements du Seigneur ; tu es 
mblance du Fils de Dieu, le maître des 
;s vaillants aux jours passés comme au 
imps présent. Ce temple sera démoli jusqu'à 
pierre angulaire : c'est pourquoi tu vas 
:evoir ce grand honneur. Ouvre-toi pour 
ifermerla robe du grand-prêtre ; garde-la 
toi jusqu'à ce que Dieu nii voulu rame- 
r le peuple. " Il prit ensuite la liare sur 



I 32 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

laquelle était écrit le nom de Dieu et qu'A- 
raon et ses tils mettaient sur leur tête au 
moment du sacrifice; il fit un signe vers le 
ciel et dit : « Je m'adresse à toi, ô roi de 
la lumière immense, créature comme je n'en 
ai pas vu de pareille entre les créatures de 
Dieu, garde cette tiare qui contient le nom 
de Dieu ; » puis il la jeta vers le soleil et les 
rayons du soleil la reçurent. Et lorsque Jé- 
rémie eut achevé tout cela, il ôta ses vête- 
ments de prophète au milieu du temple, re- 
vêtit un cilice, se couvrit les flancs d'un pa- 
gne, se prosterna devant le Seigneur et prit 
les clefs du temple. Il les plaça devant le seuil 
du temple et dit : « Je m'adresse à toi, ô 
seuil du temple de Dieu, reçois ces clefs et 
garde-les jusqu'à ce que Dieu ait ramené le 
peuple. » Aussitôt le seuil de la porte s'ouvrit 
pour les recevoir. 

Après cela, le prophète Jérémie se rendit 
prés du roi des Chaldéens ; et lorsque le 
peuple le vit revêtu d'un cilice, la tête cou- 
verte de cendres, il poussa des cris accom- 
pagnés de pleurs et de lamentations, il cou- 
vrit sa tête de poussière et vit que le Sei- 
gneur ne lui avait pas pardonné, car on sa- 
vait que lorsque Jéréiiiie allait prier Dieu 



i 



pour ie peuple, le Seigi 

peuple et qu'après avoir 
icorde, Jérémic se 
s ei lii lète parfum 

phèie Jérémie e 

ses, il dit h 



eur prenait pitié du 
reçu le gage de cette 
■tait revêtu d'habits 
e.El lorsque le pro- 
ipli toutes ces cho- 



r Dieu 



i Nabuchodoi 
ton char et retourne à Babyloi 
les a livrés entre tes mains. » Aossilô 
buchodanosor se leva comme un lioo 
mit en chemin vers Babyioi 
[ ses ^e'ne'raux de rassembler tous les Juifs et 
I de les faire marcher. Ils marchèrent en effet, 
ei le prophète Jérémie était au milieu d'eux,, 
nu-tète et nu-pieds. 1-e roi Nabuchodonosor 
le vit ei lui dit : • Quelle faute as-iu donc 
commise? Vieos monter avec moi; il n'est 
pas convenable que tu ailles h pied et que lu 
[ sois revêtu d'un cilice. > — Jérémie le pro- 
phète lui répondit ; • J'ai péché devant Dieu 
plus que ce peuple toul entier. Vive le Sei- 
gneur mon Dieu ! je ne quitterai pas ces vê- 
tements avant que le Seigneur n'ait ramené 
son peuple à Jérusalem. • Nabuchodonosor 
ordonna alors à ses généraux de prendre Je- ■ 
remie avec eux. 

- Et le peuple hébreu marchait vers Ba-. 
bylone au milieu des peines et des épreuves. 




I 34 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

En moins d'un mois, leurs vêtements furent 
souilles comme une vieille peau déchire'e, 
leurs chaussures tombèrent de leurs pieds, 
leurs cheveux devinrent longs comme ceux 
des femmes. Le soleil brûla leurs corps, ils 
furent recouverts de boue et de crasse, et leur 
chair s'ouvrit : le froid de la lune et des 
étoiles les fit souffrir pendant la nuit telle- 
ment qu'ils tombaient la face contre terre, 
ne savaient ni ne pouvaient marcher. Ils 
tombaient à la renverse les uns sur les au- 
tres de faim et de soif. Ils levèrent alors les 
yeux au ciel et dirent : « Quelle différence 
entre notre état et Tétat de nos pères, quand 
Dieu donnait la manne à Moyse, quand la 
source d'eau douce les suivait dans le dé- 
sert 1 n La poussière tomba sur eux du haut 
du ciel, Teau douce se changea pour eux en 
eau salée, les femmes enceintes avortaient, 
celles qui nourrissaint rejetaient leurs en- 
fants, car elles ne trouvaient plus de lait 
pour les allaiter. Enfin ils s'écrièrent avec de 
grands soupirs : « Tes jugements sont justes, 
ô Seigneur! et tu nous as punis selon nos pé- 
chés; car nous avons immolé nos enfants aux 
idoles et nous t'avons irrité. Ce sont nos pé- 
chés qui nous ont attiré tous ces malheurs. » 



Nnbuchodonosor arriva enfin avec eux à 
Babylone ; il entra dans son palais : ses fils 
et sa femme l'embrassèrent et il leur raconta 
tout ce qui lui était arrivé depuis qu'il les 
avait quittés. Il revÉIÎt ses vêtements royaux, 
il s'assit sur son trône pour juger les He- 
breuK et leur imposer leur travail. On compta 
qu'ils e'taient au nombre de cent quatre 
vingt raille, outre les cinquante mille qui 
étaient morts en chemin, et sans compter les 
enfants moris dans les bras ou dans le 
ventre de leurs mères. NabuchoJonosor or- 
donna de faire travailler les jeunes gens dans 
la boue pour faire fabriquer des briques, de 
faire fendre le bois et puiser l'eau aux vieil- 
lards, de faire tisser la laine aux femmes. 
Chaque jour on lui montrait leurs travaux, 
comme ceux des esclaves, et il leur donnait 
pour nourriture du pain et de l'eau. Les 
Hébreux furent donc captifs a Babylone et 
subirent le joug de L'esclavage. NaDuchodo- 
nosor leur fil bâtir des villages, des maisons, 
des tours sur le bord du fleuve et des mu- 
railles tout autour de Babylone. Tous les 
jours les Chaldéens portant leurs lyres se 
rendaient sur les rives du fleuve et deman- 
idaient aux Hûbreux : b Comment chantiez- 



I 36 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTK 

VOUS enThonneur de votre Dieu! * — Elles 
Hébreux répondaient en soupirant : « Com- 
ment pourrions-nous chanter le Seigneur 
sur une terre étrangère? » Enfin ils s'é* 
crièrent au milieu de leurs pleurs et de leurs 
lamentations : « Tu nous a punis, ô Seigneur, 
par le malheur qui nous a frappés! vois la 
confusion de nos visages. Nous avons cru 
autrefois que tu étais notre Dien; nous 
t'avons irrité en n'écoutant pas tes prophè- 
tes, ô Jérusalem ! • 

Les Hébreux étaient donc comme des es- 
claves pour le roi de Babylone. Nuit et jour 
le prophète Jérémie adressait pour eux des 
prières au Seigneur, car il voyait la détresse 
et les tourments qui accablaient le peuple. 
Quant à Sédécias, il fut attaché au char de 
Nabuchodonosor jusqu'à ce que le roi fût 
arrivé à Babylone; puis pendant quarante 
ans, il dut conduire le mulet du moulin; il 
souffrit tourments et endura misère plus 
que tout autre. Pendant tous les jours de sa 
vie, Nabuchododosor ne prit jamais pitié 
des Hébreux. Lorsqu'il fut mort, le persan 
Ouaqdous ' lui succéda; celui-ci tourmenta 

I . J'ignore à quel roi se rapporte ce nom. 



I 



les Hébreux par la faim et la soif, i! dimi- 
nua leur nombre plus qu'il n'avait été fait 
du temps de Nabuchodonosor. Il donnait â 
chacun deux pains " pour deux jours et un 
peu d'eau; il augmenta la quantité de tra- 
vail qu'ils devaient fuire et leur fit endurer 
beaucoup de maux, si bien que de leur 
grande quantité, il ne resta plus que quatre 
vingt mille personnes. 

Les enfants des Hébreux apprenaient les 
sciences des Chaldéens; ils étaient au-nom- 
bre de quatre-vingt-dix jeunes garçons quï 
allaient à l'école. Parmi eux se trouvait ud 
jeune enfant nomme Azerah " que sa mère 
mena tout petit a l'école, alors qu'il ne savait 
distinguer le bien iki mal. L'esprit de Dieu 



était en lui. Chaque jour, les 
Chaldéens et ceux, des Hébre 
Je l'école pour aller puiser l'i 
était nécessaire. Us sortirent i 
cruche d'Aïerah tomba dans 1 
fanis Chaldéens dirent quelqui 



infants des 
sortaient 



I. Les 



is âcs Copies i 



tiU ; un Copie qni 
imlgrc sa sobriftj. 



iriture : c"est I'ëhf 
TOME II. 



I 38 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTK 

convenant aux enfants Hébreux. Ils battirent 
des mains en s'écriant : « O Hébreux ! vous 
êtes des gens sans force ! » Azerah leva les 
yeux au ciel, soupira, versa des pleurs et 
dit : a O Seigneur mon Dieu, regarde-nous 
et prends pitié de nous en souvenir d'Abra- 
ham ton ami, d'Isaac ton élu et de Jacob l'ob- 
jet de ta bénédiction. Où est Talliance que tu 
as faite avec tes serviteurs? N'éloigne pas de 
nous ta miséricorde, car, au milieu de ce 
peuple, nous sommes haïs plus que toutes 
les autres nations vaincues. Maintenant donc, 
ô Seigneur, prends pitié de nous, car nous 
avons péché en ta présence ; mais tu es mi- 
séricordieux et tu pardonnes les péchés. » Il 
ôta ensuite ses habita^ descendit dans le 
fleuve, les remplit d'eau comme une cruche, 
les porta sur son épaule et accompagna les 
autres garçons à son école sans qu'il en tom- 
bât une seule goutte. Lorsqu'il fut arrivé, il 
arrosa l'école avec l'eau qui était dans son 
habit, et lorsqu'il eut fini, il remit son habit 
qui était sec,'comme si de rien n'était. Lors- 
que le maître d'école eut vu ce prodige, il se 
leva, se prosterna devant l'enfant et dit : 
« Vraiment je te dis que c'est toi qui sauve- 
ras ton peuple d'e la captivité! » Et de ce 



140 CONTES ET ROMANS D EGYPTE 

VOUS glorifiez votre Diieu; jouez-en en ma 
présence » — Ils répondirent : « Nous crai- 
gnons d'en jouer dans un pays étranger, car 
notre Dieu ne le veut pas. » — Il [leur dit : 
• Faites ici comme vous faisiez dans votre 
pays. » Ils lui dirent : « Les enfants de Lévi 
sont ceux qui ont été choisis par le Seigneur 
pour nos chefs quand nous jouons de la 
cithare. » Kouros ordonna qu'on apportât 
une cithare aux Hébreux qui se mirent à en 
jouer harmonieusement; ils s'accompa- 
gnaient en battant des mains et en frappant 
des pieds sur la terre '. Aussitôt la terre se 
souleva, comme si elle eut voulu rejeter les 
Béni-Israël dans leur pays, si bien que Jéru- 
salem entendit leurs voix. Les Chaldéens 
jurent stupéfaits ; des nuées descendirent du 
ciel et recouvrirent tout le temple. Tous 
ceux qui se trouvaient à Jérusalem * surent 
que Dieu avait pris pitié d'eux Kouros fut 

1. C'est encore ainsi qu'aujourd'hui les Copies voient 
les Nubiens, les nègres du Sourdan et surtout les Bar- 
bariens se délecter en faisant de la musique. 

2. Peut-être y a t-il ici une faute et devrait-on lire Ba- 
bylone ; j'ai laissé la leçon Jérusalem à cause de l'incer- 
titude qui règne toujours quand il s'agit des auteurs cop- 
tes. 



aux Hébreux 
js cithares la 
jusqu'à ce qi 



r rempli de crainte i 
dez-vous lie jouer 
vous serez dans ce 

soyez reiourocs dans voire terre. Là vous 
glorilierez Dieu, o 

• Cependant les soixante-dix années s'ache- 
vèrent. Il y avait trois hommes, à savoir Aze- 
rah iîls de Baria, Daniel tiis de Batouna et 
Éïdchiel fils de Nouri'; c'est à ces trois 
hommes que Dieu pariait et ils prophétisaient 
à Babylone. Ils dirent : •• Allons prendre un 
bélier; nous irons dans le désert pour faire 
un sacrifice au Dieu d'Israél; comme nous 
avons entendu raconter lie nos pères qui sa- 

tcrifiaient un bouc pour leurs péchés, et ie 
Seigneur envoyait son ange avec un sceptre 
de feu pour recevoir d'eus leur offrande. 
Allons donc ! peut-être la miséricorde du 
Seigneur est-elle près de nous et nous en- 
verra-t-il son ange pour recevoir de nous ce 
que nous lui offrirons, u Us firent ainsi. 
Quant à Azerahjil prit du boisd'Atrafis " (sic), 
du bois d'ébène, trois autres morceaux de 



I. Lb copiste s' 
de li Noiiri du IÏi 
léchicl. Quant ai 



142 CONTES ET ROMANS D'ÉGYPTE 

bois; il plaça le bélier en haut du bois, tour- 
na son visage vers TEst, c'est-à-dire dans la 
direction de Jérusalem et pria le Dieu d'Israël 
en disant : « O Dieu de nos pères, le seul 
Éternel ! toi qui as exaucé Abel, le premier 
martyr, de préférence à Caïn son frère, toi 
qui as créé Seth à la ressemblance d'Abel, 
qui as rendu vaine là force des impies, qui as 

9 

fait monter Enoch aux cieux à cause de sa 
pureté et qui lui as appris les mystères cé- 
lestes; toi qui, avant le péché d'Adam lui as 
donné l'autorité et as mis entre ses mains 
tout ce qui est sous le ciel ; je t'implore, 
ô mon Dieu, exauce mes prières et mes lar- 
mes, souviens-toi de l'engagement que tu as 
pris avec Abraham en disant : Si tes fils ob- 
servent les conditions de mon alliance, je 
perdrai leurs ennemis. Maintenant donc, ô 
mon Dieu, prends pitié de tes esclaves, car 
nous sommes prêts à mourir pour ton saint 
nom. Du haut de ton ciel écoute-nous au- 
jourd'hui, accepte notre offrande, aspire son 
parfum, fais miséricorde et pardonne à ton 
peuple. » 

Quand il eut fini sa prière, ainsi que ses 
frères, leur imploration monta vers le trône 
de Dieu et leur parole entra dans l'oreille du 



I 



mSTOFRE DE [.A CAnTIVlTli DE BAEVLONE 143 

Seigneur Sabaoïh qui envoya son ange sous 
une forme humaine, afin de lui monier leur 
offrande. L'archange Michel descendit alors, 
se tint debout sur l'autel, consuma le bélier 
et le bois de son sceptre de feu qui de'voia 
tout ce qu'il y avait; puis il remonta vers 
les cieuK. Il s'arrêta dans les airs, se rendit 
YÎsible aux trois prophètes, leur donna la 
bénédiction céleste et les cieux s'ouvrirent 
pour le recevoir. 

Quant à Jére'mie, il alla trouver Kouros à 
Babylone ', revêtu d'un cilice. Il priait pour 
le peuple, et pendant qu'il priait en disant : 
• O Seigneur, Dieu de mon âme et de mon 
corps, exauce la prière que je te fais pour 
les maux de ce peuple, car maintenant les 



jours 


de ta colère s 


;ont passés 


et le terme 


que tu 


as fixé pour 


le sauver e; 


st arrivé ; » 


l'ange 


Michel luidor 


ma un ordre 


: en disant : 


Hàte^I 


oi d'aller en 1 


a terre des 


Chaldéens. 


Sauve 


le peuple, fais 


-les sortir; t 


;t si les ha- 


bitant; 


; de Babylone 1 


es retiennen 


t. Dieu fera 


tombe 


r le ciel sur la terre et sa 


. colère des- 


cendri 


isur eux. ■ Il accompagna 


le prophète 




ici encore une aow 


ic\k surprise. J 


[criimic ^caîl re- 


tourné i 


i jLtuaaleiu .ans que l'auteur ail | 


pris soin de le 



^ 



144 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

devant le roi de Babylone et Jérémie sauva 
le peuple de la main du roi. Pendant que 
Jérémie agissait ainsi, Michel lui apparut et 
lui dit : « Salut à toi! » — Jérémie lui dit : 
« Me voici, j'ai entendu ta voix et ta pa- 
role a donné de la force à mes os, ta con- 
versation a rafraîchi mes entrailles 1 Où 
étais-tu donc, ô Seigneur? Tu ne m'es ap- 
paru qu'en ce jourl Et moi, je me trouvais 
dans la détresse au sujet de ce peuple, comme 
un père pour ses enfants. » — L'archange 
Michel dit à Jérémie : a Je suis aujourd'hui 
venu vers toi pour sauver ton peuple, car 
Dieu m'a envoyé pour cela. Voici ce que dît 
le Seigneur que tu sers : « J'ai pris pitié de ce 
peuple et j'ai résolu de le faire retourner dans 
son pays afin qu'il me glorifie. Si les Chal- 
déens ne le laissent pas aller, je m'irriterai 
contre eux, je ruinerai leur terre jusqu'à ce 
qu'ils l'aient laissé partir; et s'ils les retien- 
nent encore, j'agirai avec eux comme j'ai 
agi avec Pharaon et ses soldats. » Après 
avoir dit ses paroles à Jérémie, l'ange 
ajouta : « Reste ici jusqu'à ce que je sois 
allé et que j'ai rassemblé tout le peuple près 
de toi. » 

L'ange alla donc et rassembla le peuple 



LA CAPTiViTÉ DE BABYLONE 145 

d'Israël en un seul endroit. Il se rendii près 
de ceu^ qui faisaient de In brique et leur 
dit ; 1 Assez travaillé ! allez trouve i votre 
père Jérémie, car le Seigneur vous a déli- 
vrés de ce travail. • Il dit de même à ceux 
qui coupaient le bois ec puisaient l'eau. Il 
alla aussi trouver les tisseuses dans la ville 
et leur dit : n Assez travaillé ! car le Sei- 
gneur vous a délivrées. Allez trouver votre 
père Jérémie. u Personne d'entre eus ne 

Jérémie les conduisit au palais du roi. Kou- 
ros et Amis dirent à Jérémie : n Quel est le 
Dieu d'Abraham, celui d'Isaac et celui de 
Jacob? Vraiment, ô Hébreux, retournez à 
votre travail et quittez ce dessein. • Et Kou- 
ros ordonna de frapper Jérémie en priisenee 
du peuple. Aussitôt Kouros et Amis ' se levè- 
rent, sortirent du palais, se présentèrent de- 
vant les chefs des travaux pour leur donner 
l'ordre de châtier et de tourmenter le peu- 
ple, liii ce moment une nuée descendit du 
ciel, la terre trembla, le vent souffla, le so- 
leil disparut, les ténèbres devinrent visibles, 




146 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

les habitants de Tair se confondirent avec 
ceux de la terre, les cavaliers virent leurs 
chevaux s'enfoncer dans la terre, si bien 
que les Chaldéens s'écrièrent à Cyrus et à 
Amis en disant : <x Assez, assez ! voulez- 
vous donc que le Dieu d'Israël nous traite 
comme il a traité les Hébreux? ■ » Le roi 
Kouros tomba de dessus son char, et se 
cassa les os du dos ', Amis ^ se cassa aussi le 
bras droit. Us s'écrièrent ; « O Dieu des 
Hébreux, prends pitié de nous! car nous 
avons péché en refusant de laisser partir ton 
peuple. Nous t'en conjurons, prends . pitié 
de nous et nous les laisserons partir en paix 
pour leur pays. » Alors le prophète Jérémie 
eut pitié d'eux, surtout lorsqu'il vit couler 
leurs larmes; il se rendit près de Kouros, 
ressouda les os qui étaient cassés et guérit 
aussi le bras d'Amis. 

Lorsque Dieu vit que leur cœur avait re- 
noncé à leur dessein, il rendit le calme à la 

1. On s'attend peu à trouver ici le nom des Hébreux. 
Le sens exigerait plutôt celui des Egyptiens; cependant le 
mot Hébreux peut se comprendre. 

2. C'est-à-dire la colonne vertébrale. 

3. Le mot Amis est ici et plus bas écrit Asis. On ne 
peut avoir confiance en aucun de ces noms. 



LA CAPTIViTÉ D 



fl.ONE 147 



terre eï fit reparaître le soleil. Aussilôl le 
roi Kouros et Amis ordonnèrent de faire 
venir les Hébreux; puis le roi compta les 
jours qu'ils avaient passé dans la captivité, 
leur paya leur salaire, fit monter Jérémie 
sur un cheval, le revêtit d'un habit royal, 
lui mil une couronne sur la tête, lui donna 
des montures et des chameaux chargés de 
vivres, puis il écrivit pour tout l'empire des 
Ghaldéens une lettre dans laquelle il disait : 
o Sortez au-devant du prophète Jérémie, ac- 
compagnez-le jusqu'à ce qu'il ait quitté votre 
pays. On fit présent au prophète Jérémie 
de dis serviteurs. Jérémie sortit des villes 
chaldéennes avec tout son peuple, el la to- 
talité de ceux qui soriirent de Babylone fut 
de quaire-vingt millions, e[ il en était mort 
pendant la captivité cent raillions '. 

Lorsqu'ils furent sortis de Babylone, ils 
commencèrent de prier en disant ; > Hâte- 
toi, ô Jérusalem, de ceindre ta couronne, car 



I. Ces chiflïïs ionl tout aimplsment fantsaliquci. Plus 
hant. 11 s'agissait seulement de So.ooo. En arabe, 1« mal 
million ï'eiprime par mille mille ; le scritie a cipiti le 
mot alph alin de faire mieux ressoitir le miraculeux de 
ton lÉcit. Les I oo.ooo, Doo de inorls s'expliquent par lu 



148 CONTES ET ROMANS D'ÉGTPTr 

tes fils, partis dans la tristesse et les pleurs, 
te reviennent dans la joie et dans la paix. • 
Jërémie le prophète retourna ainsi en paix 
dans son pays après avoir été honoré dans 
la terre des Chaldéens, escorté de cavaliers 
jusqu'à ce qu'il fût arrivé à Jérusalem. C'est 
ainsi qu'ils y arrivèrent. 

Quant à Abimélek, il sortit de l'endroit où 
il dormait. La grotte sous laquelle il se 
trouvait se releva ; il vit le panier de figues 
et de raisins avec la poussière qui les cou* 
vrait. Abimélek dit alors en son âme : « Je 
n'ai pas été long et je me sens un peu 
alourdi. Il faut que je me repose quelques 
instants, et tout à l'heure je me lèverai pour 
monter à la ville, car le moment est venu de 
porter sa nourriture au prophète Jérémie 
qui est en prison. » Ainsi, après avoir dormi 
pendant soixante-dix ans, il se leva et prit 
son panier de fruits aussi frais que si on les 
eût cueillis à l'instant même. Il entra dans 
la ville de Jérusalem. Il vit que les murail- 
les étaient démolies, que la ville était déserte, 
et cependant les figues et les raisins étaient 
tels qu'il les avait vus autrefois. Lors donc 
qu'il entra dans la ville et vit que les rues 
étaient changées et détruites, que les. en* 



HISTOIRE DE LA CAPTIVITE DE BABYLONE (49 

droits déserts éiaienl peuplés et qu'il ne ren- 
contrait personne qu'il connût, il se trouva 
dans un grand embarras; il resta debout et 
dit ; n Que signifie tout cela? . Il vit un 
vieillard qui ramassait du bois, il lui dit : 
• O mon père, suis-je bien dans la ville de 
Je'rusalem ?» — Le vieillard dit r « Oui. • -. 
Abinielek dit ; « Sais-tu ce que Séde'cias a 
fait de Jérémie ? L'a-t-i! fait sortir de pri- 
son ?" — Le vieillard lui répondit : ■ Qu'est- 
ce que tu dis là? qui est Sédécias et qui est 
Jérémie ? Il y a soixante-dix ans que Nabu- 
chodonosor a détruit Jérusalem et a em- 
mené tout le peuple en captivité à Babylone, 
et avec le peuple Jérémie. s — Abimélek lui 
dit : • Si tu n'étais pas un vieillard, je dirais 
que tu es un fou. Je suis allé aujourd'hui 
dans les jardins de mon seigneur Ermis et 
j'en ai apporté des fruits. Je me suis en- 
dormi un peu, il est vrai ; mais, si le peuple 
a été emmené en captivité, les ténèbres de 
Dieu sont donc tombées sur lui et l'ont 
enveloppé! ou bien la terre les a engloutis! 
Je pourrais au moins en trouver quelqu'un •. 
— Et le vieillard lui répondît : • En vérité, 
tu es un homme juste à qui Dieu n'a voulu 
faire voir ni la destruction de Jérusalem, ni 



I 



i5o 



ies souffrances de la captivité, ni le royauinl 
de NabuchodoDosor. Il a fait sur ■ 
cenilre et régner le sommeil jusqu'au jour 
où tu pourrais voir Jérusalem repeuplée et 
florissanie comme autrefois. Aiia que lu 
croies que Jérusalem est redevenue floris- 
sante, c'est aujourd'hui qu'arrivent le peuple 
et Jérémie. En vérité, tu es un juste du 
Seigneur, puisqu'il l'a fait vivre dans un 
tranquille sommeil pendant soixante-dix ans. 
O mon (ils, ces figues que tu as ne sont plus 
de la saison; regarde les arbres, mon fils. 
Ce n'est pas non plus la saison des raisins^ 
puisque nous sommes au mois de barmou^ 
da ', au premier jour duquel arrive le pro^ 
phête Jérémie après une captivité qui a duré 
soixante-dix ans. La vérité de ce que je te 
dis te sera attestée par l'arrivée du peuplai 
qui lient à la main des rameaux de palmisi 
et des fleurs. » 

En effet, Abimélek vit Jérémie brillani 
comme le soleil qui répand sa li 
courut â lui. En le voyant, Jérémie descea? 
dit de son cheval, l'embrassa et lu 
" Sois le bienvenu, Abimélek mon an 



1 



l'honneur que Dieu l'a fait. C'est ainsi qu'il 
traite ceux qui ont de la miséricorde, car tu 
avais eu pitié de moi au moment de mon 
malheur, et de son bras sacré Dieu t'a caché, 
t'a mis en repos, afin que tu visses Jérusa- 
lem de nouveau florissante. Tu n'as éprouvé 
aucune misère, m n'as pas eu à subir le 
joug de Nabuchoiionosor : il y a soixante- 
dix ans que nous sommes en captivité et 
seul de tout le peuple. Dieu t'a sauvé. C'est 
pourquoi celui qui entendra raconter Ion 
histoire, pratiquera la miséricortle. ■ Et 
lorsque Jérémie eut iîni de parier à Abimé- 
Ick, ils entrèrent tous dans la ville en disant : 
<i H3te-toi, Jérusalem de ceindre ta cou- 
ronne, car tes iîls qui sont sortis de toi dans 
U tristesse et dans les pleurs te reviennent 
dans la joie et le contentement. > Le ciel se 
réjouit, la terre fut dans l'allégresse. Ils 
rendirent gloire à Dieu qui les avait rame- 
nés dans leur pays. Qu'il lui soient la gloire 
et la puissance, maintenant et toujours, 
jusqu'à la fin des temps. 

Et le peuple dii ; Amen. Kyrie eleison. 

Est finie et achevée l'histoire de la captivité 
de Babylone, en la paix de Dieu. Amen. 



k 




I PÈRE, LE Cbéatëur, le vivant, . 



Nous commençons avec i'aide de Dieu , 
vous raconter, 6 frères qui aime^ le Mes^' 
sie, l'histoire de la grande vision que vïfM 
le père vertueux, l'évêque, le respectable^ 
anba Théodose, êvêque de Gangres, l'un m 
des trois cent dix-huit qui se réunirent^ 
dans la ville de Nicée, au sujet de /'AoH-fl 
neur que Dieu a accordé au grand ^ 
lyr, le saint George de Mélite, l'étoile du'M 
matin, gui combattit avec vaillance jusqu'à 
la jin et obtint les couronnes célestes leM 



r 



VISION DE l'ÉVÉQUE THÉODOEE |53 

igt-lraisième jour de Bartnouda '. Nous 
sommes ici réunis pour parler deson beau 
martyre. Que ses prières agréables inter- 
cèdent pour nous près de Dieu I Que la 
faveur de Dieu nous pardonne nos péchés. 
Amen. 



Gloire soit a Dieu, un ea substance, triple 
en personnes et en attributs, au Père qui 
existe par lui-mÈme! Gloire soit au Fils, le 
Verbe engendré du Père avant tous les 
temps, comme la parole de l'esprit ei le 
rayon du soieil, qui a bien voulu s'incarner 
à la fin des temps de la sainte Dame, la douce 
Vierge en toute pureté ct)tout honneur, pré- 
férable au monde entier. Il naquit d'elle en 
homme parfait ', il fit des miracles, ressus- 
cita des morts, fit marcher sur l'eau, ouvrit 
les yeux des aveugles, guérit les lépreux, dé- 
lia les langues des muets; il se ht baptiser 
par lô prêtre-prophète ', le grand saint, le 



fcndunce BocerdoUle. 



I 54 CONTBS ET ROMANS d'ÉGYPTE 

martyr généreux, Jean le Baptiste, et nous a 
appris que par le baptême nous obtenons le 
royaume éternel; il jeûna pendant quarante 
jours et quarante nuits, afin de nous ensei- 
gner que par le jeûne nos péchés seront par- 
donnés ; il souffrit en sa nature humaine, il 
fut pendu à la croix sans se dépouiller de ses 
divinités ', il rendit volontairement son âme 
noble entre les mains de son Père et sauva 
Adam de la géhenne; il fut descendu de la 
croix et mis dans le tombeau, il ressuscita 
d'entre les morts et monta aux cieux ; il ap- 
parut à ses disciples pendant que les portes 
étaient fermées pour nous apprendre quelle 
serait la condition de nos corps ressuscites ; 
il leur dit : « La paix soit avec vous ! » Il 
leur souffla au visage et leur dit : « Recevez 
le Saint-Esprit ; à qui vous aurez remis les 
péchés, ils seront remis ; à qui vous les au- 
rez retenus, ils seront retenus ; • et cela a 
été observé par leurs successeurs et les suc- 
cesseurs de leurs successeurs qui ont pratiqué 

I. Cestsur ce point que la divergence existe entre les 
catholiques et les Coptes ; d'après les premiers Phomme 
seul souffrit, et non le Dieu ; d'après les seconds qui ne 
sont pas si grands clercs^ la personne entière souffrit et 
par conséquent Dieu. ■> 



( DE l'ÉvÈQOe 



t55 



les commanUemenis divins. Ni le prêtre, ni 
le lévite dont a parlé le saint Evangile ne 
prirent soin de l'homme blessé par les 
brigands, quand ils passèrent prés de lui; 
mais le bon Samaritain qui passa prît soin 
du blessé. C'est pourquoi le Sauveur dit à 
celui qui l'avait interrogé : t Tu as bien ré- 



pondu, fais a 






du Fils déi 



» Il monta 
irante jours après sa résurrec- 
,is k la droite de son père, sur 
1 gloire; il viendrai la fin du 



le ( 



. Et 



tous les trois ne font qu'un seul Dieu ; qu'un 
seul Etre adoré, digne d'èire glorifié, près 
duquel nous aurons recourspar l'entremise de 
la sainte Dame, afin qu'il nous guide vers son 
obéissance, qu'il nous protège contre son 
mécontentement. C'est devant lui que nous 
nous prosternons, que nous faisons acte d'a- 
doraiion, que nous confessons qu'à lui le 
pouvoir, la puissance et la grandeur jusqu'à 



iclrioe catbalique veut que le Saïnt-Esprït procèds ù la 
iadu Pire et dn Fils. Les Gtecaveulenl tjne la procession 



1 56 CO!CTES ET ROUANS d'ÉGYPTE 

la fia des temps : AmeHj amen, amen \ 
Il dit : « Écoutez maintenant, ô mes amis, 
ce que j'ai vu de mes yeux, ce que j'ai en- 
tendu de mes oreilles, moi le pauvre Théo- 
dose. Il y eut autrefois un roi aimant Dieu, 
nommé Théodose, il eut une merveilleuse 
vision aux jours de sa royauté, il vit le saint, 
le grand saint Georges sortir des cieux au 
milieu d'une grande gloire, comme si l'ar- 
change Michel l'eût accompagné, il fît as- 
seoir Théodose sur le trône de l'empire grec 
à cause de la bonne foi qu'avait celui-ci. 
Après avoir régné pendant vingt ans, Théo- 
dose bâtit une grande église au nom du grand 
martyr le saint Georges, il rassembla les pè- 
res évêques pour consacrer l'église, il m'en- 
voya chercher moi avec tous les pères 
évêques : je me rendis à lui malgré ma 
faiblesse et ma vieillesse. Lorsque nous eû- 
mes consacré l'église au nom de Dieu et du 
saint Georges, que les pères évêques chan- 
taient, le roi qui était avec nous ainsi que 
tous ses vizirs et les gens de la ville, ordonna 
qu'on nous lût les actes du grand martyr le 



I . Ce préambule est un parfait modèle de pathos copte ; 
il n'est intéressant qu'à ce titre. 



visjON DE l'évéque thëodose \bj 

saint Georges, car ce jour était le vingt-troi- 
sième jour de Barmouda. Nous écoulions 
en silence. Lorsqu'on fut parvenu à l'endroit 
où Dieu lui rend témoignage qu'il n'y a per- 
sonne de semblable à lui parmi les martyrs, 
cette parole fut dure pour moi, et je me dis ; 

Beaucoup d'émirs, de vizirs, de gouver- 
neurs, de rois en ce monde ont renoncé à 
la gloire mondaine, à leurs dignités, à leurs 
richesses, et sont morts pour le nom du 
Seigneur Jésus le Messie, au temps de 
PiocJétien, le roi infidèle; comment donc 
lee martyr serait -il plus grand qu'eux 
■tous? » 

Lorsque la Messe fut finie, que le soir fut 
venu, nous limes la prière avec le roi, en- 
nous nous couchâmes, et personne 
d'entre nous ne mangea quclqui chose, pas 
même le roi qui dormit avec nous dans l'é- 
lise, la veille du dimanche. Lors donc que 
la nuit fut venue, nous priâmes jusqu'à mi- 
nuit; la prière finie on dît : Amen. Ensuite, 

causer avec le roi des grandeurs de 
Dieu, et voici que l'un des pères évèques fut 

:n esprit dans le ciel, il vit des mystères 
.profonds impossibles a décrire pour tout 



I ,■•8 CONTES ET ROMANS DËGYPTe 

homme qui habite la terre '. Il dit : Je me 
vis comme me tenant debout devant le trône 
de Dieu le Père, j'aperçus des millions de 
bienheureux glorifiant la Trinité sainte, égale 
en toute chose. Je vis tous les pères saints 
venir, selon leur rang, se prosterner devant 
Dieu, faire leur prière, puis se tenir debout 
rang par rang. Ensuite je vis quelqu'un qui 
arrivait du dehors et qui s'avança jusqu'à 
l'intérieur du voile " : il avait l'aspect d'un 
roi, était revêtu d'un diadème d'or, avait 
sept couronnes; il était monté sur un cheval 
plus brillant que le soleil ', il portait une' 
épée. En un moi, il avait tout l'aspect d'un: 
roi et sa dignité royale n'aveit pas de lîn. 
Comme il arrivait, il était accompagné d'une 
suite nombreuse et je vis tous les saints se 

I. L'auteur, ou plolAl le nunniiT TJiâodoau parle ici 
de lui-ménif k U iroititnK penaanc. 

3. Les Copies cachaient Diea duu kar Finih àemtra 
un grand voile ; pea de Minli éuloU admis i pàniîlrcr 
derrière ce voile: il rallKit Etre an uiot Georgei poni- 

X 11 ne faut pu s'ùlonner de trouver des d'i 



1 



•. >!UN IM-: I I \ » '.••. 5 



7-:st:rr.jr devant iui. J-. 
r.:c- i:> : .• Il n'y a pa ; o 
V : j r. c q j i c 'est ! »» J e r •_ •_: . : 
:■: 'e vi; un moine qui a..:" 
jelic? d'un an^c; ii jo". 
royalw. il avait un \élcî;.':: ' 
lc5 rois de ce monde no., 
nâit à la main droite l.:.. 
son visatje respirait i;i ,o... 
«.n disant : « Je te prie. ::.. 
prendre qui tu es. toi u. . 
et qu'enveloppe cette l- 
ii m'embrassa et me cr 
£;ens deTouna; soi& .<. - .-. . 
notre vrai roi Jésu' 
réiouis et je lui I. « 

père, je t'en priv. ; ... : . 
de ton saint emi>'.. • 
est ce grand ". 



et devant I 
ternJ>. • 
tu de 



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.... ^- N.llUl 

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..' •.•.:•••* «.dont plus 

• ■ !.. lo le dis, 

. Kilt te dire 

.' lo Soigneur 

que soixante 

JaiiN le Syiiaxarc. Ce 

• loiioniunic du huitidc, 

.;. ^cpt f"oi>, d'âpre."» le ro- 

. i je croiN, le récit où l'in- 

iiicres Iiiiiite>. 



l'occasion du grand martyr, du saini Geor- 
ges, l'ami de Dieu, l'élu, car il est plus élevé 
en gloire que lous les saints, selon la parole 
de noire Sauveur. Pour toute âme qui sort 
du corps, soit d'un homme pur, soit d'un 
pécheur, ses actions apparaissent clairement 
écrites sur un tableau spiritualisé ' ; elles 
restent devant l'âme à chaque instant. Et 
lorsque le Seigneur Jésus le Messie a voulu 
sauver pour nous s^n serviteur, il me rendit 
visite, Ole fit sortir de ce monde et m'ac- 
corda la grâce d'entrer dans sa ville céleste, 
de voir cet homme que tu as vu, qui porte 
le diadème de la royauté et qui a sept cou- 
ronnes. Je regardai alors et je vis ce qu'il y 
d'écrit sur le tableau : C'est Georges qui est 
de la ville du Sud, celui qui est mort trois 
fois pour le nom de Noire-Seigneur Jésus le 
Messie. Et je vis les saints se prosterner. Moi 
aussi, j'avais enduré beaucoup de souffrances 
pour le nom du Seigneur Jésus le Messie et 
j'.étais mort sept fois '. Je pensais en mcH- 



. c« t 



u xpirilualiaé doit E'ealendre ausi 

larsdis capte tout était doabU, pLuE t 

e réalité. 

d£ ce Paul broiait un récit ir» .c 



r" 



VISION Oe UEVEQUE THëODOSE 101 

même plusieurs fois que je l'égalais en 
honneur et je refusai de me prosterner de- 
vant lui. Aussitôt celui qui connaît les pen- 
sées de chacun envoya vers moi l'archange 
Michel et me dit : a O élu, pourquoi es-tu 
donc ainsi en retard pour le salut spirituel ? ■ 



Je lui dis ce que j'a* 
champ il me condui 
qui avait été moine 
il lui apprit quel et 
véridique confesse 
saint anba Paul, 



s dans le c 
t vers le sainl Abanub 
martyr tout à la fois; 
t l'ordre de Dieu et le 



; dit : . O n 



[ipere 



a et accomplis l'ordre 
Dieu. Ne dis pas ; j'ai souffert autant que le 
grand saint Georges; car tu ns fait cela vo- 
lontairement pour le Seigneur; mais ce saint 
a eu à souffrir toutes sortes de tourments, 
les haches, les scies, le feu, les épees à deux 
Iranchans des rois de la terre qui étaient plus 
méchants que les bêtes féroces. Et je te le dis, 
ô mon ami, si un persi-'cuteur vient te dire 
une seule fois : • Viens, sors, carie Seigneur 
t'appelle; a cela vaut mieux que soixante 



iraïsemblaRcc il 



moins dv ïcpt fois, d'après le ro- 



ans de la vie d'un dévot solitaire, « Lorsque 
j'entendis ces paroles, je fis une génuflexion 
devant lui et devant le saint Miche!, en di- 
sant : « Pardon nez-moi. • Ils se réjouirent 
beaucoup avec moi et je me rendis vers le 
martyr, le saint Georges : je me prosternai 
devant lui. Et maintenant, ô berger hon- 
nête du Messie, sois persuadé en Ion cœur 
qu'il n'y a personne qui puisse lui ressem- 
bler parmi les martyrs, a 

Pendant que le saint me parlait ainsi, voici 
que le soldat de Dieu, le saint Georges vint 
à moi, la figure toute resplendissante; il 
m'embrassa, me remplit de joie et me dit : 
t Quand tu seras retourné dans ta ville de 
Gangres, bâtis-moi une maison afin quej'aille 
habiter près de toi ; il y a cent six mois que 
tu es venu vers moi dans cette ville sainte '. > 
Lorsqu'il m'eut dit ces paroles, je m'éveillai 
de mon songe. 

Et voici que le roi et les douze évêques, 
en voyant le corps du saint briller, connu- 



e BU lemps passi par l'évCque Théodose dans le 
le laps de lempa (coulÉ depu[6 soa épiscopflt. La 
re hypolhcae me scinbls prêfiirable. 



VISION DE L'ÊVÈqUB THÉODOSE l63 

de leur raconter ce qu'il avait vu. Lorsque 
son cœur se fut caimé, il leur raconta tout 
ce qu'il avait vu. Ils furent remplis d'admi- 
ration et glorifièrent Dieu ainsi que son 
grand martyr, le saint Georges. Puis le roi 
dit : ■ Au jour où Dieu, malgré mon indi- 
gnité, m'a fait asseoir sur le trône de l'em- 
pire grec, l'ai vu de mes yeux pécheurs le 
saint Georges sortir du ciel, monté sur un 
cheval, ayant en sa main droite une large 
êpée, accompagne' de l'archange Michel. Je 
vis sur sa tête un diadème d'or et sept cou- 
ronnes qui brillaient grandement. Il vint a 
moi, me remplit de joie ec me fit asseoir sur 
le trône de l'empire. Beaucoup de mes sol- 
dais qui le méritaient l'ont aussi vu face à 
face. Je l'ai encore vu une autre fois dans 
l'église sainte, et il m'a dit beaucoup de 
choses utiles à mon âme; et moi, lorsque je 
les eus entendues, je bénis mon Seigneur 
Jésus le Messie et ses martyrs. » 

Après cela, lo père évèque retourna dans 
sa ville, il bâtit une grande église au nom du 
martyr, le saint Georges et la consacra de sa 
propre main avant sa mort. Il est un des 
trob cent diï-huit qui se rassemblèrent dans 
la ville de Nicée et c'est lui qui a eu cette 



1 



.C4 



CONTES ET ROMANS o'ÉGYI 



evequt 
Et « 

le hér 



et qui a écrit cette homélie. Il fut 
pendant soixante-quinze ans, 
Dici, 6 frères, quels sont les grands, 
irs dont Dieu a comble mon seigneur 
is, le fort, le martyr saint Georges 
ous célébrons la fête sur la terre et 
liaos les cieux : mais la plus grande partie 
de ces honneurs lui est dévolue dans la Jéru- 
salem céleste, la ville du grand roi Jésus le 
Messie, Et maintenant, mes frères bénis, 
puisque nous savons avec certitude que le 
saint Georges est près de Dieu, qu'il est com- 
blé de tant de faveurs, qu'il peut a chaque 
instant se présenter devant la Trinité sainte 
et intercêderpour chacun de nous, prenons- 
le pour intercesseur afin que nous soyons 
charitables envers nos frères pauvres et étran- 
gers, que nous aimions notre prochain et 
soyons purs. Il intercédera pour nous devant 
le Seigneur notre Dieu Jésus le Messie qut 



; de I 



affern 



' dans la foi 



orthodoxe au nom du Père, du Fils et du 
Saint-Esprit, un seul Dieu, afin que le 
Seigneur accepte vos jeûnes, vos prières et 
vos offrandes, fasse monter votre Nil, rende 
vos champs fertiles, accorde l'honnêteté à 
vos jeunes garçons, une bonne croissance à 



VISION DE l'évêqcjë théodose i55 

vos enfanis, garde vos femmes, prenne soin 

de vos orphelins et de vos veuves, pardonne 
vos péchés, vous donne la sûreté dans votre 
pairie, le repos aux âmes de vos morts, vous 
fasse croître dans l'amour spirituel, rende 
pitoyables les cœurs des gouverneurs et vous 
fasse entendre la voix joyeuse qui dit ; 
■ Venez à moi, ô les bénis de mon père, 
héritez le royaume qui vous a été destiné 
avant la création du monde, ce qu'aucun 
œil n'a vu, nulle oreille entendu, nul esprit 
imaginé, • par l'intercession de la sainte 
Dame, la Vierge pure, de saint Marc l'évan- 



géliste, h 


2 prédicateur 


liu pays d' 


Egypte, du 


grand saint Georges 


en l'honneur duquel 


nous sor 


nmes réunis 


afin de vo 


ir ses mer- 


veilles ■, 


à luielâiou 


s ceux qui oi 


ni contenté 


1. Cem. 


lolB la ii seraient . 


entendre que d 


ni Georges et 


qti-on allaîl 


'ptur'enXrié 


moin, commn 




t attendu. Aujo 


urd'hui encore, 


chaque .nn, 


SeÙlafêKidiigr 


and saint Barsa 


um, les Coptes 


u rendent . 


en foule i l'Église de ce sainl, i paascpl la nuil 




témoins de miracles qui m prodi 


lisent loujoars. 


J'ai entendi 


] dire a cerliini 


Européens qu'il 


se passait eu 


elTet Ji dti 


choses IrÈs curie 


uses; je D'aï m: 


ilheureusement 


pos pu leB 


constater de me 


is propres yeui 


.. Il serait très 


curleus de i 


connaître les Iru 


a dont se serv 


ent les Copies 



l66 CONTES ET ROMANS d'ÉGYTTE 

le Seigneur par leurs bonaés aptiotis. Amen, 
amen. 

modernes; ils doivent être un legs de Tancien temps. 
J'en ai parié plusieurs fois à des personnes religieuses 
qui n'ont jamais admis la possibilité de faits miraculeux 
venant de Coptes schismatiques ; j'étais parfaitement de 
leur avis; mais on ne saurait guère distinguer entre 
Coptes et Coptes, entre les modernes et les anciens. Ce 
sont tous gens semblables. 




I 



: SAINT GEORGE! 



Au NOM DE Dieu. 

Martyre du saint Georges ' martyr de 

notre Seigneur Jésus le Christ, qui acheva 
son combat le vingt-troisième jour du mois 
de Plurmoutki ', dans la paix de Dieu : 



En ce temps-là, au temps de la rempête et 
de la grande persécution qui s'éleva contre 
l'Église, il y avait un grand prince qui n'é- 
tait pas cruel ; mais en chaque lieu les rois 
étaient méchants et ils poursuivaient cens 

I. Il y a ici une lacanc dans le seul manuscrit (celui 



i6S 






qui prêchaient la bonne nouvelle de la vé- 
rité devant les aaiets des idoles, ils forçaienc 
Ions les chrétiens ù rendre adaration aux sta- 
tues des démons. Le roi Tatien, celui qui 
prit le pouvoir, commença la perse'cution 
après s'être emparé des quatre coins de la 
terre. Lorsque le roi Tatien fut devenu le 

fit lecture dans le monde entier •. Voici ce 
qui était écrit dans ces édits ; n Puisque ni 
Apollon, ni Poséidon, ni Hermès, niAstarté, 
ni Zeus, ni Jésabel, ni Ornos (?), ni Scaman- 
dre ', ni tous les autres dieux, comme le 
bruit en est parvenu à mes oreilles, ne sont 
plus adorés et que le fils de Marie est le seul 



qu'on adore; puisqu'on ne 
qu'au seul Jésus le ChrisI,C( 
ont mis à mort, pour cette 
tout lieu ceci : « rois de 
magistrats qui habitez dan 
mon royaume, venez tous pi 



rend hommage 
lui que les Juifs 

:ous les pays, ô 
les limites de 



t. Parc 



il faut ei 



e expression tout à fail Égyptien 

nent, comme je l'si fail observ 

B en question, c'est'^-dire ici la Perse. 

lia qui esl Ornas (?|. Quant au Scunaodre, il 



T pr«cédea 



l'Iliade oC 



e Seamaniire él< 






r 



z à connaître quel 



moi, afînque vous 

est le dessein de ma puissance. « 

Alors de la lene entière, quatre-vingts rois 
se rassemblèrent en ce lieu avec de si gran- 
des foules que l'endroit ne pouvait les con- 
tenir à cause de leur grand nombre. Le roi 
Taiien s'assit sur son trône ; il donna l'ordre 
d'apporter en sa présence tous les instru- 
ments de torture. On les plaça devant lui : 
il y avait des lits d'airain, des haches, des 
instruments à briser les os, des broches de 
fer, des roues entourées d'épées, des cheva- 
lets, une croix non assemblée (?), des mains 
defer,desépées, des massues, des instruments 
à arracher les dents, des tarières de fer pour 
perforer les os, des scies et tous les autres 
instruments de torture et de douleur. Le roi 
jura en disant : " Si je trouve des hommes 
qui aient de la duplicité dans leur cœur et di- 
sent qu'il ne faut pas adorer les dieux, je 
changerai les édits de mes pères, je leur fe- 
rai endurer des tourments douloureux, je 
briserai la tour de leur cœur, je couperai 
leurs lètes, je briserai et ferai jaillir leurs 
crânes à coups d'épées dégainées, je les dissé- 
querai, je scierai les os de leurs jambes, je 
couperai les jointures de leurs corps. . Lors- 

TOME 11. it> 



170 



CONTES ET R 






que le^ foules entendirent cela, elles eurent ^ 
peur grandement en présence des tour 
lie sorte que ceux qui désiraient être martyrs jj 
hésitèrent en voyant la multitude des suppli- j 
CCS qui leur étaient préparés, et trois ans 
passèrent sans que quelqu'un osât dire : o 
suis chrétien. ■> 

Il y avait un jeune homme nommé ■ 
Georges, soleil de vérité, étoile glorieuse 
entre le ciel et la terre. Celait un Iribun 
dans les cadres de l'armée du royaume!; 
il était originaire de Cappadoce. Lorsqu'il . 
eut achevé son service de tribun, il reçutl 
une foule de richesses. Il se rendit p 
roi Tatien, dans le désir d'obtenir le grade! 
de comte. Lorsque le saint Georges fut i 
rivé dans la ville, qu'il eut vu la folie des>] 
rois qui adoraient les idoles et délaissaient! 
Dieu, aussitôt il changea la résolution de soaj 
cœur, décida d'abandonner le tribunat mili-.] 
taire et se dit : a Moi, je serai le soldat dft'J 
mon Seigneur Jésus le Christ, le i 
cieux. D Alors il distribua tous ses biens m3 
en donna les deux tiers aux pauvres^ il cou< 
rut se présenter devant les rois, s'écri 
disant : a Apaisez votre colère, ô rois, n'exa)^V 
tez pas ceux qui ne sont pas dieux, en disaol 



I 



que ce sont des dieux, carpérisseni les dieux 
quin'ontpascréélecieietlaterre! Pour moi, 
j'adore le Dieu unique, Père de notre Seigneur 
Jésus le Christ avec leSaini-Espril. ■ —Lors- 
que le dragon l'eut vu ', il lih : n Toute chose 
a été faite par la bonté des dieux, nous, tout 
ce qui est sous le soleil, ainsi que le feu; car 
les dieux nousapparaisseot comme de grands 
personnages. Sache maintenant que tu nous 
as injuriés et que lu as aussi injurié les dieux 
justes. Maintenant donc, adore les dieux, 
Apollon qui sauve la terre; rends-loi favo- 
rables les dieux que tu as méprisés; ils con- 
naissent ceux qui leur rendent honneur et 
obéissent; ils connaissent de même et châ- 
tient les hommes qui leur désobéissent. 
Maintenant apprends-moi d'où tu es, quel 
est ton nom et pour quoi tu es venu ici. • — 
Le saint Georges répondit en disant : a Le 
premier nom que l'on m'a donné est chré- 
tien. Je suis de la nation des Cappadociens; 
on ma inscrit dans les rôles de l'armée en un 
rang élevé et j'ai achevé comme il faut le 
service du tribunat. J'étais dans te pays de 
Palestine et c'est là qu'on m'a gradé. Quels 



r la dragon, 1 



I déilgae oimablemeal I 



'7? 


CONTES ET 


„.., 


1 


sont les dieux que t 


:u veux m'obliger à ado- ^H 


rer, ô 


roi?.- Le roi 


lui dit ; « Je veux ^M 


que tu 


offres un sacrifice 


a Apollon qui est 


suspendu au ciel et, 


en I 


Tiême temps, à Po- 


seidon 


qui affermit la te 


:rre '. . - Le saint 


George 


is répondit ei 


n disant : n Ce n'est pas 


pour t< 


li, ô méchant 


: dragon, ni pour les rois 


tes fils, 


, mais pour ces multitudes d'assistants, 


que je 


parlerai de ci 


:s jus 


les ' et de tes dieux ^h 


sans vi 


e. Auquel ve 


ux-tu 


que j'offre un sa- ^H 


crifice, 


à Pierre i'éh 


1 des 


apôtres, ou à Apol- ■ 


Ion qui 


i a perdu le 


monde entier^? A qui. ^H 


veux-li 


1 que je sacrifie, 


h Elle le Thesbiie, H 


l'ange qui a été sur 


terre 


, qui a marché sur ■ 


terre, 


puis est mo[ 


lié jusqu'aux portes du' ^H 


ciel, ou 


1 à Scamandr 


e lei 


Tiagicien qui a en- ^B 


chanté 


le feu, qui 


par 


sa magie a cotmu ^M 


beauco 


up de choses. 


, l'adi 


iltère de la divina- ^1 


tîon qu 


li a eogendrt 


! Sour et Sarphal , ^| 


les marchands de la 


ville 


du Pont dont les ^H 


1 . La mir désignée par 


Neptun 
1 qui ïc 


e, était «nsée enserrcTEC ^H 
ml aire nommés. ^H 


I. C-esl 


t-à-dire les saints 


3. C'esi 


! sans doute une i 




1 i l'iuiiendie allumée par ^H 


PhlitOQ, 


i moins que l'aul 


eurne 


veuille parler de& mcEurS ^^M 


infâmea p 


tétées i Apollon 


; mais 


je erois la premier. «Hu-^H 


sion plus 


vraisemblable. 


■ 











««T,R. n, >,„I O.OROZ, ,,3 




œuvres ont été mauvaises et qui ont été sub- 




mergés dans les profondeurs de la mer ? Dis- 




moi, ô roi, lequel d'entre eux veux-tu imiter, 




Samuel qui prie Dieu ou Posciiiôn qui perd 




les vaisseaux sur la mer? Atitée (?) et Her- 




cule, ou les martyrs et les prophètes qui ont 




reçu la couronne céleste? Dis-moi, ô roi, 




laquelle tu veux imiter, Jézabel qui a tué les 




prophètes, ou la vierge Marie, la mère de 




mon Seigneur Jésus le Christ? Rougis, ô roi! 




ce ne sont pas des dieux que tu adores, mais 




de muettes statues, o 



Comme le saint Georges disait ces paroles, 
le roi se mît en colère et donna l'ordre de 
le suspendre sur le chevalet, lie le tourmen- 
ter jusqu'à ce que ses entrailles se répandis- 
sent îi terre i et ensuite que quatre soldats 
retendissent, le frappassent avec des nerfs 
de bœuf jusqu'à ce que les chairs de son 
corps tombassent à terre en morceaux. Il fil 
saupoudrer son corps de sel, il lit apporter 
des sacs de poils, afin qu'on y tourmentât 
son corps si bien que son sang coulât comme 
de l'eau. Mais le saint soutfrait ces tour- 
ments avec patience. Le roi ordonna d'ap- 
porter un brodequin de fer percé de trous. 
11 lit enfoncer des clous dans la plante des 
TOME 11. lo' 



'74 



r ROMANS D'ÉdY 



pieds pour en faire jaillir le 
l'eau. Et le saint soulfrait cela comme s 
n'eût pas été lui qu'on tourmentait. Le rot ^ 
lit ensuite faire un autel élevé, il fie app 
ter siï clous très aigus(?| avec lesquels 
déchira les chairs du saint. Il ordonna de le I 
descendre de l'aulel : on le jeta dans une 1 
chaudière d'eau, on alluma du feu par des- | 
sous et les bourreaux frappaient sur sa tête ' 
avec des clous aigus, si bien que le crâne de 
sa tète fut brisé, que sa cervelle se répandit 
par l'ouverture, blanche comme du lait, et 
que tout son corps fut couvert de sang coa- 
gulé et durci comme du plomb. Alors le roi 
ordonna qu'on lui apportât la moitié d'une 
colonne que huit hommes firent rouler; on 
la plaça sur son ventre, le roi l'y fit attacher 
et le laissa ainsi jusqu'au moment oii il au- 
rait décidé ce qu'il devait en faire. 

Mais en cette même nuit, le Seigneur ap-^ 
parut au saint Georges et lui dit : i Prends y 
force et courage, Georges 



c'est n 



iqui' 



a for 



ments qu'on t'a fait 



s enfants des femm 



:e de supporter 
ibir. Je le jure 
anges saints !' J 
il n'y en a pasfl 



de plus grand que Jean le Baptiste j mai^ 



après lui, c'est loi le plus grand, il n'y a per- 
sonne qui te ressemble. Voici que je l'ai 
accordé de maîlriser ces quatre-vingts rois : 
tout ce que lu diras leur arrivera, lu mour- 
ras trois fois et je le ressuscitera î. A la quo- 
Irièine fois, je viendrai moi-même sur une 
nuée t'apporler la robe que je t'ai réser- 
vée dans ton habitation sainte. Prends cou- 



rage, ne cram! 

lorsqu'il l'eut embrassé, i 



r ]e SUIS avec ti 



«Et 

; les 



L d'ui 



rande gloi 



compagne de ses anges saints. 

Lorsque le matin parut, le roi ordoni 
qu'on amenât Georges au tribunal. Le sai 
chantait un psaume et disait : u O Die 



pense a me secourir, pense a 

loil ' Lorsqu'il se fut approché du tribunal, 

il s'écria disant : « O tribunal, je viens vers 



toi aujourd'hui, vers ti 
pierre, moi avec mo 
Christ. Il On le saisit, 
tre courroies de cuir, 
dos et sur le ventre ; 
bœuf. On le retourna t 
roi Tatien écrivit une 



et ton Apollon de 
Seigneur Jésus le 
retendit avec qua- 
n le frappa sur le 
coups de nerfs de 
suite en prison. Le 
ettre où il disait : 

■ J'écris à la terre entière : salut. Que tout 

devin, que tout magicien qui c 



I y6 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

de rendre sans effet les sortilèges de ce chré- 
tien vienne à moi. Je lui donnerai une foule 
de richesses et toutes les provinces qu'il de- 
mandera, il sera le second dans mon 
royaume. * Lorsqu'il eut envoyé ces lettres 
dans la terre entière, voici qu'un homme se 
présenta, il se nommait Âthanase. Il alla 
trouver le roi en lui disant : « Vive à jamais 
le roi! Il n'y a rien d'impossible pour moi. » 
— Le roi se réjouit et lui dit : « Quel prodige 
vas-tu faire en ma présence, afin que je sa- 
che si tu peux faire cesser les sortilèges des 
chrétiens? » — Âthanase prit la parole et 
lui dit : a Qu'on m'amène un taureau! » 
Lorsqu'on lui eut amené le tauresu, il lui 
parla à l'oreille, il coupa le taureau en deux 
parties. Il dit alors au roi : « Qu'on m'ap- 
porte une balance! » On la lui apporta. 
Lorsqu'on eut placé la moitié du taureau 
dans l'un des plateaux de la balance, et l'au- 
tre moitié dans l'autre plateau, les deux pla- 
teaux se firent équilibre, de sorte que l'un 
n'entraîna point l'autre. 

Le roi ordonna d'amener le saint Georges 
au tribunal. Il lui dit : « Georges, à cause de 
toi, j'ai appelé cet homme en mon royaume, 
afin que tu rendes vains ses sortilèges, ou 



m 






MAHTY.K .e SAINT GEORGES ,77 




qu'il rende les liens sans efficacité ; afin que 




tu le lues ou qu'il le tue. » — Le saint 




Georges ayant vu le magicien, lui dit ; 




« Hàie-loi, mon frère, de faire ce que tu as 




le dessein de me faire, car je vois que la 




grâce va s'emparer de toi. . Aussitôt Alha- 




nase, ayant pris une coupe, en lava son 




visage, il invoqua le nom des de'mons sur 




la coupe, il la donna à Georges afin que 




celui-ci la bût. Et lorsque Georges eut bu, 



il ne lui arriva pas le moindre mal. Atha- 
nase prit la parole et lui dit : o Mon Sei- 
gneur, je n'ai plus qu'un autre sortilège à te 
faire ; s'il ne t'en arrive aucun mal, je croirai 
moi aussi en celui qu'on a crucifié. » Il prit 
une autre coupe, il en lava son visage, il 
invoqua sur elle les noms d'autres démons 
plus méchants que les premiers, il donna la 
coupe à Georges afin que celui-ci la bût. Et 
lorsque le saint l'eut bue, il ne lui arriva 
aucun mal. Athanase, ayant vu qu'aucun 
mal n'était arrivé au saint, lui dit : « saint 
Georges, tu as sur toi la croix du Fils de 
Dieu, Jésus le Christ, qui est venu dans le 
monde pour sauver les pécheurs. Prends 
aussi pitié de mon âme et donne-moi le 
sceau du Christ. <• Lorsque Tatien vit ce 



qui était arrivé, il se mit en grande coléi 
il ordonna d'emmener le magicien hors de 
la ville, lie le luer d'un coup d'e'pe'e. 
magicien accomplit son martyre et di 
digne de la vie éternelle. Alors le roi di 
l'ordre de jeter le saint Georges en prison jus- 
qu'à ce qu'il eût dticiiiéce qu'il devait en faire. 
Lorsque le matin parut, le roi ordonna 
qu'on fit une roue très grande, qu'on y en- 
fonçât des clous et des pieux. On fit la roue 
comme il l'avait ordonné : dans la partie 
supérieure, il y avait des tranchants d'e'pée, 
dans la partie inférieure des épées à double 
tranchant bien aiguisées '. Le roi ordonna 
de lui amener le saint Georges de la prison, 
de le faire entrer dans la machine. Lorsque 
le saint Georges se retourna et vit cette roue 
qui avait la forme d'une étoile avec des 
tranchants d'e'pe'e à sa partie supérieure et .\ 
des épées à double tranchant à sa partie 
inférieure, il se dit en lui-même: > Vraiment, 

I. L»iiuleuts captai, pas plus que [ce Buteurs orien- 
lïux en général et moins encore, n'oDI janisia su ce qiu 
c'élaïl qu'une deâcriplion. tin objet ne [es frappe jamaU . 
par son ensemble, mais par ses côléa saillanli qn"i1i dé- 
crivent à leurmanitre; delà, lu grande dlfficu1I£ de lavoir 
quolqueroia i quel objet se rapporte leur desci 



1 



I 



r 

I 



i pas de cette machine! ■ 
11 se dit ensuite de nouveau à lui-même : 
i Malheur à toi, Geori^es! pourquoi as-lu 
laissé cette pensée monter en ton cœur? 
Souviens-toi que les Juifs ont sussi crucifie 
Ion Seigneur entre deux voleurs. » li leva 
ensuite ses yeux au ciel en disant : t O 
Seigneur, Dieu immuable, maître des siè- 
cles, toi à qui appartient la victoire et qui 
donnes la grâce aux martyrs, toi qui es leur 
gloire et leur couronne, toi qui étais dès le 
commencement avant que tu n'eusses rien 
créé, avant que tu eusses crée le ciel et la . 
terre, te reposant alors sur les eaux et main- 
tenant te reposant sur la race entière des 
hommes, tu connais les endroits de ton 
repos, toi qui as étendu le ciel comme une 
^m tente, et les nuées sont à tes ordres au mo- 

^^h ment où elles sont chargées de leurs pluies ; 
^H c'est toi, Seigneur, qui fais pleuvoir sur les 
^^M justes et les injustes, qui pèse les montagnes 
^H avec un poids et les vallées dans une balance, 
^H loi qui tires les vents des lieux oîi ils sont 
^H assemblés, qui as livré à l'abîme du Tariare 
^^M les angesqui ont transgressé tes ordres afin 
^^H qu'ils y fussent châtiés par des dragons 
^^Ê méchants, qu'ils y fussent liés de liens in- 



J 



100 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

dissolubles ei arrêté par des serrures qu'on' J 
ne peut ouvrir. [I est impossible que quelqui 
chose soit changé à les ordres. Seigneur I 
Dieu, c'est toi qui as envoyé ton Fis uni- 
que itans le monde il la tin des temps, il a 
pris chair de la Vierge Marie et s'est fait 
homme, et il n'est pas possible à l'intelli- 
gence humaine de scruter soa incarnation; 
c'est lui le Seigneur Jésus le Christ, né de 
toi en vérité, qui a marché sur la surface de 
la mer comme s'il marchait sur celle de la 
terre, qui a nourri cinq mille personnes avec 
cinq pains de manière à 



landé les v 
choses te sont soi 
Ô Seigneur; en . 
hàte-ioi de secour 
un pécheur. Que 
légères, car c'est à 
et ton nom est gli 
Amen ». 

Lorsqu'il eut dit l'amen, on le jeta dans la 
roue, on la lit rouler sur lui. Aussitôt son 
corps fut coupé en dix morceaux. En ce mo- 
ment Tatien éleva la voix et dît : i Sach^, 
ô rois, et soyez assurés qu'il n'y a point 
d'autre Dieu qu'Apollon, Hermès, Zeus, 



s sur la mer. Toutes 
ses. Maintenant viens, 
s heure où tu viens, 
nalaiblesse, car je suis 
souffrances me soient , 
qu'appartient la gloire 
u\ jusqu'^ l'éternité : 



Athèné, Scamaniire, EphaiÈlos, Héraclès et 
Poseidôi') qui ani fait ce qui est bien des 
trois côtes de la mer et qui donnent la puis- 
p aance aux rois. Où est maintenant le dieu de 
Georges, celui qu'on appelle Je'jus, celui 
qu'on a crucifié, celui que les Juifs ont mis 
à mort? Pourquoi n'esi-il pas venu le sau- 
ver de mes mains?» Le dragon de l'abîme 
ordonna de jeter les ossements du saint hors 
de la ville, dans un lac desséche, se disant en 
lui-mÊme .- « Je fais cela de peur que les 
chrétiens ne prennent ses ossements, qu'ils 
ne lui bUlissent un monument en l'honneur 
de son martyre, qu'ils n'exciient le sang 
contre nous '. » Or, comme il e'tait l'heure 
de manger, le roi alla manger avec les 
soixanie-dix-neuf autres rois. Pendant qu'ils 
mangeaient, il y eut un grand tremblement 
de terre, terrible, épouvantable ; le ciel se 



couvrît de nuages, il y eut u 
reur si bien que les moniagni 
rent tout à coup, que la terre 
mer lit bouillonni 
[ Jusqu' 






s'enir'ouvri- 
i'agita, que la 
;t que ses Ilots 
ur de quinze 



I. Si le lexle n'eal pis fautif, c 
TOME 11. 



e donnerait d 



coudées. Michel sonna de sa trompette, e 
voici que le Seigneur Jésus vint sur s 
de chérubins; il s'arrêta au-dessus des rive»! 
du lac, il dit h l'archange Michel : « 
cends dans le lac, rassemble les ossemen^'l 
de mon serviteur Georges. Comme ce vail^l 
lant Georges, pendant qu'il était vivant, 
laissé cette pensée monter en son cceui 






.tde c 



chine, D je l'ai délaissé pendant qu'il s'y trou- 
vait parce qu'il n'a pas cru de tout son coeur 
et n'a pas su que moi seul, Dieu, j'avais le 
pouvoir de le sauver '. •> Michel descendit 
dans le lac; il rassembla le corps bienheureux 
du saint Georges. Le Seigneur le prit par la 
main en disant : • Georges, mon bien-aimév '1 
voici que la main qui a créé Adam, le pre^ M 
mier homme, renouvelle aujourd'hui la créai I 
tion pour loi. » Le Seigneur souffl 
visage, il le remplit de vie une seconde fois.] 
Le Seigneur l'embrassa, puis il remonta veï^ 
les cieux avec ses anges saints. 

I. Rien dam ce qui procède ne peut daa 
penser que Georges n'avuil pas cru de loui 
mais c'est liua de ces traîlG subtils si familier! 
qai se préoccupent peu de ce qui précède m 



"H 



tTYRE DE SAINT GEORGES 183 

Georges se leva à la hâte d'entre les morts 
et il se mit à marcher par les places de la 
ville à la recherche des rois. 

li trouva ensuite les rois sur les places, 
assis et rendant la justice; il s'élança vers 
eux et leur dit : • Ne me connaissez-vous 
point, 6 rois? • — Le roi Taiien leva les 
yeux, tout honteux, et dit au saint : •> Qui 
donc es-tu ? ■ — Le martyr du Christ lui 
dit : « Je suis Georges, celui que vous avez 
tué hier â cause de votre impiété envers 
mon Dieu et qui vous perdra sans retard. ■ 

— Le roi Tatien resta quelque temps à re- 
garder le visage du saint, puis il lui dit : 
• Ce n'est point toi, tu n'es que son ombre. <i 

— Un autre dit : n Peut-être lui ressemble- 
i-il ! • — Lorsque le stratélate Anatolius vit 
cela, il dit : « En vérité, c'es,! Georges qui 
est ressuscité d'entre les morts! • Anatolius 
crut ainsi que tous ses soldats, et le nombre, 
des personnes de la foule qui crurent dans 
le Christ fut de trois mille neuf hommes, plus 
une femme. Le roi Tatien ordonna de les 
conduire hors de la ville dans un lieu dé- 
sert, on en fit quatre parts, on les coupa 
en morceaux. Ils accomplirent ainsi leur 
martyre le quinzième jour de Phame- 



184 CONTES ET ROMANS d'ÉGY 

nôlh ' qui étaii un samedi, h la neuviéi 
heure du jour; ils allèrent au milieu de 
gloire dans le paradis où ils intercèdent pour 
les pécheurs. Le roi ordonna d'amener le 
saint Georges au tribunal et commanda d'y 
apporter aussi un lit de fer et d'y attacher le 
juste. Il fil chaufl'er du plomb jusqu'à coiT 
plète liquéfaction; puis il ordonna d'appo; 
ter un vase de fer en forme de jarre, 
de le lui verser dans la bouche; puis il &(> 
enfoncer soixante clous dans sa tête et dans, 
le lit. Il fit apporter une grande pierre que 
l'on creusa selon la forme de sa tète qu' 
plaça pour la maintenir pendant qu'on 
serait le plomb; puis il ordonna encore d& 
le frapper avec la pierre et de lui briser les 
jointures des os. Georges soufi"rit ce tour»^ 
rneat avec courage. Alors le roi donna 
dre d'enlever la pierre, de !e suspendre en 
haut par la tète, de lui a[tacher une grosse 
pierre et de faire une grande fumée sous 
lui. Il ordonna encore ensuite de le jeteril 
dans un taureau d'airain et d'y enfoncer desi 
clous aigus. Le roi. impie commanda d'il); 
trodutre une machine dans le taureau, de 



1 



1 



IMre rouler afin que les coups transperças- 
■sÉfnt le corps du saint et que ses membres 
devinssent comme la poussière des aires 
pendant l'éic. Le saint supporta encore cela 
avec courage. Le roi ordonna aussi l'ordre 
de le jeter en prison, de le pendre au gibet, 
jusqu'à ce qu'il eût décidé ce qu'il en ferait 
et de quelle manière il le perdrait, car le 

t saint Georges était très beau à voir. 
Le Seigneur, en cette nuit, apparut à 
Georges et lui dit : • Aie patience, Georges 
mon élu, prends courage, ne te laisse pas 
défaillir, car je suis avec toi. Une grande 
joie t'attend dans le ciel en récompense de 

tton combat. Voici qu'une fois déjà tu es 
mort et je t'ai ressuscité ; tu mourras encore 
deux autres fois et je te ressusciterai de 
même. A la quatrième fois, c'est moi qui 
viendrai moi-même sur les nuées, et la robe 
que j'ai réservée à ton corps, je l'apporte- 
rai, moi qui donnerai la force k ton corps 
saint, afin que je te fasse reposer avec Abra- 
ham, Isaac et Jacob. Ne sois point timide de 
coeur, car je suis avec toi. Ton martyr aura 
lieu en présence de ces quatre-vingts rois 
devant lesquels tu me rends témoignage- On 
tourmentera pendant sept ans pour mon 



i86 



; pas pusills^H 
lui eut Biiu^H 
IX en compth^^l 
nt que le vaiI>'^H 

dans la veille 



nom. Prends courage, ne 
nime. v Lorsque le Seigi 

parlé, il remonta vers les cieux en compt 
gnie de ses anges saints, pendant que le vail< 
lant martyr du Christ le regardait. 

Quant au gaini, il demeura dans la 
jusqu'à ce que le jour parût, se réjoi 
dans l'allégresse que le Seigneur lui 
donnée. Lorsque le matin fut venu, 
ordonna d'amener le saint Georges au 
bunal. Lorsqu'on l'eClt ameni;, l'un de 
tre-vingis rois, nomme Magncncc, lu 
g Georges, )e Ce demande un prodige;: 
fais en ma présente, je le jure par mo 
gneur le soleil, par 
et Artémis, la mère des dieu 



monde entier, je croit 
Dieu et je l'adorerai co 
saint Georges lui dit : 
ta demande. ■ 



loi-mcme en Ion 
e il faut. B — Le 
>is-moi qu'elle est 
li Magoence lui dit ; 
■ Voici quatre-vingts trônes; chacun de ces 
trônes a des pieds de toute forme : les uns 
sont faits d'arbres fruitiers, les autres d'ar- 
bres qui ne portent pas de fruits; si donc il 
devient évident que les pieds de bois aient 
pris racine, que chacun d'entre eux pousse, 
grâce a tes prières, que les pieds faits d'ar- 



r 

■ de 



I 



I 



rs produisent des fruits et que 
sont pas faits d'arbres produisant 
des fruits fassent pousser des feuilles, en vertu 
de ce prodige nous croirons en ton Dieu. » 
Le saint Georges se prosterna sur son vi- 
sage, il pria Dieu durant une grande heure 
en poussant des soupirs. Lorsqu'il eut fini 
sa prière, il dit : Amen .* Mais il se produisit 
une grande terreur et un grand trouble 
lorsqu'il se releva, car un esprit du Sei- 
gneur descendit sur Us trônes; ils pous- 
sèrent, les pieds prirent racine, ils fleuri- 
rent : ceux qui étaient faits d'arbres frui- 
tiers produisirent des fruits ; ceux qui 
étaient faits d'arbres non fruitiers firent 
pousser des feuilles. Alors le roi Magnence 
■dit : 1 C'est un grand dieu que Héraclès, et 
ces arbres qui étaient desséchés ont ainsi 
manifesté sa puissance en eux-mêmes. ■ — 
Le saint Georges répondit en disant : o Ce- 
lui qui a créé le ciel et la terre, qui a fait 
exister ce qui n'existait pas, tu l'assimiles 
à Héraclès, l'idole muette, aveugle, avec la- 
quelle tu périras bientôtl » Le roi Talien 
prit la parole, il dît au saint Georges : • Elu 



^ du Galiléen, je sais de quelle 



je te 



^ iierai périr, u Alors il ordonna d'apporterune 



p» 



grande scie; on le scia par le milieu, 
partagea en dcu\, ei ainsi Georges 
l'esprit. 

On apporta un grand chaudron pour y 
jeter les deux parties du corps du saint 
Georges avec du plomb, de la graisse de 
bœuf et du bitume ; on alluma un graad 
feu par-dessous si bien que la chaudière 
bouillonnait et que la flamme s'élevait à 
l'excès, de sorte que ceux qui chauffaient 
s'enfuirent de chaque côte par suite de l'a- 
bondance des flammes qui s'élevaient à une 
hauteur de quinze coudées. Ils portèrei 
dessus de la chaudière au roi en disa 
uCetiu cuisson est finie et consomme'e. s Le 
roi ordonna qu'on apportât la chaudière, 
qu'on la mît en terre avec les membres 
du saint qui y étaient renfermés, afin que 
les chrétiens ne pussent trouver 
des membres du martyr et lui é 
monument commémoraiif. Lorsqui 
viteurs eurent enterré la chaudière, ils se 
retirèrent. Il y eut alors un grand trouble 
dans les airs, la terre fut ébranlée jusque 
dans ses fondements. Voici que le Seigneur 
Jésus le Christ descendit du ciel avec ses 
anges saints, il se tint au-dessus de l'endroit 



1 le-^l 
idtt-S 



il 

t 

I 




où était enterrée la chaudière. Il dit à l'ange 
Snlathiel ; • Sors la chauiiière de I 
Lorsque l'iinge l'eut déterrée, il en répan- 
dit le contenu sur la terre. Le Seigneur des 
vertus prit la parole et dit : o O Georges, 
mon élu, lévc-toi. c'est moi qui ai ressuscite 
Lazare d'entre ks morts. De mtme, c'est 
aussi moi qui t'ordonne et qui te dis : léve- 
toi, sors de la chaudière, tiens-toi debout 
sur tes pieds ; c'est moi ijui suis le Seigneur 
ton Dieu, a Aussitôt ce véritable et coura- 
geux atlhcte se leva dans une grande force, 
valide comme quelqu'un qui n 
fert. Quiconque le vit fut dans 1 
Le Seigneur lui dit : ■ Prends force et cou- 
rage, Georges, mon bicn-aimé, car il y aura 
I une grande joie à ton sujet au ciel et sur la 
tierre, en présence de mon père et de mes 
Cianges, k cause de ton combat. Sois coura- 
Bgeux, car je suis avec toi. < Et il remonta 
s cieus on compagnie de ses anges 
^^ints. 

Quanta lui, le saint Georges, il se leva, 
amena par la ville et envoya dire au 
le me promène par la ville et j'e 
lussitôt le roi ordonna i 
fie lui amener au tribunal. En s'y rendant, le 



saint criait : ■ O iribunat, tribunal, )e viensà 
toi, â toi et a Ion Apollon, moi et mon Sei- 
gneur Jésus le Christ, le Fils liu Di 
vani, n Alors voici qu'une femme, nommée 
Scholasiique, s'dcria vers le saint Georges, 16' 
martyr du Christ, en disant : ■ Mon seigneuti 
Georges, mon fils conduisait son bœuf daM 
les champs, le bosuf est tombé et il est mort. 
Viens au secours de ma pauvreté. Je sais, 
mon Seigneur, que Dieu peut le faire par ton 
entremise, o — Le saint lui dit ; « Prends 
cette baguette de ma main, va dans le champ, 
place-la sur le cou du taureau et dis : Voici 
ce que dit le saint Georges : ■ Au nom de 
Jésus le Christ, lève-toi, tiens-toi debout. 
Quant à la femme, elle fit ce qu'il lui avail 
dit; le bœuf se leva au moment mèi 
femme rendit gloire à Dieu en disant 
nie soit l'heure où tu es venu dans cette vill 
Vraiment tu es un prophète et le Seîgneui 
visité son peuple ! • 

Tatien envoya de nouveau chercher 
martyr. Mais lorsque le roi Trakîali fut ai 
rive, il dit : ■ Georges, les bois desséchi 
ont poussé, nous ne savons pas au juste 
c'est ton Dieu qui les a fait pousser, ou s 
sont nos dieux; mais voici un tombeau, 



i 



proche-toi de la pierre par où 1' 
Jéposer les niorCs, personne r 



, par les prière 



les 



»i qui; 



citent, par mon seigneur le Soleil, par la 
Lune et par Artémis, la mère des dieux, je 
croirai moi aussi en ton Dieu et je me ferai 
chrétien. » — Le bienheureux Georges ré- 
pondît en disant : « Qu'est-ce que cette pa- 
role que j'ai entendue dans l'Évangile disant: 
• Si vous avez de la foi gros comme un grain 
de sénevé et que rous disiez h cette monta- 
gne : Ote-toi d'ici ; rien ne vous est impos- 
sible? Lève-toi donc avec le roi Tatien et les 
autres rois d'Egypte ', allez, ouvrez la porte 
du tombeau, sortez les ossements îles morts 
qui se sont corrompus, les cendres de ceux 
qui sont morts, apportez-les ici. > Aussitôt 
trois rois se rendirent au tombeau, ils en ou- 



1. Ccuephrass ci 


it tout à (i 


l'utilité i 


.déplus, clli 


■.mt en coi 


à moina 


1 de comprendre que les 


porle di 


1 tombeau. 




ï. L'i 




: que la Kè 


■n Perse et il p«rl. 




Egypte. 


C-esi une \ 


rotitii! preu 



D EGYPTE 



vrireot la porte, ils ne trouvèrent en dedans 
aucun cadavre de mon '. Ils sortirent li 
ossements qu'ils trouvèrent, ils les apportè- 
rent au saint Georges. Alors le saint Georges 
se jeta à genoux ; il pria pendant une heure 
environ. Comme ii finissait l'amen, il y eut 
iin grand tremblement et des éclairs de feu 
brillèrent sur ces ossements. Aussitôt il en 
sortit cinq hommes, neuf femmes et dix pe- 
tits enfants. Quand ils virent ce qui avait eu 
lieu, les rois furent dans l'étoiinemeni. Alors 
les rois appelèrent l'un de ceux qui étaient 
ressuscites d'entre les morts, ils lui dirent : 
■ Quel est ton nom? — Celui qui était res,- 
suscitë d'entre les morts prît la parole en di- 
sant : t Joubînnem, voilà mon nom. ■ — Le 
roi lui dit : • Combien y a-t-îl d'années que 
tu esmort ? ■ — Il lui répondit; n Plus de deus 
cents années '. ■ Le roi lui dit: « Est-ce que 
dans ce temps-là le Christ était ïenu att 
monde, ouï ou non? • — Celui qui était res- 
suscité d'entre les morts dit : «Je ne le pense 

i.LeleiiedoU f Ira corrompu, car ce qui auit eit con- 



1 



•e répélépina loin U 



pas, [car je n'ai jamais entendu dire qu'il 
venu. . — Tatien lui dit : • En quel 
dieu croyais-tu? u — Celui qui était ressus- 
é lui dit : 1 Ne me force pas à le dire, ô 
i, car je rougis de dire en quel dieu je 
jyais. Je croyais en un dieu qu'on nom- 
mait Apollon, un insensé, sourd, muet, aveu- 
gle. Lorsque j'eus abandonné l'existence 
mauvaise de cette vie, je vécus dans ces che- 
mins qui conduisent au fleuve du feu, jus- 
ce que j'y fusse parvenu; c'est là que se 
?e le ver qui ne se repose jamais. Est-ce 
■ que tu n'as pas entendu lire les Ecritures 
des chrétiens où il est dit : Tu as pensé à 
moi dans ce jour de crainte, dans ce lieu où 
f a nul secours, mais k stupéfaction et 
rreur, où il n'y a nulle miséricorde, où 
ne persuade pas le cœur du juge, mais où 
les choses qu'ovi a faites sont pUcées devant 
les yeux de chacun. Alors le juge prend la 
' parole et dit : < Apprends à chacun de nous 
cette chose, afinque je donne àchacun selon 
ses œuvres. « Ecoute ce que je te vais dire, ô 
roi! Tout homme qui viendra sur la terre 
et qui confessera celui qu'on a crucifié, c'est- 
à-dire le Christ, quand il au rail sur son corps ' 



"94 






une foule de péchés, quand il sort de ce | 
monde mauvais, on le met dans les fc 
cause de ses péchés ; mais le dimanche o 
donne repos, car le Seigneur Jésus inspecte -1 
les supplices le jour du dimanche. Mai 
moi, l'on ne me donne aucun repos, pasJ 
même le dimanche, parce que je n': 
confessé sa Seigneurie pendant que j'ét 
la terre. Comment en effet l'aurions-nous 
confessé lorsque nous honorions des idoles 
ec des statues sans le moindre mouvement? • 
— Le roi prit la parole et lui dit : " Ton 
cœur n'a-I-il jamais été traité avec indulgence 
pendant ces deux cents années entières? i — . 
Alorsceluiqui était ressuscitéd'entrelesmorts-J 
regarda le saint Georges, il lui dit : b Mon| 
seigneur, à saint martyr du Christ, noi 
prions, donne-nous le saint baptême du | 
Christ, afin qu'on ne nous jette pas de i 
veau dans les tourments où nous sonim< 
Lorsque lesaint Georges vit leur foi, il frappa.' 
la terre du pied; il en jaillit de l'eau et il leur 
conféra le baptême au nom du Père, du Fils 
et du Saint-Esprit. 11 leur dit : • Allez ea 
paix au Paradis. « Aussitôt ils disparurent, 
personne ne les vit plus, et le roi resta stu- 
péfait une heure environ. Les roisqui étaient 
avec lui prirent la parole et lui dirent ; > Cet 



SAFNT GEOHGES l^J 

homme est un enchanteur. Par ses sortilèges 
a fait se tenir debouC des démons en notre 
présence et il a dit : « J'ai ressuscité des 
Tiorts. Moi aussi désormais ■ je mépriserai 
oute la race des chrétiens, a 

Le roi donna un ordre et dit : « Choisis- 
iez-mol une veuve si pauvre qu'il n'y en ait 
point d'aussi pauvre qu'elle, n On chercha 
rouva une femme veuve 
et pauvre, on fit entrer de force le juste chez 
car le roi voulait déshonorer les chré- 
.. Lorsqu'on eut fait entrer le saint dans 
laison de la veuve, il lui dit : » Donne- 



dit : ■ Il I 



epam 



r en V 






ifaii 



dit : En quel dit 
pointde pain dans t 
lui dit :« Je croiser 
lesgrandsdieux des 



prit la parole et 
point de pain dans ma maî- 
seigneur. o — Le saint lui 



gesl 



;i dit : • Vraii 



de vrais Dieux 



s'il 



crois-tu donc, qu'il n'y a 
1 maison ?» — La femme 
Apollon et en Héraclès, 

enl! alors ce ne sont pas 
l'y a point de pi 



ta 



190 



s d'Egypte 



maison, g Lorsque la femme l'eut regarda 
au visage, elle vil que [sa figure ressemblait 
à celle d'un ange du Seigneur, elle se dit en 
elle-même : ■ J'irai chercher du pain chez 
mes seigneur et mes voisins pour ie placer 
devant cet homme de Dieu : peut-être, comme 
il esE entre dans ma mison, trouverai-ie grâce 
prés de mes voisins! u Or, il arriva, comme 
la pauvre femme était sortie, que le saint 
s'assit à la base d'une colonne de bois qui se 
trouvait en la maison. Aussitôt la colonne 
prit racine, poussa des branches et devint 
un grand arbre; l'arbre dépassa de quinze 
coudées la hauteur de la maison. Puis voici 
que l'archange Michel lui apporta une table 
couverre de toutes les bonnes choses. Le saint 
Georges mangea et se réconforta. La table 
était encore couverte de pain et de toutes les 
bonnes choses, lorsque la pauvre femme 
veuve rentra dans sa maison : elle vit de 
grands prodiges, une table dressée et couverte 
de toutes les bannes choses, une colonne qui 
avait pris racine, quoiqu'elle ne fût qu'un mor- 
ceau de bois desséché. Elle se dit en son cœur: 
■ Le Dieu des chrétiens s'est souvenu de ma 
pauvreté, â moi qui suis veuve; il a envoyé 
son martyr en ma maison à moi qui suis qu'une 



mul heureuse veuve, afin que ce saint vîat à 
mon secours. « Aussilôl elle tomba aux pieds 
du saint, elle l'adora. Le saint Georges lui 
adressa la parole en disant : « Lève-toi, 
tiens-toi debout sur les pieds : je ne suis pas 
le Dieu des chrétiens, je ne suis que son ser- 
viteur. J'ai SDuiTen pour son saint nom. • 
— La femme lui dit encore : n Mon Sei- 
gneur, si j'ai trouve grâce devant toi, ac- 
corde-moi d'oser prononcer une parole en 
la présence. — Le saint Georges lui dit ; 
> Parle. » — La femme lui dit ; < Mon Sei- 
gneur, j'ai un jeune garçon qui est en ses 
neuf ans : il est aveugle, sourd, muet et 
boiteux. J'ai honte de le faire voir a mes 
voisins, ai tu fais qu'il voie, qu'il eniende 
cl qu'il parle, je croirai moi aussi en ton 
Dieu. • — Le saint répondit en disant : 
« Aménc-moi l'enfant ici. " Alors du troi- 
sième étage de sa maison, elle lui amena 
l'enfant et le fit asseoir sur les genoux du 
juste. Le saint Georges restait tranquille et 
l'enfant était sur ses genoux. Le saint lui 
souffla au visage; des yeux de l'enfant, il 
tomba des écailles et il vit aussitôt de ses 
propres yeux. La femme dit au saint : 
" Mon Seigneur, je l'en supplie qu'il parle. 



qu'il entende de ses oreilles, qu'il se lève, 
qu'il marche sur ses pieds, o — Le salni 
Georges lui dit : « Femme, cela suflii pour i 
le moment; quand j'aurai besoin de lui pour J 
me faire servir, je l'appellerai, il entendra 
ma voix, il marchera, il me répondra. » La 
femme ne put lui repondre une seule parole, l 
car elle voyait que sou visage était comme 
le visage d'un ange de Dieu. 

Alors le roi infidèle et impie, Tatien, et 
les soÎKante-dix-neuf autres rois qui étaient 
avec lui, lorsqu'ils furent sortis de leur sou- 
per, se promenèrent par les places de la 
ville. Lorsque le dragon de l'abîme, le roi 
Tatien, leva les yeux, il vit l'arbre qui avait , 
pousse, grâce au juste; il dit à ses officiers : 
s Voici un spectacle nouveau! cet arbre n'est- I 
il pas un figuier ? ■> — Ils lui racontérei 
chose et lui dirent : <• C'est ainsi que l'a fail.l 
pousser le saint Georges, le grand servi 
du Galiiden. s Le roi ordonna qu'on allât i 
le chercher, qu'on l'amenât en sa présence, 
qu'on le frappât à coups de nerfs de bœuf, 
sans pitié, de manière à faire tomber ses 
chairs en lambeaux, qu'on lui brûlai les 
flancs avec une grande quantité de feu, 
qu'on lui mit un casque de feu sur la i 



Ensuite il ordonna de le mettre a nu, de le 
fouetter, de remplir de feu des pots de fer, 
de les lui placer sur les flancs, de telle sorte 
qu'il rendit Tespric. Le roi donna aussi l'or- 
dre de prendre son corps, de le jeter sur 
une montagne élevée. Le dragon disait en 
son cœur : n Les oiseaux du ciel viendront 
manger ses chairs. • Lors donc qu'on eut 
mené le corps du bienheureux sur la monta- 
gne que l'on appelait Siris, on le jeta en ce 
lieu et les serviteurs s'en retournèrent. Lors- 
que les serviteurs du diable se furent éloi- 
gnés de la montagne d'environ trente stades. 



1 



il y eut du 
ciel, si bien qi 
bla. Voici ou 



:^ Moi 



sitôt le martyr du Chi 
derrière les 
disant ; o t 



et des éclairs dans le 
la montagne entière trém- 
ie Seigneur arriva, monté 
il dit au saint Georges : 
lève-toi du sommeil. i Aus- 



; levi 



it c 



et lei 



Attendez-moi un peu, que j'aille 
. B Les serviteurs, ayant regardé en 
Ireni le saint Georges qui courait 
, ils rendirent gloire à Dieu, ils se 
ses pieds, ils le prièrent en disant : 
>us â nous aussi, le sceau du 

Le juste bienheureux, le saint 



200 



r ROMANS D EGYPTE 



Georges, leur doniid lé baptême au nom du 
Père, du Fils et du Saint-Esprit. Ils se pré- 
sentèrent Jevant les rois impies, en criant 
tous . 1 Nous sommes chrétiens publique- 
ment. > Alors les rois en furent remplis de 
stupéfaction et de crainte. Le roi Tatien or- 
donna d'aller chercher les serviteurs, de les 
lui amener. L'un d'eux se nommait Clau- 
dien; le roi ordonna qu'on le crucifiât et 
qu'on exécutât sa sentence ; un autre que 
l'on appelait Laciri et Lacirien, le roi or- 



1 qu'i 



1 le nt r 



par ré] 



livra Glykon aux bêtes. 

Après cela, les rois ordonnèrent d'amener 
le saint Georges. Le roi Tatien prit la pa- 
role, il lui dit : « Georges, par mon seigneur , 
le soleil, par la lune, par les dieux et par 
leur mère Artémîs, je te pardonne comme a 
mon fils bien-aimé; tout ce que tu me de- 
manderas, je te l'accorderai; seulement, 
obéis-moi comme à un père et consens sim- 
plement à adorer les dieux, u — Le saint 
Georges lui répondit et lui dit : • Je suis 
étonné des paroles que tu m'adresse main- 
lenant. Ne les aviez-vous point avant ce 
jour? Pourquoi ne me les as-tu pas dites 
dés la première fois? Voici sept années en- 



î SAINT GEORGE! 



tiéres que t 


mp 


ourme 


nies, lu m'as tué 


Irois fois, je 


suis mort et 


mon Seigneur Jé- 


sus ie Chris 


m'a 


ressuscité; cependant ce 


n'est qu'aujo 


urd'hu 


que j 
esdei 


e viens d'entendre 


de semblable 


paroi 


bouche. Ne sais- 


tu pas, ô ro 


, que 


celte 


ace des chrétiens 


est une race 


de ge 


is qui 


aiment la contra- 


diclion, qui 


résiste 


nt à ceux qui les proté- 


gent. Mais m 


ainlen 


antqu 


la grandeur me 



donne allégresse, j'offrirai un sacrifice à ion 
grand dieu Apollon, celui que tu aimes, a 
Lorsque le roi Taiien entendit ces paroles, 
il se ré)Ouit grandement, il saisit la tète du 
saint Georges pour la baiser. Le saint Geor- 
ges l'arrêta de la main en disant : « Non, o 
roi, ce n'est pas l'habitude des Galiléens, s'ils 
n'ont pas d'abord adoré les dieux; mais donne 
maintenant l'ordre qu'on me mette en pri- 
son jusqu'à demain. " — Le roi prit la pa- 
role, il lui dit : Au ciel ne plaise, que je te 
fasse maintenant endurer quelque châtiment; 
quant aux tourments que je t'ai fait souffrir, 
pardonne-les moi, car j'ai agi envers toi par 
ignorance. Traite-moi comme un père. Viens 
maintenant, je t'introduirai dans la partie 
du palais où se trouve la reine Alexaodra, 
dans la chambre où elle repose, u Lorsi^ue 



102 CONTES ET ROMANS li EGYPTE 

le roi l'eut emmené, il le fit entrer près de 
la reine Atexaadra ; il Terma la porte sur eux. 
Le roi se retira, car c'était le soir. Alors le 
saint Georges, ploya les genoux, il se mit a 
prier Dieu en disant : . O Dieu, mon Dieu, 
il n'y a point de Dieu qui le ressemble : tu es 
le Dieu qui fait tes prodiges. Pourquoi les 
nations ont-elles élevé la voix contre toi, et 
les peuples médité de vaines paroles ? Tous 
les rois de la terre avec leurs magistrats se 
sont réunis à la fois dans un même lieu, ils 
ont parlé contre le Seigneur et son Christ. • 

— La reine Alexandra prit la parole et dit 
au saint : « Mon Seigneur Georges, je t'en- 
tends avec plaisir et je désire que tu parles. 
Quelssont ceux qui ont élevé la voix? Quels 
sontceuic qui ont médiié? Quel est le Chrisi? 
Enseigne-le moi, afin que je le connaisse. • 

— Le saint Georges prit la parole en disant ; 
1 Puisque lu demandes à connaître le Christ, 
écoule, ô Alexandra. Lorsque le Seigneur 
créa le cie! et la terre, lorsqu'il eut pris Je 
la terre argileuse, il créa l'homme semblable 
a lui, à son image et a sa ressemblance. 
Comme II avaii fait de la chair avec de la 
terre, de même il en fit des nerfs, il en fit de 
la peau, les organes de la vision, tous les 



MARTYRE nE SALNT GEORGES 2o3 

autres membres de l'homme. Il fil les yeux 
et les paupières, il fit une langue et une 
gorge, il fit des mains et tout ce qui entoure 
l'homme. Ce qui meurt n'esc-il pas de la 
terre? Dieu le Christ s'est revÉtu de chair en 
la vierge sainte, Marie, et il s'est fait homme. 
C'est Dieu qui m'a ressuscité d'entre les morts 
pendant que j'endurais ces souffrances pour 
son saint nom, ainsi que pour son Père plein 
de bonté et l'Espric-Saint. C'est pour Adam, 
ô reine, que Dieu a fait le ciel, le soleil et la 
luaequi éclairent, les étoiles et tout le reste, u 

— La reine répondit : < Explique-moi ces 
paroles. ■ — Le saint Georges lui dit r o C'est 
l'idoliltrie qui régne aujourd'hui dans le 
monde; on rend un culte aux idoles et non 
à Dieu ; on adore les œuvres des mains hu- 

Créateur de toutes choses. ■ — La reine lui 
dit : * Les démons ne sont donc pas dieux? u 

— Le saint Georges lui dit : a Oui, ce sont 
des démons. • — La reine lui dit : • De 
quelle manière a été créé le monde? « — 
Le saint Georges prit la parole, il lui dit : 
■ Écoute-moi, ô reine Alexandra. Le pro- 
phète David dit : . O toi qui est assis sur les 
Chérubins, révèle-toi, montre ta puissance. 



r 






CONTES ET ROMANS d'ÉQVI 



viens nous sauver; t il dît encore : > Il est 

(Jescendu comme la pluie sur une toison, • 
c'est-à-dire en la bienheureuse vierge Marie, 
D'un autre côléle prophète Habacuc, s'écrie 
en disant : ■ Seigneur, j'ai entendu ta voix 
et i'ai été rempli de crainie; j'ul conside'ré 
les œuvres et j'ai été dans lu stupéfaction. « 
Lorsque le prophète disait ces paroles, en 
vérité' il savait que ie Seigneur Jésus le Christ 
descendrait dans le monde ; il craignit, il vit 
que Dieu s'était fait homme pour notre sa- 
lut, pour nous sauver du diable, l'ennemi de 
toute vérité, qui a séduit ces quatre-vingts 
rois. ■ — La reine lui répondit : a Vraiment 
tu parles bien; tu as" persuadé à mon cœur 
que le Christ est le Dieu de toutes choses. Je 
t'en supplie, prie pour moi afinque du même 
coup l'erreur des idoles et celle des démons 
soient enlevées de mon cceur. » — Le saint 
Georges lui répondît et lui dit : ■ Si tu crois 
en celui que l'on a crucifié, Jésus le Christ, 
est-ce que quelque souillure des démons ne 
s'est point approchée de toi ? o — Elle répon- 
dit : n Je crois, mon Seigneur ; mais j'ai peur 
en présence du roi, car i! est très méchant 
et dévore la chair comme les bêtes féroces. 
Garde ce secret, ne le dis à personne jusqu'à 



SAINT GEORGES 205 

ce que j'aie ceint la couronne du martyre 
dans ie royaume du Christ, mon roi. Laisse- 
moi maintenant me reposer et dormir jus- 

Lorsque le matin fut venu, ie roi ordonna 
au hérautde crier par loule la ville en disant : 
« Assemblez-vous tous pour voir ce grand 
chef des Galiléens qui doit adorer Apollon. ■ 
Le roi donna l'ordre de conduire le saint 
Georges au temple avec honneur, afin, dit-il, 
qu'un sacrifice fût ofTeri par lui à Apollon_ 
Le saint Georges prit la parole, iliiît aux ser- 
viteurs qui étaient allés le chercKer : « Allez 
vers le roi ; quant à moi, ainsi que les prêtres 
et les stratèges du temple, nous nous ren- 
drons devant Apollon pour l'adorer, • Le 
héraut continuait lie crier encore davantage, 
pendant que les habitants de la ville, petits 
et grands, se rassemblaient pour voir ce spec- 
cle. Lorsque la pauvre femme veuve, celle 
dont le saint avait guéri le fils qui avait re- 
couvré la vue, entendit cette nouvelle, aussi- 
tôt elle se découvrit la tête, elle déchira ses 
vêtements, et se rendit à l'endroit où le saint 
se trouvait. Elle lui dit ; a Toi qui ressuscites 
les morts, qui fais voir les aveugles de nais- 
sance, qui fais que des arbres desséchés et 

TOME 11. 11 



20b COSTKS BT ROUANS D'ÉOVrTE 

corromfius devienneni des arbres produisant 
des fruits et qu'ils poussent bellement; toi 
qui as fait que la colonne Je ma maison u 
pris racine et est devenue un arbre éteve ; 
toi qui Qs couvert la table de pain et de tou- 
tes les bonnes choses, qui as opéré une foule 
de prodiges qui ont couvert le diable de honte, 
tu vas maintenant te présenter devant Apol-. 
Ion pour l'adorer et faire rougir toute la race 
des chrétiens! • — Lorsque le saint Geor- 
ges entendit ces paroles, il sourit à la femme 
et lui dit : ■ Descends maintenant ton petit 
garçon d'entre tes mains. • Aussitôt elle le 
descendît. Le saint Georges dit au petit gar- 
çon : ■ Je veux au nom de mon Seigneur 
Jésus le Christ que tu marches, que tu me 
serves en ceci. • Aussitôt le petit garçon en- 
tendit de ses oreilles et alla baiser les pieds 
du saint Georges, Le saint Georges lui dit : 
• Viens, va vers le temple d'Apollon, dis à sa 
statue : Georges, le serviteur du Christ, t'a- 
pelle. B Le petit garçon se rendît en toute 
hâte au temple ; il dit à la statue : a Je te le 
dis à toi, aveugle, sourd, ignorant, viens 
vite, car le serviteur du Christ, le saint Geor- 
ges, t'appelle, n L'esprit mauvais qui habi- 
tait dans U statue s'écria du dedans : • 



L SAINT GEORGE! 



107 



I 



Jésus le Nazaréen, tu attires tout ie monde k 
loi, même ce petit garçon que tu as envoyé' 
vers moi pour m'insulter, » Aussitôt la sta- 
tue d'Apollon s'arracha de son piédestal et 
se rendit vers le saint Georges. Le saint 
Georges prit la parole, il lui dit : ■ C'est 
donc toi le dieu des nations > • — Le démon 
qui habitait dans la statue lui dit : n Sois pa- 
tient envers moi et je t'apprendrai tout avant 
que tu ne l'apprennes. » — Le saint Georges 
lui dit : n Parle. — Il commença de parler 
et de raconter toute chose en sa présence, di- 
sant : D Mon Seigneur, le saint de Dieu, ne 
sais-tu pas que dès le commencement Dieu a 
créé un paradis dans l'Eden qui était situé à 
l'Orient? 11 y plaça l'homme créé par Dieu 
à sa ressemblance. Le Seigneur dit : « Que 
les anges aillent l'adorer ! u Aussitôt Michel 
alla suivi de toute son armée d'anges, ils l'a- 
dorèrent; mais moi, je n'adorai pas l'homme 
créé par Dieu, je résistai à la parole Je Dieu, 
disant : « O juge de vérité, moi j'existe avant 
lui, comment adorerais-je plus petit que moi? 
Les ailes des chérubins couverts d'yeux me 
donnent de l'ombrage et m'abritent. « Alors 
Dieu s'irrita contre moi, il me chassa de la 
gloire où je me trouvais, il me lança du ciel 



comme un aigle sur un rocher et je mè trou- 
vai dans les fers. Maintenanl j'habiie en celte 
statue pour séduire les enfants des hommes. 



du ciel, 

r et sor- 
i et je 



Je vole, je me suspends au firmame 
j'écoute les anges chanter le Seigni 
que j'entends prononcer la 
qu'un, c'cst-â-Uire lorsqu'il 
tir de ce monde, je me rei 
le tourmente jusqu'il ce qu'il ait blasphémé 
Dieu. • — Le saint Georges prit la parole, ij 
lui dit : • Tu n'as pas dît la vérité, ô toi qui 
as une apparence d'or ' ; mais on t'a chassé 
du ciel à cause de ton orgueil, lorsque tu te 
préparais un trône pout l'asseoir dessus et 
t'êgiiler au Très-Haut. Il le parla soudain, il 
te lança du ciel dans les profondeurs de la 
mer avec toute ton armée. • 

Lorsque le démon entendit cela, il se tut; 
il ne put trouver aucune parole à dire. Aus- 
sitôt le saint Georges frappa la terre du pied 
et il dit à la statue : t Descends maintenant 
dans l'abîme, ô esprit impur, afin de rendre 
compte de toutes les âmes que tu as per- 
dues. Aussitôt il descendit dans l'abîme . 
ainsi que la statue oii habitait l'esprit impur. 



i.C'e9t-à-dir« que 



ir DU iortc. 



M»RT¥RE OE SAINT GEOBGES 209 

Le saint Georges frappa de nouveau la terre 
du pieii et la terre redevint unie comme elle 
était auparavant. Après cela, le saint Georges 
de'tacha sa ceinture, il s'approcha de la sta- 
tue d'Héraclès, il la traîna a terre, il la mit 
en pièces. Il dit au reste des idoles : « Allez- 
vous-en dans l'abîme, ô dieux des nations, 
car je suis venu vers vous avec colère et cour- 
roux. • Lorsque les prêtres, les stratèges du 
temple, les serviteurs qui prenaient soin des 
idoles, virent la perte qui e'tdit arrivée à leurs 
dieux, ils se saisirent du saint Georges, iis 
lui lièrent les mains derrière le dos, ils le 
conduisirent au roi qu'ils informèrent de tout 
ce qui était arrivé aux dieux, surtout au grand 
dieu Apollon, disant qu'il avait été précipité 
dans l'abîme. Lorsque le roi apprit cela, il 
advint qu'il fut rempli d'une folle furie; il 
dit au saint Georges : • O toi, qui es digne 
que l'on te consume par le feu, ne m'avais-tu 
pas dit : u Je ferai un sacrifice aux dieux 
glori 



ieux ? 


» Au 


lieu d'adorei 


ries 


; dieu 


X et de 


offrit 


■ de Te 


ncens, voilà 


que 


tu as 


; fait de 


:illes 


oeuvrt 


:s magiques! 


! Ne 


: sais- 


-tu pas 


ton . 


ssprii 


■ est entre r. 


nos 


mains? • — 


Ce^l-â-dire La i 


lie. 








TOME IL 






1^ 





r 



3IO CONTES ET ROMANS d'ÉCÏPTE 

Le saint Georges prii la parole et lui dit : 
• Va, amène-moi Apollon, je l'adore 
ta présence, u — Taiîen lui dit : » Selon c 
que mont raconté les prêtres, tu l'as préci- 
pité dans l'abime, et maiateaani tu veux que 
je l'amène id pendant que je suis vivant! • 
— Le saint Georges [lit au roî : ■ Apollon est 
ton grand dieu, comment n'a-i-il pu se pro- 
téger lui-même? au contraire, i 
perdition avant tous les autr 



étaient ai 
lui qui, c 



lequel li 



soixante-dix. Et c'ei 
tu l'espères, te sauvera dans 
! Lorsque le Seigneur mon 
pour renouveler le ciel et ta 
Li5-tu, toi, ainsi que celui dans j 
is taconlîaace? a 
i, dans une grande tristesse de ] 
cœur causée par la perte de son dieu Apol- i 
Ion, alla trouver la reine Alexandra et lut J 
dit : • Cette race des chrétiens me fait soui-fl 
frir, mais surtout Georges le Galitéea. i 
La reine Alexandra prit la parole et dit au 
roi : " Ne t'ai-je pas dit souvent : Tiens-loi 
éloigne de cette race de chrétiens, car leur 
Dieu est le vrai Dieu et il humiliera ti 
gueil? • — Le roi répondit et dit à la i 
Malheiir à moi, ô Alexandra, je crains que J 



i 
I 



ilèges des chrétiens ne l'aienl aussi 
! « Il la prit par les cheveux de sa 
tète, il l'a traîna jusqu'à ce qu'il l'ËÙt ame- 



. les : 



e-dix-i 



:uf 1 



i qui 



étaient avec lui, et il se mit i leur appren- 
dre tout ce qui était arrivé. Les rois Jonnè- 
reni alors l'ordre de l 'emmener, de la sus- 
pendre sur le chevalet, de la torturer ; pour 
elle, elle ne disait rien, mais regardait le 
ciel. Lorsqu'elle eut regardé le visage du 
saine Georges, elle lui dit : o Prie pour moi, 
car je soufiVe de cruels tourments. ■ — Le 
saint Georges lui répondit et dit : ■ Souft're 
encore un peu, à reine, et tu recevras la 
couronne de la main de Notre-Seigueur Jé- 
sus le Christ. » ~ Pour elle, elle lui dit : 
• Mon Seigneur Georges, que ferai-je puis- 
que je n'ai pas reçu le baptême? • Le saint 
lui dit : 1 Va, tu recevras le baptême en ver- 
sant ton sang généreux, s Comme on l'em- 
menait pour lu tuer, elle s'écria et dit ; 
B Mon Seigneur Jésus le Christ, voici que 
j'ai laissé la porte du palais ouverte, ]e ne 
l'ai point fermée; toi de même, mon Sei- 
gneur, ne me ferme pas la porte du Paradis 
de l'allégresse. ■ Lorsqu'elle eut achevé ces 
paroles, la reine Akxandra termina son 



2 I 2 CONTES ET ROMANS d' EGYPTE 

martyre le quinzième jour de Pharmouti ', 
à la troisième heure du jour, avec vaillance; 
elle reçut la couronne impérissable. 

Après cela, les rois appelèrent le saint 
Georges, ils lui dirent : « Voici que tu nous 
as fait perdre aussi la reine Alexandra ; main- 
tenant nous allons nous occuper de toi. » 
L'un d'entre eux, le roi Magnence, prit la 
parole et dit : « Rendons sa sentence. » La 
chose leur plut à tous. Le roi s'assit, il écri- 
vit la sentence en ces termes : • Georges, le 
grand chef des Galiléens, qui a désobéi aux 
décrets des rois, je le livre au tranchant du 
glaive. Sache donc, ô peuplé, que nous 
sommes tous purs de son sang en ce jour ! » 
Les soixante-dix-neuf autres rois qui étaient 
avec lui souscrivirent la lettre *. Alors lé 
saint Georges se mit en marche avec joie 
vers le lieu où il devait recevoir la couronne. 
Lorsqu'il y fut arrivé, il dit aux soldats qui 
l'avaient conduit : « Ayez un peu de patience 
à mon égard, ô mes frères, car voici sept 
ans que je suis tourmenté par ces quatre- 



1. C'est-à-dire le ii avril. 

2. C'est-à-dire la sentence. Les Coptes désignaient tout 
écrit sous le nom générique de lettre. 



ï 



vingts rois et je veux prier pour eux. s Alors 
le saint Georges leva les yeux au ciel, il 
pria ainsi. ■ Mon Seigneur Je'sus le Christ, 
qui as iail descendre le feu du ciel en fa- 
veur du siiint Elie et qui lui as fnit dévorer 
les deu>: cinquanteniers et leurs cent soldais, 
que le feu du ciel descende maintenant d'au- 
près de toi; qu'il brûle ces quatre-vingts rois 
et ceux qui les entourent. Qu'il n'en reste 
pas un seul, car c'est à toi qu'appartient la 
gloire jusqu'nux siècles de tous les siècles : 
Amen. > Comme le saint Georges priait en- 
core, un feu descendit du cïel, dévora les 
quatre-vingts rois et toute leur multitude au 
nombre de cinquante mille. Derechef, le saint 
Georges dit aux soldats d'attendre encore 
un peu, et il pria en disant ; a Mon Sei- 
gneurJésus le Christ, )'ai vu se tenir ici une 
grande multitude qui voulait emporter mon 
corps; mais mon corps ne suffira pas au 



monde entier. Je t'en prie, accorde 


à mon 


corps que quiconque sera tourmenté par 


l'espril impur et fera souvenir de to 


servi- 


teur Georges, mon nom soit en bonne 


chose 


Mon Seigneur Dieu, que quiconque s 


e irou- 


vera rempli de crainte dans le lieu 


311 l'on 


rend la justice et fera souvenir de mo 


1 nom, 



s'en uillc en paix. Quiconque écrire 
martyre ei les souffrances que j'ai ent 
écris son nom dans le livre de vie. Lorsque J 
le ciel retiendra ses pluies loin lie la terre | 
et qu'on prononcera le nom du Dieu de 
Georges, je l'en prie, que ton secours leur ^ 
arrive prompiement '. Dieu de vérité, poi 
le saint nom duquel j'ai enduré ces souffran- 
ces, souviens-toi de quiconque aura pitié | 
d'un pauvre en mon nom, pardonne-leur les 
péchés qu'ils auront commis. ■ Comm 
saint Georges disait ces paroles daiis 
deur de son cœur, voici que le Seîgneui 
sus le Christ lui apparut et lui dit : n Viens ] 
maintenant, monte au ciel te reposer dans^ 
l'habitation qui t'a été préparée dans 1 
royaume de ton Père qui est dans les cieux. 0| 
mon élu Georges, je ferai tout ce que I 
m'as demandé, et une foule d'autres choses 
encore. " — Le saint Georges dit aus bour- 
reaux : ■ Venez maintenant, accomplis! 
l'ordre qui vous a été donné. » 11 leur te 
dit son cou saint, on lui enleva sa f 
sainte ; il en sortit de l'eau et du lait '. 









1 haut des 
■e plein de 



I 



Christ Jésus prit son âm 
brassa, Il l'emmena avec 
cieuK, il en lit pre'senc à s 
bonté et au Saint-Esprit. 

Aussitôt la terre trembla jusque dans ses 
fondements, il y eut des lonnerres et des 
éclairs terribles, épouvantables, de sorte que 
personne n'osa quitter ce lieu a cause de la 
grande terreur qu'on avait. Tous ceux qui 
furent martyrs, ^râce au saint Georges, sont 
au nombre de huit mille six cent quatre- 
vingt-diï-neuf, plus la reine Alexandra. Le 
saint Georges acheva son martyre le vingt- 
troisième jour de Pharmouti, un jour de di- 
manche, à la neuvième heure du jour. Moi 
Syncratos, le serviteur du saint Georges, je 
restai avec mon maîire jusqu'à l'achèvement 
de son combat selon les sentences des rois 
impies. Ainsi je l'ai écrit sans y rien ajouter, 
ni rien y retrancher, avec l'aide de mon 
Seigneur Jésus le Christ, à qui In gloire 



2l6 



»Jt. 



CONTES ET ROMANS D EGYPTE 



ainsi qu'à son Père plein de bonté et au 
Saint-Esprit, dans les siècles de tous les siè- 
cles. Amen 



! * 



■ 

*; ■ 

P 




^^^ 





Voici les vertus et les prodiges que le Sei- 
gneur a opérés par le saint Georges après 
son martj're et la translation de son corps 
à Diospolis ' sa ville, ta construction de 
son église, la déposition de son corps en 
celte église. On la consacra le septième jour 
du mois deHalhor^. C'est le saint Théo- 
dose, l'évêque de Jérusalem, qui raconta les 
vertus et tes prodiges opérés par Dieu e» 
faveur du saint Georges et la grâce qui 



I. Ces memeitles soin in suite du martyre pi-éccdeni 
K trouvent dan 9 Je nEmc ma □ usent. 
I. Ce nom eâl sans doute une désignation Je Lydilu: 
fxiarrait ftre aussi le nom d'une ville égyptienne, mail 



206 CONTBS ET ROMANS d'ÉGYPTK 

fut accordée au saint martyr : c'est /t| 

qui prononça cet éloge au jour de i 
mémoraison sainte, le septième jour de Hoà 
tkor, devant une grande foule d'ortko^ 
dojees réunis pour célébrer la fêle dan^ 
l'église du saint Georges, pour la gloirn 
de Notre-Seigneur le Christ. 



J'ouvrirai ma bouche en des parabi 
pour Jire ce qui esi caché Uès le comnt 
cernent, ce que nous avons eniendu, ce qutffl 
nous savons, ce que nos pères nous ont 
conté, comme le Saint-Esprit l'a dit pur 
bouche Ju saint roi David. De même, je vous] 
ferai aussi connaître les gloires et les prodi* 
ges qui se sont opères par le saint GeorgesJ 
par le martyr puissant du Christ, a: 
qui arriva dans la ville de Sar ', lorsqu'il y^ 
acheva sa vie par l'ordre de Tatien, le roi 
impie des Perses ; c'est la ville du roi Nabu- 
chodonosor qui régna sur tous les Chai- ^ 
déens, qui abandonna sa ville de Sar, alla 



ii Nubachodoiiosor. 



Babylone, la bâlit bellement, la fortifia et 
en fit la capitale de son royaume. 

Or, il arriva, lorsqu'on eut enlevé' la tête 
du saint Georges, qu'il resta gîsant à terre 
depuis la neuvième heure du jour jusqu'au 
coucher du soleil. Syncratos, le serviteur du 
saint Georges, était assis à l'écart, le pleu- 
rant et le gardant. Voici que Dieu mit au 
coeur de deux autres de ses compagnons de 
service la pensée d'aller à la ville pour ren- 
dre visite à leur maître et savoir si c'était 
réalité que tout ce qui lui était arrivé. On 
leur apprit que ce jour là même il avait été 
mis a mort. Alors ils pleurèrent, déchirè- 
rent leurs vÈtetnents; ils cherchèrent et trou- 
vèrent son corps. Ils trouvèrent aussi Syn- 
cratos qui était assis et pleurait. Ils s'assi- 
rent aussi et pleurèrent avec lui. Ensuite 
ils se levèrent, ils réunirent sa tète à son 
corps, et elle s'y adapta comme st on ne 
l'en avait jamais détachée. Ils priieni de 
' quelqu'un un suaire, dont ils le revêtirent; ils 
en entourèrent son corps saint après avoir 
lavé le sang; ils trouvèrent un tombeau 
neuf tout prés d'eux : ils y placèrent le corps 
du saint jusqu'au lever de l'aurore et ils 
s'assirent à la porte. 



2o8 



CONTES ET ROMANS n 



Le lendemain, ils se levèrent, se rendi- 
rent à la ville, achetèrent des partums et des 
suaires; ils les apportèrent, en revêtirem le 
corps du saint Georges, ils trouvèrent la fête 
aiihe'rente au corps comme chez un vivant, 
sans qu'il y eût aucune trace du coup d'é- 
pe'e. Les serviteurs furent dans un grand 
étonnement; ils crurent de tout leur cœur 
que Dieu l'avait reçu à lui et que tout ce 
que Dieu lui avait dit pendant sa vie s'ac- 
complirait en réalité ; ils l'enveloppèrent de 
parfums; ils préparèrent le cadavre comme 
il faut, selon la coutume des gens de leur 
pays ; ils en prirent grand soin, ils le placè- 
rent dans le tombeau qu'ils scellèrent en y 
npposant des sceaux. Syncratos fut laissé au 
dehors pour veiller; les deux autres entrè- 
rent à la ville et travaillèrent pour gagner 
leur vie et amasser le prix du passage, 
afin d'embarquer le corps saint et de retour- 
ner dans leur pays. Après deux mois, il ar- 
riva que, comme Ils travaillaient, Dieu leur 
envoya Une barque de Joppé ; ils s'y rendi- 
rent avec de la marchandise et le corps du 
saint Georges. Grâce au secours de Dieu, ils 
arrivèrent vite a Joppé. Lorsque les mate- 
lots et le marchands apprirent que c'était le 



DU SAtNT GEORC£S 209 

corps de Georges, le soldat de Diospolis, qui 
e'iait aile au pays des Perses, ils admirèrent 
indement la manière dont il était devenu 
martyr; ils se levèrent tous, ils l'adorè- 
rent, rendant gloire à Dieu d'avoir été jugé 
dignes d'embarquer avec eux le saint 
Georges. L'un d'entre eux, nommé Léonti- 
3s, originaire de Joppé, qui connaissait le 
int Georges, amena une bête de somme, 
y chargea le corps du saint pour le conduire 
m. Lorsqu'on l'eut introduit en sa 
maison, on trouva que la mère et la sccur 
du saint étaient mortes. La nouvelle se ré- 
pandit bientôt qu'on avait amené en sa mai- 
1 le corps du saint Georges, qui avait été 
martyr et que l'on n'avait pas vu depuis 
sept ans; car c'étaientdes gens chrétiens, ils 
se prosternèrent pour l'adorer, pleurant, ad- 
mirant ce qui lui était arrivé. Ils se réjoui- 
rent ensuite, rendant gloire a Dieu d'avoir 
été jugés dignes d'un tel présent. Syncratos 
et les deux autres serviteurs, dont l'un se 
; Lucios et l'autre Cyrinneos, ra- 
t aux hommes de la ville tout ce qui 
arrivé il leur maître, et tous étaient 
l'admiraiion. On laissa le corps du 
: Georges dans l'une des chambres de 



sa maison pendant une semaine de jours : 
lous venaient et l'y adoraient. Lorsqu'arriva 

un grand jour de fête, ils se réunirent tous à 
l'église, on lut son martyre au peuple en- 
tier des fidèles. Alors ils admirèrent encore 
davantage tout ce qui lui était arrivé, ils 
rendirent gloire à Dieu etii son saint martyr. 
Et voici qu'un grand et très riche person- 
nage de la ville, nomme André, de la même 
famille que la mère du saint Georges, ayant 
entendu le martyre qu'on lisait, Dieu lui ou- 
vrit le creur^ il réHéchit au passage où Dieu 
avait apparu au saint et lui aAiit parlé en 
disant ; « Je le jure par moi-même, a tout 
homme qui confessera (es souffrances, il 
n'arrivera aucun mal, car je sais qu'ils sont 
chair et sang; à tout homme qui se trouvera 
dans une détresse quelconque, il n'arrivera 
aucun mal, soit dans le iieu terrible de la 
justice, soit dans des eaux nombreuses, soit 
sur une montagne, soit en toute tribulation ; 
s'il fait souvenir de mon nom, du nom de 
mon Père qui est dans les cieu\ et du Saint- 
Esprit, s'il fait souvenir de mon serviteur 
Georges, je le sauverai de toute tribulation. 
Quiconque écrira ton martyre et tes prodi- 
ges, afin de manifester ta gloire et les souf- 



MERVEILI 



S DU S 



frances qde tu as endurées pour mon nom, 
j'écrirai son nom dans le livre de vie. Celui 
qui fera une offrande ou une aumône en 
ton nom, qui écrira un livre à ses propres 
dépens pour le donner à ton église, on le 
comptera au nombre de mes saints et je ne le' 
laisserai manquerd'aucun bien encemonde, 
tant qu'il vivra. ; c'est moi le Seigneur Dieu ; 
ce que j'ai dit, je le ferai. Celui qui bâtira 
une église en ton nom, je le ferai entrer 
dans mon royaume, je ne l'oublierai jamais. 
Je ferai que de grands prodiges aient Heu 
en l'endroit oii l'on aura déposé ton corps. 
Je ferai que les peuples de la terre aillent 
en ton église, qu'ils t'apportent des présents; 
toutes les nations de ta terre, les Juifs et les 
Samaritains, les Perses et les enfants d'EsaU, 
jusqu'aux barbares, je les ferai toutes venir 
à ton église et te porter des présents, n 

Or, André, l'homme fidèle et aimant Dieu 
en vérité, lorsqu'il entendit énumérer toutes 
ces grâces que Dieu accordait au saint, il 
en conçut une grande joie, comme Jacob 
lorsqu'il vit le visage lie son fils Jacob qui 
régnait sur l'Egypte. 11 se le'va en hâte, 
l il écrivit le martyre du saint, il le plaça dans 
maison disant : ■ Je placerai aussi en 



311 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTB 

ma maison le souvenir de mon frère, afî^f 
que sa faveur el sa bénédiction soient con-, 1 
linuellement avec moi pour l'clernite'. o Puis 
il adressa la parole à une grande foule eif 
disant : o Mes frères, puisque nous avons 
éprouvé une grande peine au sujet de notre 
frère que l'on a mis a mon par l'épée, 
jouissons-nousmaintenant encore davantage, 
car il a reçu de grands honneurs dans le ' 
ciel. Vraiment, il peut intercéder pour nouç 
prés de Dieu, celui qui en toute franci 
parlé face-à-face avec Dieu, alin que 

s soit faite et que secours nous 

en ce monde et dans l'autre. 

at,mes frères, allons, ccouiez-a 

en son nom une petite église, pla. 

n corps afin que sa bêne'diction eï , 

soient éternellement avec ne 

idil d'une seule' 

1 dis! Si tu mets la I 

as la mettrons aussi 

du saint Georges 



soit donni 



^ia^ 



— Tout le peuple répor 

Puisse être ce que tu 

main à l'ouvrage, noi 

afin que la bénêdictic 

soit avec nos enfants cl qu'il bénisse notre 

ville à jamais. « Lorsqu'André entendit ces 

paroles, il arriva qu'il se réjouit grandement, 

il se leva tiès le matin, il fit venir tous ses 

serviteurs et ses ouvriers ainsi que les servi- 



MBHVËJLI.ES DU SAINT CEOROES 

teurs du sairil Georges, il démolit les murs 
ei les maisons du saint Georges, il dit : o Je 
ne laisserai point le corps de mon frère sur 
une terre étrangère qui n'est pas la sienne. • 
D'autres gens de la ville lui donnèrent la 
main pour travailler au lieu saint. Il fit por- 
ter le corps du saint Georges dans l'église, 
jusqu'à ce qu'il eût déblayé l'endroit pour y 
jeter les fondements de l'église. Il fil répan- 
dre delà paille ' selon les dimensions d'une 
petite église qu'il devait bâtir d'après ses 

Son martyre ' fut achevé lorsqu'il eut 
construit l'église, le sixièmejourdu mois il'A- 
thar. Que le Seigneur aii pitié du pécheur 
qui a écrit : Amen 



Premier prodige du saint Georges. 

André, celui qui avait entrepris d'élever 
un monument en l'honneur du martyre du 

I. Pour marquer les dimensions de l'église J'igno 



1 Égyple. Je 






it flra fautif; il devaii 



saint Georges étaii couché en cette nuit, 
pensant en lui-même : ses pensées étaient 
diverses en lui-même ', et il se disait : ■ J'ai 
fait trop grande cette construction. Jusqu'à 



présent 


[en- 


ai vu 


personne qui me donnât 


la main. 


. Jei 


le sai 


is pas si je pourrai l'a; 


^he- 


ver, oui 


ou 1 


lon.J 


e crains que les gens n 


e se 


moquen 


t de 


moi 


en disant : Cet homn 


^eà 


coRimer 


icé l 


ine construction et n'a pu 


ra- 


chever, 


ains 


i que 


: l'a dit Noire-Seigneu 


r. B 


Comme 


il pe 


msait 


ces choses en son co 


:ur. 


couche' 


sur 


son 1 


it, le sommeil le saisi 


t, il 



perdit connaissance. Le saint Georges Itii 
apparut dans une vision et lui liit : • An- 
dré, André, reconnais-moi. • — Mais lui, il 
dit; . Qu'y a-t-il, mon Seigneur.' « —Il 
lui dit ; B Ne sais-tu pas qui je suis? « — 
André dit : « Non, i. Mais lorsqu'il le re- 
connut en la vision, il fut trouble, il se 
leva, se jeta à ses pieds, l'adora en disant : 
Es-tu vivant toi aussi, Georges mon sei- 
gneur ?" — Le saint Georges lui dit : « Grâ- 
ces soient rendues à Dieu ! mon corps est près 
de vous; mais je vis en Dieu par le Saint- 
Esprit. Maintenant j'ai vu que tu ctaîs dé- 



1. C'est-à-dire qi 



r ^.-... 


OUGES 


-^ 


courage, que tu pensais à l'église que 


m 


entrepris tic bûiir en mon non 


. pour 


y pi.- ■ 


cer mon corps, je suis venu a 1 


loi poui 


' f sp- ■ 


prendre où se trouve un treso 


T de m 


■ 


res, afin que tu le dépenses 


pour l'église. ^^M 


Prends courage, ne sois pas Jécourûgé. 


^H 


pirerai aux hommes de la ville la résolulion ^| 


lie te prêter la main. Lève- 


loi, sui 


H 


afin que je fasse une marque 


sur la 


^M 


tlans la chambre de ma maisi 


an que 


m 


détruite ei où lu avais déposé i 


mon COI 


m 


premier lieu avant de le pia. 


cer dans l'é- ^^ 


giise. . André fit comme s'il s£ 


; levait 


et ■ 


le suivait. Le saint Georges fi 


t comn 


■ 


l'introduisait en ia chambre de 


sa mai! 


■ 


^B lui montra l'endroit qu'il avait marqué de ^| 


^H son doigt; il lui dit : • Demain 


matin, 


lors- H 


^H que tu te seras levé, viens en v 


:e lieu. 


H 


^B un trou profond d'une coudée: 


; tu troi 


■ 


^B la bénédiction que le Seigneui 


' t'a destinée. ^| 


^^L Lorsqu'il fut éveillé de ce 


songe. 


, An- H 


^H dré réveilla sa femme, il lui 


raconta tout ^| 


^H ce qu'il venait de voir dans 


sa Visio 


n. H 


^H furent dans un grand étonnemeni 


■ 


^H femme lui dit : ■ Léve-toi dé 


s cette 


^1 


^M allumons une lampe, allons à 1 


'endroit 


■ 


^^K l'a dit, afin que tu voies si noi 


is trouverons ^M 



2l6 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTjE 

1^ marque, ou non. Si nous trouvons la 
marque telle que tu Tas vue dans ta vision, 
c'est vraiment le saint Georges qui t'est ap- 
paru face-à-face et nous serons assurés de 
trouver ce trésor, comme il te Ta dit. » Ils 
se levèrent tous les deux, ils allumèrent une 
lampe : la femme la tint élevée ; quant a lui, 
il prit une pioche dans sa main. Ils se ren- 
dirent à l'endçoit dit, au milieu de la nuit. 
Lorsqu'il regarda la terre, il trouva la mar- 
que faite par le doigt du saint pendant la vi- 
sion; ilscrurefit de tout leur cœur que c'é- 
tait le saint Georges qui Tavait faite. Le 
courageux André se levçi,.il ceignit un linge 
autour de ses reins ', il prit une pioche dans 
sa main, il creusa la terre. Lorsqu'il eut 
creusé un peu profondément, il trouva un 
vase dont l'ouverture était couverte de rouille; 
il creusa, il le tira sans l'avoir cassé. Ce- 
pendant ils se jetèrent sur leur visage, ils 
adorèrent Dieu et le saint Georges. Ensuite 
ils se levèrent, ils se chargèrent du vase, ils 
se rendirent à leur maison en glorifiant 



I. C'est encore la coutume des fellahs qui piochent; ils 
quittent d'abord leurs habits et se ceignent d'une sorte de 
pagne. 



^: jd. 



.-k ■* 



s DU s 



r.EOHGES 



Dieu. Ils allumèrent une lampe. Pour lui, il 
lieboucha le vase, il le trouva rempli d'or 
jusqu'à l'ouverture. Ils se levèrent, se jeié- 
rent sur leur visage, adorèrent Dieu ei le 
saint Georges, pour la grande grâce qu'il leur 
avait faite. 

Mais l'homme tira environ les deux tiers 
des pièces d'or pour achever l'église; il re- 
ferma le vase, il le cacha dans sa maison. 
Lorsque le jour parut, il voulut donner une 
fèle à la ville entière en l'honneur du saint 
Georges ; il se dit en son co;ur : ■ Ce qu'il 
faut, c'est de donner tout d'abord les pré- 
mices au Seigneur. ■ 11 fil un grand festin 
à tous les pauvres de la ville, aux infirmes, 
aux veuves et aux orphelins; il se mit à les 
servir, il se rejouit avec eus tous. Le lende- 
main il invita tous les grands personnages 
de la ville, il leur fit une autre grande fête 
en l'honneur du saint Georges; il se mita 
table avec eux pour se réjouir en leur com- 
pagnie de la faveur que le Seigneur lui avait 
accordée. Lorsqu'ils furent au milieu du 
repas, il se leva, il leur parla en disant : 
■ Mes frères, est-ce que Dieu n'a pas mis en 
voire cœur le désir de .m 'aider, de me don- 
ner quelque chose, chacun selon ses mqyens. 



afin que nous fassions élever en notre ville 
cetie grande bénéijiciion dont Dii.>u nous a 
rendu dignes en notre génération, que nous 
bâtissions le monument commémoratif du 
martyre du saint Georges en notre ville? e 
— Ils réponiiirent tous d'une seule voix : 
• Nous te répétons et te disons que nous fe- 
rons selon nos moyens; avec la volonté de 
Dieu, nous irons te trouver et ce que cha- 
cun croira dans ses moyens, il te le fera. * 
Alors tous, depuis les plus petits d'entre eux 
jusqu'aux plus grands, ils payèrent quelque 
chose entre les mains de celui qui était venu 
au nom du Seigneur, ils trouvèrent deux 
mille pièces d'or et mille deniers d'argent, 
le tout selon les ressources de chacun. 

Ensuite André se rendit à l'endroit où l'on 
devait bâtir en l'honneur du saint Georges; 
on posa les fondements au nom de Dieu et 
du saint Georges; on bâtit bellement l'e'giise 
pendant trois mois entiers ; on alla chercher 
le saint évèque de Jérusalem, qui la consa- 
cra. que de prodiges il y eut en ce mo- 
ment! Combien d'hommes furent guéris de 
leurs maladies! Quelles foules d'esprits im- 
purs sortirent au nom du saint Georges, l»' | 
martyr du Christ ! 



Deuxième prodige du j.ti»( Georges^ le 
sailli martyr. 

Il arriva, lorsque le saint evêque eut con- 
sacré l'église du saint Georges, comme il éle- 
vait l'offrande, qu'un homme dans lequel 
depuis son enfance se trouvait un esprit im- 
pur, entra aussi dans l'église : le démon le 
jetait à terre, le faisait grandement souffrir 
et se rouler : sa bouche écumait. Cet homme 
entra donc aussi; il se tînt debout au milieu 
du peuple, voulant lui aussi éire béni avec 
la foute. Mais i! advint qu'au moment où 
l'on chantait le trisagion ', il fut précipité à 
terre, il se roula et sa bouche écumait. Il se 
a, se tint debout en présence de la foule ; 
j'écria en disant : « Qu'as-iu à faire avec 
li, Ô saint de Dieu? Je sais qui tu es; tu 
ne me feras pas sortir de cet homme, car 
' moi, je suis un lunatique ' et tu n'as aucune 



1. C'est le samtus que J'on i£pètc pai trait 
le IrisagioH gr« est plus ddteloppé que le sa 

1. Il e>t évident par ce puuge que parmi 
tnanii;reb dont on pouvail éire pois&lé. t\re liin 



2 20 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

force contre moi, ô saint Georges. » Puis il 
commença de proférer des blasphèmes con- 
tre Dieu et le saint Georges, pendant que le 
saint Georges lui faisait endurer de grands 
tourments. Il arriva au pied d'une colonne. 
Alors le saint Georges lui attacha les mains 
derrière le dos et Tenleva au sommet de la 
colonne : les mains du possédé étaient atta- 
chées de bas en haut, de son dos à sa tête ; 
il se tenait eh haut du chapiteau d^ la co- 
lonne : chacun le regardait avec étonnement 
et disait ; « Nous n'avons jamais rien vu de 
semblable ; car le dos de cet homme touche 
à la colonne et ses mains sont attachées der- 
rière son dos sans aucune corde ; par deux 
fois, il s'est suspendu à la colonne sans au- 
cun soutien. Nous n'avons jamais vu sem- 
blable miracle de la part d'aucun martyr ; 
mais c'est le saint Georges qui a saisi le corps 
de cet homme pour le torturer, o Et chacun 
le regardait, rempli d'étonnement à son su- 
jet, rendant gloire à Dieu et au saint Geor- 



l'une des plus nobles. Je ne sais pas quelles prérogatives 
étaient attachées à cette dignité ; mais le sens du mot est 
certain ; c'est le mot employé dans saint Matth., iv, 24 et 
xvit, i5. 



r 



ges, le vaillant martyr de notre Seigneur 
Jésus le Christ. 

Après cela, le saint Georges le mit à terre : 
l'homme tomba du sommet du chapiteau de 
la colonne; il tomba à terre, perdit connais- 
sance, si bien que chacun disait qu'il était 
mort. Lorsqu'on eût donné la paix, tout le 
peuple se précipita vers lui, rempli d'éion- 
nement à son sujet ; car il ressemblait à un 
mort. Il y avait un homme boîteux dès le 



ede s 



larchai 



mais il restait assis demandant l'aumône â 
la porte de l'église ; en ce moment ii entra 
avec la foule, en rampant sur ses mains et 
ses genoux : ses pieds traînaient derrière lui. 
Il se traîna donc sur ses genoux, ce boîteux, 
jusqu'à ce qu'il fût arrivé près de l'homme 
démoniaque. Celui-ci étendit sa main, il sai- 
sit le cou du boiteux ; on se précipita pour 
l'arracher des mains du démoniaque. Les 
pieds du boiteux iîreni entendre un fort 
craquement : ils furent redressés sur le 
champ. D'autres gens tirent lâcher son cou 
au démoniaque ; ils voulaient le faire s'en 
aller et lui disaient : ■ Dépéche-tgi, va-t-en. • 
Il se leva tout troublé, it se tint debout : ses 
pieds étaient consolidés. Il se hâta de sortir 



12a CONTES ET 

ei s'en alla. Ceux qui le connaissaient lui 
faisaient signe; personne ne le souiint jus- 
qu'y ce qu'il fût sorii sur la place de l'église. 
L'évêque ordonna de le lui amener, ainsi 
que l'homme possédé du démon. Le démo- 
niaque prit la parole en disant : o Accorde- 
moi, mon père saint, la permission de dire 
ce que i'ai vu. Depuis mon enfance jusqu'à 
ce jour, il y a eu en moi un démon : je ne 
l'avais jamais vu de mes yeux avant ce jour; 
mais chaque fois qu'il éCait sur le point de 
me saisir, je voyais devant moi un feu, je 
tremblais, je tombais à terre, je perdais con- 
naissance jusqu'à ce que le démon s'en allât, 
qu'on vint il moi et qu'on me relevât II est 
advenu celte fois que, lorsqu'il s'est emparé 
de moi, l'ai perdu connaissance, j'ai vu le 
saint Georges, entrer dans le sanctuaire, il 
m'a pris par la main et m'a encouragé. Au- 
jourd'hui j'ai vu ce démon de mes propres 
yeux, sous la forme d'un homme qui se te- 
nait debout devant moi : le saint Georges 
lui faisait endurer de grands tourments. Il 
l'a saisi, il l'a fait monter sur la colonne jus- 
qu'à ce que ce démon fût parvenu au som- 
met du chapiteau, et il hii n fait endurer de 
Jurandes souffrances. Entin le démon s'est 






écrié d'une grande vois, en lui faisant des 
serments et en lui disant : n Je m'en irai, 
je ne reviendrai jamais I « J'ai vu alors le 
saint Georges, qui l'a saisi, l'a porté en haut, 
puis l'a lancé en bas sur les dalles, et le dé- 
mon a poussé un grand cri en tombant; il 
est sorti de moi, il s'en est allé. Quant à moi, 
l'aï connu que j'étais soulagé dans mon corps; 
je me suis endormi, je me suis réveillé et je 
. personne jusqu'au moment où cet 
e boiteux m'a regardé. Lorsque j'ai' 
ouvert les yeux, j'ai vu le saint Georges qui 
a saisi mes mains et les a liées autour du 
cou du boiteux; il m'a fait signe en me di- 
sant : n Tiens-ie comme il faut. » Et moi, je 

Le saint Georges a saisi ses pieds, les a tirés 
et les pieds du boiteux ont craqué fortement, 
ils se sont étendus; le saint m'a fait signe, 
j'ai ISché le cou et le boiteux s'est levé, s'en 
est allé en courant, puis le saint Georges 
est monté dans les cieux pendant que je le 
regardais. . 

Lorsque l'archevêque et toute la foule qui 
l'entourait eurent entendu ces paroles, ils 
furent dans un grand éionnement d'une aussi 
grande merveille; ils rendirent gloire à Dieu 



224 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTB 

et au saint Georges car elle était grande, sa 
puissance, ainsi que la faveur que Dieu leur 
avait faite par son entremise. Les hommes 
qui avaient été guéris devinrent serviteurs 
dans réglise du saint Georges, y servant nuit 
et jour, jusqu'au jour de leur mort. Des fou- 
les d'hommes, de femmes, de petits enfants, 
malades d'une foule de manières, de la fiè- 
vre, de fraîcheurs, d'esprits impurs, furent 
guéris en ce jour dans Téglisedu saint Geor- 
ges au nom de Notre -Seigneur Jésus le 
•Christ. 



Troisième prodige du saint Georges^ le 
saint martyr. 

Il advint que lorsque l'archevêque s'en 
alla avec ceux qui l'accompagnaient, ils par- 
lèrent des miracles et des prodiges qui avaient 
été opérés par le saint Georges au milieu du 
peuple. Or, voici qu'il y avait un homme 
juif, un magicien, un voleur, qui faisait 
boire des boissons magiques aux hommes 
pour les endormir et leur prendre ce qui 
leur appartenait. Lorsqu'il entendit parler 
des vertus et des prodiges que le saint Geor- 



h !C _ 






r GEORGES 



!25 



ges opéraîl,' il ne les crut pas et il disait aux 
foules : « Les chrétiens se laissent séduire 
par cet homme de terre comme nous, ils 
Vont et iui disent : Viens à notre secours, 
guéris-nous de nos maladies. •• Et une foule 
de chrétiens disputaient avec lui souvenles 
fois ; mais lui, il continuait de proférer ainsi 
grande quantité de blasphèmes. Un chrétien 
pusillanime l'entendit, il se mit en grande 
colère, le combattant et lui disant : « Dieu 
ne supportera pas que tu injuries ainsi son 
saint martyr ; mais le saint tirera vengeance 
de toi et te perdra. » Et ils se dirent de 
grandes injures l'un à l'autre. Ensuite 
l'homme joif prit la parole en disant : 
n Gage avec moi maintenant que j'entrerai 
dans cette église, que je la pillerai, que j'en 
apporterai ici les vases sans que personne le 
sache; je verrai ce que Georges me fera, u 
— Le chrétien lui répondit : « Gageons ces 
trois pièces d"or; si tu prends quelque chose 
en l'église du snini Georges, si tu l'apportes 
ici, nous nous rendrons à l'église, nous fe- 
rons une enquête, nous saurons si vraiment 
Kl as enlevée quelque chose à l'église. Si tu 
restes un mois de jours sans qu'il l'arrivé de 
loal, j'en croirai ta bouche et je le donnerai 



2ï6 CONTES ET ROMANS ù'ÉGYPTE 

trois aulres pièces d'or. Maïs si tu ne peux 
emporter quelque chose île l'église, sans qu'il 
ne t'arrive malheur, lu me donnes trois piè- 
ces d'or et tu te fais chrétien, g La chose fut 
ainsi réglée entre eux et ils prirent des té- 

Le magicien se leva, il se rendit a l'église, 
il y vola quelques vases; il sortit du milieu 
de l'église à l'insu île tous, personne ne le 
vit. Lorsqu'il fut hors île la porte extérieure 
de l'église il se dit en lui-même : • Rougis 
maintenant de toi-même, ô Georges, ainsi 
que l'autre qui a parié avec moi ! « Tout en 
marchant, il formait desprojets en se disant: 
■ Je vendrai ces vases un bon prix sans 
compter que l'autre me donnera aussi trois 
pièces d'or : je le ferai renoncer à sa foi, re- 
nier son baptême et je verrai ce que Geor- 
ges, ce mort, me fera. « Pendant qu'il se 
livrait k ces pensées tout en marchant, voici 
que le vaillant martyr, le saint Georges, vini 
3 lui habillé tomme un soldat et tenant une 
grande lance à ta main. Il dit â l'homme : 
t Frère, qu'est-ce qui brille dans ta main? 
dis-mois ce que c'est, . Le Juif se tut; il dit 
enfin : n Camarade, je ne te cacherai 
que ces vases, je les ai volés; mais comme 



I 



Dieu l'a mis sur mon chemin, viens en pren- 
dre aussi ta pan avec moi, et tu ne le diras 
à personne. . — Le saint Georges lui dit : 

t Puisqu'il en est ainsi viens ii l'ésiise, afin 
que, selon ta parole, nous les partagions en- 
tre nous, a Lorsqu'ils furent arrivés à la 
porte de l'église, le saint Georges donna un 



roup de fouet s 
■ Sais-tu qui je suis? 
mon Seigneurl je s 
je ne sais pas qui tu e 
ges lui dit : ■ 



u Juif, t 
-Le JuKdit :"Non, 

s mort, je suis mort, et 
ini Geor- 

s Georges. • El quand 
l'autre eut entendu, il fut troublé et tomba 
à terre. Le saint Georges le saisit, il l'en- 
traîna en disant : • Pourquoi dis-tu ; je suis 
mon, je suis mort? m n'es pas encore mort. 
Mais viens ici aiin que je te fasse connaître 
qui je suis. • 11 le lia au milieu de l'église, Jl 
le pendu a une grande poutre; il lia tout ce 
que l'homme avait volé, il le suspendit à trois 
coudées de terre et il donna au Juif de grands 
coups de fouet qu'il tenait à la main. Ohl 
que de merveilles eurent lieu en ce momentl 
que de cris le Juif poussai ceux qui étaient 
couchés en furent éveillés, ils se levèrent, 
vinrent n lui et furent stupéfaits de ce qui 
lui était arrivé. Ils se demandaient les uns 



228 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

les autres qui avait ainsi pendu cet homme, 
et ils se disaient : « Qui pourra atteindre cet 
homme à une pareille hauteur? » Alors le 
Juif confessa ce qu'il avait fait, il apprit à 
chacun ce qui lui était arrivé. Pour eux, ils 
furent dans Tétonnement et dirent : « Ap- 
portons une échelle, que nous le fassions 
descendre. » — L'économe prit la parole en 
disant : « Personne ne le mettra à terre 
avant que celui qui Ta peiidu ne le fasse 
descendre, n Ils le laissèrent ainsi pendu jus- 
qu'^à ce que la lumière parût, afin que tout 
le monde le vît. Quant à lui, il confessa 
comment il avait fait un pari avec le chré- 
tien, habitant de Jérusalem ; il pleurait en 
disant : « Aie pitié de moi, mon Seigneur 
Georges : à partir de ce jour, je ne recom- 
mencerai plus à voler qui que ce soit; dés 
ce moment je me ferai chrétien, je ne ferai 
plus de boisson magique comme aupara- 
vant. » Il pleura tout le jour, jusqu'à ce que 
le soir fût venu, pendant que tout le monde 
le regardait. Lorsque saint Georges vit la 
fermeté de son cœur, il viiit la nuit, il le 
mit à terre. Quant au Juif, il remit les vases 
entre les mains de l'économe. 

Le lendemain, il advint qu'il écrivit une 



l 



MERVEILLES D 



leiïre, [a remit a l'un lies serviteurs de l'é- 
envoya à Jérusalem vers ses pa- 
rents et sa femme, afin de les informer de ce 
qui lui e'tait arrivé et de leur apprendre aussi 
qu'il voulait se faire chrétien Lorsque ses 
parents eurent reçu la let[re, ils la lurent, 
ils admirèrent les grands prodiges que le 
saint Georges opérait. Le chrétien qui avait 
pai'ié avec le Juif, ayant appris ce qui s'était 
passé, se réjouit et publia dans la ville en- 
tière de Jérusalem ce qui était arrivé au Juif 
dans l'église du saint Georges. Quiconque 
l'entendit rendit gloire à Dieu. Les frères du 
Juif, sa femme, ses enfants, ses amis is le- 
vèrent tous, ainsi qu'une foule de Juifs; ils 
allèrent le trouver et il leur raconta tout ce 
qui lui était advenu. Pour euv, ils furent 
remplis de frayeur; ils reçurent tous le bap- 
tême en ce jour dans l'église du saint Geor- 
ges, au nom du Père, du Fils et du Saint- 
Esprit, pour la gloire de Dieu II jamais. 



Qii.jlrième prodige du suint Georges, 
le saint tiLirlyr . 

Le nom du saint Georges et sa renommée 
2 répandirent en tout Heu. On dianit qu'il 



î3o 






opérail de grandes vertus, des miracles, des 

prodiges, des guérisons nombreuses, qu'il 
chassait les démons. Il y avait au pays des 
Perses un homme nommé Nicanor ; c'était 
un commandant de treize Tiier ' des Perses, 
11 avait un fils nommé Analoliuï dont une 
lèpre couvrait le corps et une autre le vi- 
sage. Il entendit parler des vertus et des 
prodiges que Dieu opérait par le saint Geor- 
ges, il fit un vœu en ces termes, disant : 
n Si Dieu et le saint Georges guérissent cette 
lèpre du visage de mon fils, je donnerai a 
son église un Kanlar d'or et je me ferai 



b II : 



l ainsi fait cette 
; le lendemain i 



, le vi- 



que lorsqu'il e' 
qu'il se fut iev 

de lèpre sur la figure. Lorsque Nicanor, le 
grand chef des Perses, vit le grand prodige 
qui avait eu lieu en faveur de son fils, il 
se leva, il prit les présents qu'il avait pro- 
mis, ainsi qu'une foule de vases, son fils 
Anatoliiis, tOLis ses frères el une foule de 



I. Jei 



•.le copte : je ne uîs pas ce 
nendre gouvernemeHt, pra- 



r 



MERVEILLES DU SAINT GEORGES 



I 



rétiens persans qui l'accompagnèrent. Ils 
levèrent, montèrent sur des barques, ils 
rendirent a l'e'glise du saint Georges. On 
lava son iïls dans le bassin des puriiîcations, 
on l'oignit de l'huile de la iampe el son 
corps devint sain. Aussitôt Nicanor offrit 
ses présents; il reçut le baptême avec tous 
ses compagnons au nom du Père, du Fils 
et du Saint-Esprit, rendant gloire à Dieu et 
au saint Georges de la grâce qui leur avait 
été faite. 

11 arriva qu'après être retournés dans leur 
pays, ils bâtirent une grande église à la- 
quelle ils donnèrent le nom du saint Geor- 
ges; puis Nicanor envoya quelqu'un à An- 
tioche. Il fit venir un évèque aimant Dieu qui 
consacra l'église au nom du Père, du Fils et 
du Saint-Esprit, ainsi qu'au nom du saint 
Georges. Une foule de Persans reçurent le 
baptême saint en ce jour, hommes, femmes, 
petits enfants, lorsqu'ils eurent vu le jeune 
garçon qui avait été guéri de la lèpre dans 
l'église du saint Georges. Une foule de Per- 
sans malades crurent après être allés dans 
cette église et avoir été guéris; ils rendirent 
gloire à Dieu et au saint Georges, à jamais. 



^32 CONTES E;r ROMANS d'ÉGYPTB 



Cinquième prodige du saint Georges^ 
le saint martyre. 

Il y avait deux Samaritains associés en- 
semble dans le commerce. Ayant pris cent 
pièces d'or, ils préparèrent leurs bêtes de 
somme, ils prirent leur or avec eux et mon- 
tèrent leurs bêtes dans le dessein d'aller à 
Damas acheter leurs marchandises. Le soir 
arriva sur eux pendant qu'il étaient en mar- 
che, parlant des vertus et des merveilles que 
le saint Georges opérait. Il advint que, tout 
en parlant ainsi l'un avec l'autre, ils appro- 
chèrent d'un village à la distance d'environ 
deux ou trois milles. Voici que deux lions 
sortirent de la forêt, affamés, rugissant, ra- 
vageant tout, ainsi, qu'il est écrit : « Tu as 
lâché les ténèbres et la nuit s'est faite, tou- 
tes les bêtes de la terre se mettront en mar- 
che, lionceaux affamés, pillant et cherchant 
leur nourriture. » Lorsque les marchands 
virent les bêtes féroces s'avancer vers eux, 
ils tombèrent à terre demi-morts. Les bêtes 
féroces s'arrêtèrent au-dessus d'eux dans le 
dessein de les manger. Elles n'allèrent point 



r 



MERVEILLES nu SAINT GEORGES 233 

du côté des bêtes de somme el ne les touchè- 
rent point; mais elles s'arrêtèrent au-dessus 
des hommes, les yeux tout injectés de sang. 
Les hommes se dirent l'un à l'autre : i Si 
Dieu et le saint Georges nous sauvent de la 
gueule de ces bêtes féroces, nous donnerons 
ces cent pièces d'or à son église et nous 
nous ferons chrétiens, n II arriva que lors- 
qu'ils curent fait cette promesse a Dicu^ le 
Dieu de bonni qui veut le salut de tous les 
hommes et rendit les lions pacitiques en- 
vers le prophète Daniel, mit aussi la paiic 
au coeur de ces autres lions qui baissèrent 
la lête, rentrèrent dans la forêt et s'en allè- 
rent. Lorsque le cœur des marchands se fut 
raffermi, ils reconoiirent que la faveur qui 
leur avait été faite leur venait du saint Geor- 
ges; ils rendirent glaire il Dieu et au saint 
martyr, et lorsqu'ils eurent marché un peu, 
ils trouvèrent les bêles de somme paissant, 
n'ayant éprouvé aucun mal. Alors ils les 
montèrent et se rendirent au village, se ra- 
contant l'un à l'autre et racontant à tous ce 
qui leur était arrivé. Quiconque les enten- 
dit admira les vertus du saint Georges. Le* 
hommes de ce village leur dirent : > Ces 
bêtes féroces ont fait périr une foule d'hom.' 
TOME II, 14- 



mes et une foule d'animaux de ce pays; 
mais gloire soit au saint Georges qui vous a 
délivrés de ce fléau! » 

Ensuite les deux marchands tioreni con- 
seil i'un avec l'autre, disant : « Ce que nous 
avons dit, nous le ferons à l'église du saint 
Georges avec actions de grSces et en glori- 
fiant Dieu, nous deviendrons chrétiens: 



trouverons quelqui 






venus ]usqu ici, 
■e, allons à Da- 
larchandises où 
bénéfice pour 



; droiture. •• Lorsqu'ils furent 



arrivés à Damas, ils trouvèrent que l'on ven- 
dait des pierres précieuses, de celles que l'on 
nomme diamants; ils en achetèrent pour 
leur cent pièces d'or. Arrivés à Jérusalem, 
ils les vendirent pour trois cents pièces d'or. 
Avant même d'être rentrés dans leur ville 
de Samarie, les deux hommes se parlèrent 
i'uo a l'autre et se dirent : • Grâces soient à 
Dieu de ce que le saint Georges nous a 
rendus dignes de cette grande faveur. * Il ar- 
riva que rendu dans leur ville, ils annoncè- 
rent à tout le monde et à leurs parents les 
vertus et les prodiges que Dieu avait opérés 
eo leur faveur. Ils se levèrent ensuite, 



SACNT GEORGES l35 

l prirent les cent pièces d'or qu'ils avaient 
1 promis de donner à l'e'glise du saint Geor- 
ges, ils allèrent par toute la ville en criant : 
■ Que celui qui liesire Dieu vienne avec 
nous à l'église du saint Georges! » Une foule 
d'hommes et de femmes sortirent avec eux 
de Saniarie. Arrivés à l'église sainte, ils 
offrirent leurs présents; ils virent de grands 
prodiges , des guérisons nombreuses de 
malades et une foule ,de démons que le 
saint chassait. Ils se levèrent tous, reçu- 
rent le baptême au nom du Père, du Fils et 
du Saint-Esprit; ils se firent chrétiens au 
nombre de cent cinquante-trois personnes, 
en ce jour là, dans l'église du saint Georges. 
En la paix de Dieu : Anien. 



Sixième prodige du saint Georges, le saint 

y avait à Jérusalem un chrétien nommé 
tZocrator; il avait un fils qui était lunatique 
Kei lui-même il était podagre. Cet homme 
tétait très riche; il possédait une foule de 
I- biens, de l'or, de l'argent, des bcstia 
I breuï. I 



lu'ayant entendu parler des 



236 CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTB 

vertus et des merveilles du saint Georges, il 
fit un vœu en ces termes, disant : « Si Dieu 
et le saint Georges guérissent mes pieds de 
cette souffrance, je donnerai chaque mois à 
son église le prix de trois offrandes et de 
trois setiers de vin '. Si je marche tout seul 
sur mes pieds lorsque je serai arrivé au vingt- 
troisième jour de Pharmoulhi, qui est le jour 
de sa grande fête, je me rendrai à pied à son 
église pour y offrir un Kantar d'or. » Lors- 
qu'il eut fait cette promesse, ses pieds se 
murent peu à peu; au bout de quelques jours 
son corps fut guéri, il marcha, il entra dans 
sa maison et dans l'église; il fit monter une 
prière vers Dieu en disant : « Grâce te soient 
rendues, ô Dieu du saint Georges ! » Deux 
jours après, tout son corps fut guéri. 

Lorsque la fête du saint martyr fut pro- 
che, c'est-à-dire le vingt-troisième jour de 
Pharmouthi, il prépara tout ce qu'il devait 
emporter avec lui ; ses serviteurs allèrent le 
trouver et lui dirent : « Quelle bête de somme 
veux-tu que nous te préparions afin que tu 
la montes ?» — Zocralor prit la parole en 



I. Il doit s'agir ici des offrandes faites pour la Messe, 
offrandes de blé ou pain et de vin. 



disant : > Vive Dieu! je marcherai de mes 
pieds depuis Jérusalem jusqu'à l'église du 
sairlGeorges, le saint martyr, u — Ils se le- 
vèrent, ils se rendirent à l'église Un saint 
Georges, ils trouvèrent d'autres foules réu- 
nies, admirant ks vertus et les grâces de 
guérison qui s'opéraient par l'entremise du 
saint Georges, de sorte que Zocrator fut dans 
l'admiration à la vue de ces prodiges et de 
ces guérisons opérées par le saint Georges. Il 
ofTrii ses présents en toute allégresse de 
cœur. 

Il advint que l'économe voyant les grands 
présents que Zocrator avait faits, le prit chez 
lui pendant deux mois, mangeant et buvant 
avec lui dans la joie. Le troisième mois, par 
une providence de Dieu, le fils de Zocrator 
se leva, il se mît en marche pour savoir ce 
qui était arrivé a son père; car celui-ci n'é- 
tait point retourné avec ceux qui s'étaient 
rendus à la fête. En effet, Zocrator était ab- 
sent; il parlait de son fils à l'économe et di- 
sait : • J'ai un hls qui est possédé par un 
démon très méchant. Ce démon le fait beau- 
coup souffrir, si bien que souventes fois on a 
dit qu'il vaudrait mieus pour lui èirc mort 
que vivre au milieu de ces souffrances. Si 



238 CONTES ET ROMANS D'ÉGYPTt: 

Dieu et le saint Georges te guerisseni pourj 
pareil jour en un an, je l'amènerai, je vien- 
drai vers toi en ce lieu, afin de donner à \'é 
glise du saini des présents encore plushono 
râbles que ceux-ci. ■ — L'économe lui dit f 

I Tu crois que tout est possible à Dieu ; JQ 
crois aussi qu'on obtient tout ce que le^ 
saints lui demandent et que rien n'est inr 
siblc pour nous en leur nom. 11 est ec 
écrit dans l'Évangile selon Jean : • Celu 
croit en moi, les œuvres que je fais, il le 
fera, et de plus grandes encore, n 

11 advint que pendant qu'ils parlais 
ainsi, le fils de Zocrator et une foule de si 
viteurs arrivèrent montes sur des chevaux 
Ils s'arrêtèrent près de la porte de l'é 
Le fils s'informa de son père, il apprit qi^ 
celui-ci était près de l'e'conome, il alla 1 
trouver et ils se mirent à parler ensemble 
Pendant qu'ils parlaient l'un avec l'amri 
voici que le démon entra dans le jeune gai* 
çon avec une terrible frayeur, il le fit souÊc' 
frir une grande heure et sa bouche écumaib 

II se leva, il s'écria d'une vois forte, disaoti 
<t Qu'as-tu h faire avec moi, ô George^ 
pourquoi me fais-tu souffrir, ô violenc4 
Moi, oui, moi, je suis un limalique; 



grands blasphèmes, ilîsan 
tu ne me chasseras pas 
saint Georges lui lionna 



GEORGES 239 

< Il proférait de 

: « O violence ! 

:s 1 » — Le 

I grand coup. 

oix forte : « O 
Georges, la me fais souffrir. » Et il jura de 
grands serments, disant : « Si tu me laisses 
aller, je ne retournerai jamais plus en lui. » 
Et lorsque le démon l'eut jeté à terre, il 
sortit du jeune garçon et ne reiournaplus ja- 
mais en lui. Ainsi, il fut guéri sur le champ. 
11 arriva que Zocralor, ayant vu que le 
démon était sorti de son fils, fit de grands 
présents en l'église du saint Georges, rendant 
grâces à Dieu. Tous les ans, quand arriva la 
fête du saint, il fit un grand banquet au\ 
pauvres, aux veuves et aux orphelins : son 
fils se tenait debout près d'eux avec joie, ren- 
dant gloire à Dieu' et au'saint Georges jus- 
qu'au jour de sa mort. 



Le septième prodige du saint Georffes, le 



Il advint que les serviteurs de l'églisi 
tant rauliipliés, l'économe les envoya at 



240 CONTES ET ROMANS B'£gYPTE 

hors afin de rassembler les prémices et les 
dons que Ton faisait à Téglise sainte du saint 
Georges, car une foule de gens faisaient vœif 
en leur pays d'offrir des présents pour leurs 
garçons, pour leurs filles, ou pour leurs 
bestiaux, de les donner ' à l'église du saint 
Geoi*ges, à cause des prodiges qu'il opérait. 
Une foule de femmes stériles enfantaient, si 
elles promettaient de donner des bestiaux; 
une foule de vaisseaux naviguant sur la mer, 
si quelque tempête se levait contre eux et 
qu'ils fussent en danger, dès qu'on faisait un 
vœu en disant : « Que Dieu et saint Geor- 
ges nous secourent 1 » Aussitôt le secours de 
Dieu leur arrivait en toute hâte, les vaisseaux 
se trouvaient solides jusqu'à ce qu'ils fussent 
arrivés au port. Une foule d'animaux, si leur 
possesseur faisait vœu de ne pas les laisser 
aller seuls, soit à cause d*un niai (?), soit à 
cause des bestiaux mêmes, se rendaient seuls 
à l'église. Je ne mentionnerai pas ces grands 
prodiges, ces bois sans âme, ces pierres, ces 
livres, ces vases qui traversaient les airs 
comme des oiseaux, jusqu'à ce qu'ils fussent 
arrivés à l'église du saint Georges avec le 

I . Il faut entendre ce don des seuls animaux. 



MERVEILLES DU SAINT GEORGES 241 

secours du Dieu vivant, de sorte que si ces 
vaisseaux, les bois, les lances, l'or ou les 
chosesque l'on transporiail par mer se trou- 
vaient en péril, par la foi dans le nom du 
saint Georges, toute chose allait seule à tra- 
vers les airs jusqu'à ce qu'elle fût entrée dans 
l'église du saint. 

Ces grandes vertus, ces prodiges nom- 
breux, chacun les croyait; mais quelques- 
uns aussi ne les croyaient pas. L'un des ser- 
viteurs de l'église se mit à en voler les biens; 
ils les emportait dans sa maison. Le saint 
martyr patienta à son sujet pendant cinq 
années entières, dans l'espoir que peut- 
être le serviteur se repentirait de son péché 
qui lui serait pardonné. Mais le serviteur ne 
cessa point d'agir de In sorte. Tout ce qu'on 
lui donnait en disant : • Porte-le à l'église, u 
il le portait à sa femme en sa maison, comme 
autrefois Judas qui volait la bourse du Sau- 
veur et portait ce qu'il volait a sa méchante 
femme en sa maison >; car tout ce que l'on 
donnait au Sauveur, celui-ci le mettait dans 
la bourse entre les mains de Judas et Judas 



24^ 



CONTES ET HOMA.NS O'ÉCYPTE 



le volait pour le porter à sa méchante 
femme. C'est pourquoi il fut saisit par cette 
grande tentation et il se pendit tout seul, 
l'ous les autres apôtres, dès que )e Seigneur 
r l'apostolat, abandonné- 
, leurs femmes et leurs 
suivre le Fils du Dieu vivant, 
'ul Judas qui ne suivit pas le 
is qui allait trouver sa femme 
avec elle dans cette souHlure. 
C'est pourquoi le diable prévalut si bien 
contre lui qu'il le rendit e'tranger à Dieu. 
Ainsi quiconque obéira k sa méchante Femme 
deviendra ttranger au Dieu qui l'a créé. Cet 
homme était de même serviteur dans l'élise 
du saint Georges ; on lui donnait, ainsi 
qu'à ses compagnons, tout ce dont il avait 
besoin, et il portait les offrandes en sa mai- 



les eut ch( 


rent leurs 


enfants poi 


encepté le 


Seigneur, 


et restait si 



Cependant le saint martyr fît entrer en lui 
un démon trts méchant qui lui fit endurer 
de très grandes souffrances, le jour et la nuil. 
1-e démon le conduisit dans l'église, il parla 
par sa bouche, disant : » C'est moi qui ai 
volé une foule de choses appartenant à cette 
église et les ai emportées dans ma maison. 
Allez en ma maison vous les y trouverez. • 




DU SAINT GEOROes 243 

Lorsqu'on yful nllé, on les y trouva comme 
il l'avait dit. Deux mois après de semblables 
souffrances, le saint Georges eut piiié de lui 
et le guérît. L'e'conome le chassa de l'église. 
Quiconque entendit raconter cela rendit 
I gloire à Dieu et au saint Georges. 



Huitième prodige du saini Georges, le 



H y avait il Antioche un homme riche, 
nommé Eulogios. 11 avait un vaisseau qui 
naviguait sur la mer, chargé d'une grande 
quantité de marchandises. Cet homme était 
chariiahle, il faisait de grandes aumônes aux 
pauvres et aux infirmes; il donnait des of- 
frandes et des prémices îi toutes les églises 
de la ville d'Antioche, faisait un grand ban- 
quet deux fois par an pour tous les clercs de 



ville, 



ingeani 



; buv£ 



I l'archevêque, priant Dieu ii toute heure, vi- 
, ntant les prisons. Il avait une foule de ri- 
chesses et se rendait souvent à l'église du 
saint Georges, surtout en ce grand jour de 
fèie qui est le vingt-troisième jour de Phar- 
mouthi; il priait dans l'église et lui faisait 



i44 CONTES ET ROMANS D* EGYPTE 

don d'un quart de pièce d'or ', mangeait et 
buvuit avec l'économe, puis s'en retournait 
on paix dans sa maison. 

H advint qu'après douze ans de cette vie, 
le diable, Tcnncmi de quiconque croit en le 
Christ, lui porta envie à cause des charités 
qu'il luisait. 11 souleva un noir tourbillon de 
tcnipOtc sur la mer. Le vaisseau d'Eulogios 
se trouvait dans le port ; les matelots craigni- 
rent que le vaisseau ne se perdît sous eux et 
qu'ils ne fussent emportés en mer. Ils se le- 
vèrent, ils transportèrent sur le rivage les 
vuscs et tous les vêtements qui leur étaient 
nécessaires; ils se rendirent eux-mêmes sur 
le rivage et passèrent la nuit dans le deuil. 
Alors le vent emporta le vaisseau, sans qu'ils 
pussent savoir où il était allé. Ils se fatiguè- 
rent à le chercher, mais ne le trouvèrent 
point; ils se rendirent près d'Eulogios et 
l'informèrent de tout ce qui était arrivé. 
Quant à lui et à sa femme, ils pleurèrent et 
furent dans la tristesse. Ensuite ils rendirent 
grâces à Dieu, disant : a Qu'il soit fait selon 



I. Il peut sembler étonnant d'après ce qui précède que 
l'aumône fut relativement si petite ; cependant le sens du 
mot employé en cette occasion ne peut être mis en doute. 



la volonté du Seigneur ! que le nom du Sei- 
gneursoit béni à jamais! Si le Seigneur veuT 
nous faire mise'ricorde, nous ferons un autre 
vaisseau comme celui que nous avons 
perdu. ■ lis se parlèrent ainsi pour s'entou- 
rager l'un l'autredansle Seigoeur;ils comp- 
taient sur les biens qui se trouvaient encore 
entre leurs mains. Or voici que le diable leur 
envoya une autre épreuve plus forte encore 
que la première. 

Il y avait un homme du pays d'Egypte qui 
était un très grand voleur. Comme on le 
poursuivait pour le mettre à mort, il se leva. 
s'enfuit et, par une providence de Satan, il 
arriva sur le bord de la mer. Il trouva une 
barque naviguant vers Antioche, il y monta 
et arriva dans cette ville. Il habita prés de la 
maison d'Eulogios. Quelques jours après, se 
trouvant près de la maison d'Eulogios, il de- 
vint l'un de ses ouvriers pendant deux ans ; 
il exécuta tout ouvrage pour Eulogios. Comme 
on ne savait pas que c'était un voleur, on 
eut confiance en lui. Mais lui, il trouva deuï 
: brigands comme lui, il devint leur 
compagnon, comme le dit l'Écriture : Cha- 

I cun se joint à celui qui lui ressemble. Ils pri- 
ilors de concert la résolution de piller 

I la maison d'Eulogios. 



246 CONTES ET ROMANS D'ÉGYPTE 

Lorsque le jour de la fête du martyr fut 
proche, c'est-à-dire le vingt-troisième jour 
de Pharmouthi» il advint qu'Eulogios s'ap- 
prêta, et uue foule d'autres hommes avec 
lui, à se rendre à l'église. Pendant qu'ils y 
étaient, il arriva aussi, par la volonté de 
Dieu, que la belle-mêre d'Eulogios devint 
malade et mourut. Sa femme se leva avec 
ses frères, ils allèrent, ils la pleurèrent, ils 
laissèrent l'homme d'Egypte dans la maison. 
Alors il se leva, il entra à la hâte dans la 
maison avec ses compagnons ; lorsqu'il les 
eut fait entrer avec lui, ils mangèrent, ils bu* 
rent, ils passèrent la nuit entière à piller la 
maison d'Eulogios. Ils enlevèrent Tor, l'ar- 
gent, tout ce qu'il y avait de bon. Ils trou- 
vèrent une barque d'Alexandrie, ils y mon- 
tèrent, ils se rendirent à Alexandrie. Ils 
exposèrent tous les vases d'Eulogios, il les 
vendirent pour un grand nombre de pièces 
d'or ; ils les ajoutèrent aux autres de sorte 
qu'ils firent une somme de trois mille pièces 
d'or. 

Il advint qu'à son retour de l'église du 
saint Georges, Eulogios trouva sa femme et 
tous les siens dans le deuil ; on lui apprit ce 
qui avait eu lieu. Il fut grandement affligé 
pendant nombre de jours. Ensuite il prit 



MEBVBILLES DU SAINT GEORGES 247 

courage dans le Seigneur, il rendii gloire à 
Dieu en disant : a Que la volonlé de Dieu 
soit faite ! » Quant à ceux qui lui avaient 
vole ses biens, ils s'en allèrent en Egypte ' 
du côlé du Péluse. Ils y habitèrent. Tout 
d'abord l'un d'eux devint démoniaque, il s'en 
alla et l'on ne sut pas où il était allé Quel- 
ques jours après, une querelle s'éleva entre 
les deux autres, ils so battirent; l'homme 
d'Egypte se leva au milieu de la nuit, prit 
une êpe'e et tua son compagnon sans que 
celui-ci s'en aperçût. Alors il se leva, prit 
tout l'or et s'en alla au pays de Palestine; il 
lit des profits dans le commerce, mangeant 
et buvant avec les biens d'Eulogîos pendant 
longtemps. 

Quant a Eulogios, le vrai chrétien, et à sa 
femme Euphémie, vraiment sa femme selon 
Dieu, ils ne cessèrent ni les offrandes, ni les 
prémices, ni les aumônes qu'ils faisaient dans 
les jours de fête aux pauvres et aux infirmes ; 
ils continuèrent d'agir comme auparavant. 



I. Ce passage fil iris curieux et raoBlre bien que louï 
isricils sonl igypiiens. Aleiandric fol loujouc» réputée 
armi les Copies pour une ville étrjpgére ù l'Egypte ; on 
ÎHil : Quiiier l'Egypte pour aller à Alexandrie; ici on 
Il : Quitter Alexandrie pour aller en Egypte, 



24$ CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Eulogios vendit son mobilier et toilt ce qui 
lui appartenait. Quand il eut vendu tout ce 
qui lui appartenait, le jour de la fête du 
saint martyr approcha et Eulogios adressa la 
parole à sa femme en disant : « Voici que 
tous les hommes de la ville se rendent à 
réglise du saint Georges. Il ne nous est pas 
possible défaire une offrande cette année-ci, 
car voici que Dieu et le saint Georges voient 
notre tribulation. » — Sa pieuse femme prit 
la parole et lui dit avec humilité : « Je sais, 
mon frère, que nous n'avons rien et qu'il 
n'y a personne qui veuille nous prêter, parce 
que nous sommes pauvres; mais voici, j'ai 
deux robes ; laisse-moi celle-ci pour m'en 
revêtir, prends celle-là et vends-la pour un 
quart de pièce d'or : ne cesse pas de faire 
une offrande à l'église. » Lorsqu'il eut en- 
tendu ces paroles de sa femme, ses yeux ver- 
sèrent des larmes : ils pleurèrent tous les 
deux. De nouveau Eulogios parla avec sa 
femme du prix du passage pour faire la route. 
La bienheureuse Euphémie prit la parole et 
lui dit : « Mon bon frère, lève-toi, va trou- 
ver les amis ; peut-être Dieu te fera-t-il trou- 
ver grâce devant eux et te prêteront-ils un 
quart de pièce d'or afin que tu manges ce 



MERVEILLES DU SAINT GE( 


849 ^Ê 


dont tu as besoin et que tu arri 


ves à l'église H 


en paix. S'ils ne te donnent rii 


:n, prends le ^H 


quart de pièce d'or pour lequel 


cette robe a ^H 


été vendue, donne-le à ceux qi. 


se rendent ^^M 


à l'église et que la volonté o 


le Dieu soit ^| 


faite 1 . 


■ 


Il lui obéit, se leva, alla trouver un de ses ^^| 


amis; il lui dit : * Je veux te < 


dire quelque ^H 


chose en secret. ■ — Celui-c) 


répondit ^H 




— Eulogios ^M 


lui dit : <i Voici la fèle du saint 


Georges qui ^H 


approche, je ne veux pas ces» 


;r de faire le ^H 


peiii présent que chaque année 


fais ^M 


glise; mais, cette année, nous 


n'avons rien ^H 


à donner : tu sais, loi aussi, tout ce qui nouj ^^| 


est arrivé. Maintenant, mon fré 


:re, peut-être ^M 


irouverai-je à emprunter de toi 


un quart de ^^Ê 


pièce d'or : je travaillerai comra 


e manœuvre ^H 


pour l'amasser et le le rendrt 


■ Pendant ^H 


qu'il parlait, les yeux de son 3 


imi versaient ^^M 


des larmes; il dit à Eulogios ; > 


I mon bon ^H 


frère, pourquoi me parler ainsi 


? Est-ce que ^^M 


jusqu'à ce jour lu n'as pas trouvt 


ides hommes ^H 


pour te servir '? Maintenant de 


inc pourquoi ^H 


1. Ces paroles doivent s'entendra en 


c sens qae ^M 


repouiee loin de lui l'idée qu'Eulogic» qui a toujour» IWil ^^ 




n ^H 


TOME 11. 


J 



l5o CONTES ET ROMANS DËGVPTe 

me parler ainsi pour un quart de pièce d'or? 
Vive Dieu 1 Quand même tu rae demandci 
dix pièces d'or, je te les donnerais pour que 
tu reçoives la be'nédiction du martyr. Pour 
le moment, voici trois pièces d'or, prends- 
les et si tu as besoin de quelques autre 
te les donnerai. « — Pour lui, il les prit, il 1 
les porta a sa femme e^ dit : ■ Je crois que ' 
Dieu et le saint Georges, en qui nous avons 
mis toute notre contiance, aous feront misé- 
ricorde une autre fois. « — Sa femme lui 
dit : " Dieu t'afl-il accorde' le quart de pièce 
d'or ? — 1! lui dit : • Grâces soient rendues 
à Dieu et à son saint martyr. Lorsque je rae 
suis rendu vers cet homme, je lui ai tout dit ; 
il m'a répondu : < Si tu es dans le besoin, 
viens me trouver ici et je te donnerai tout 
ce qui te sera nécessaire, b — Pour elle, elle 
se réjouit grandement; ils rendirent grâces à 
Dieu. Eulogtos se leva, il s'embarqua avec 
tous ceux qui l'accompagnaient pour 
rendre à l'église du saint Georges, 

Voici de même que l'iiomme qui avait volé I 
les biens d'Eulogios réfléchit en son cœur ' 
et se dit : • Je sais que j'ai péché depuis 
enfance jusqu'à ce jour, sans compter le j 
grand pêche que j'ai commis lorsque je me i 



MERTBrLLBS DU SA 

suis levé contre mon compagnon, que je 
l'ai tué par ruse à cause de ces richesses 
d'aulriii qui me causeront des tourment» 
éternels. Maintenant voici ie jour de ta fête 
du martyr qui approche, je me lèverai, je 
me rendrai là-bas et je ferai une offrande; 
peut-être me fera-t-il trouver grâce prés de 
Dieu qui fera miséricorde à ma pauvre 
Sme. B Or il advint qu'à son arrivée en l'é- 
glise du saint Georges^ Eulogios pria avec 
ceux qui raccompagnaient; ils allèrent en- 
suite trouver l'économe et lui firent leurs 
présents. L'économe connaissait Eulogios, 
car celui-ci se rendait chaque année à l'é- 
glise, mangeait et buvait avec lui. Lorsque 
le matin fut arrivé, ils entrèrent à l'église, 
ils prièrent, ils se tinrent debout jusqu'à la 
tin de la synaxe. Eulogios sortit alors et 
marcha avec ses concitoyens pour se rendre 
sur la place. Voici que l'homme d'Egypte 
qui avait volé les biens d'Eulogios se ren- 
contra avec eux sous- la porte de l'égiise : il 
était revêtu des habits d'Eulogios et les piè- 
ces d'or était cousues en dedans de ses ha- 
bits, lis le reconnurent aussitôt, coururent 
après lui et le saisirent. Il voulut s'enfuir, 



i le lia 



1 l'é. 



252 CONTES ET ROMANS D'éCYPTE 

L'économe lui dit : « Qu'as-tu fais des va- 
ses que tu as volés? » — Il dit : « Je n'ai 
rien volé ; mon seigneur Eulogios sait que 
j'ai passé deux ans à travailler pour lui et 
que je n'ai jamais rien volé. Quant à mon 
habit, je l'ai acheté sur la place publique. » 
— L'économe lui dit : « Tu vas venir avec 
moi dans le sanctuaire du saint Georges, tu 
me feras serment au nom de Dieu et du saint 
Georges en disant : « Ce n'est pas moi qui 
ai commis ce vol, » puis tu t'en iras. • Pour 
lui, il se réjouit comme s'il était sur le point 
d'être relâché et de s'en aller ; il s'écria disant : 
« Je jurerai tout ce que tu voudras et comme 
tu le voudras. » On l'emmena pour le faire 
jurer. L'économe dit : « Amenez-le derrière 
moi, cet homme a choisi la mort au lieu de 
la vie. Je vous le dis, si un homme fait trois 
pas pour jurer, son serment est déjà monté 
en présence de Dieu.. Cette nuit, le saint 
Georges vient de m'apprendre tout dans une 
vision et m'a dit : « On t'amènera demain un 
homme qui a volé ce qui m'appartient; ne 
le laisse pas aller, châtie-le jusqu'à ce qu'il 
ait rendu ce qu'il a volé. » Ce n'est que 
maintenant que j'ai compris la vision. • Il 
ordonna d'apporter deux fouets tout neufs. 



DU SAINT GEORGES 

Lorsqu'on les eut apportés, on en donna de 
grands coups au vokur; mais ii n'ouvrit pas 
la bouche et ne parla pas. L'économe fit ser- 
ment et dit : Ton corps n'échappera pas 
à ce fouet jusqu'à ce que tu meures ou que 



lu rendes ce que ti 
le dépouiller de se 



s volé, a 11 ordonna de 
'éléments malgré lui et 
>ups. Lorsqu'on lui eut 
i trouva l'or en dedans. 



On 11 



I dit : 



lui, il les adoi 



e que cela ? « 



- Mai 



disant : a J'ai péché, si 



gneurs ! » Puis i) av 

la foule entière au milieu de l'église du saint 
Georges, il confessa tout ce qui lui était ar~ 
rivé. Lorsqu'on lui eut donne force coups, 
on le jeta dans une cellule obscure, on l'y 
laissa sans boire ni manger jusqu'à ce que 
mort s'en suivît. Lorsqu'Eulogios eut pris 
l'or, il en donna soixante pièces a l'église, il 
fit un grand festin aux pauvres et aux infir- 
mes, plein de joie, rendant grâce à Dieu et 
au saint Georges qui avait opéré cette vertu 
et ce prodige. 

Ensuite Eulogios pria l'économe qui relâ- 
cha cet homme; ii lui fit don de trois pièces 
d'or et de l'habit que cet homme portait, il 
le laissa aller en paix. Maïs, a la vue de la 



254 CONTKS ET HOMANS n'ÉGYPTE 

boDté d'Eulogios, des venus et des merveil- 
]es du saint Georges qui avait inforraé l'éco- 
nome dans une vision, cet homme donna 
aussi les trois pièces d'or à l'égUse ; il se mis 
h servir ceux qui étaient malades jusqu'au 
jour de sa morl. Le saint Georges lui lit 
grâce et ses péchés lui furent pardoni 
Ensuite le saint Georges apparut â Etilogios 
pendant la nuit, il lui dit : n Le Seigneur a 
exaucé les prières et tes miséricordes ; comme 
je sais que tu as en toi de la pitié pour les 
pauvres et les infirmes, j'aurai pitié de toi 
dans celte vie et dans l'autre. Si tu veus 
T'en reiourner dans ta maison, tu trouveras, 
aussi le grand vaisseau qui l'appartient. . 
chargé de biens et de bois. Porte-les en ta 
ville, afin d"y faire bâtir une église en mon 
nom. Je te bénirai, tu ne manqueras d'aucun > 
bien en cette vie, • 

Il advint que la lumière ayant paru, Eu- 
logios dit aux gens tout ce que le saint Geor- 
ges lui avait dit en cette nuit. Ils s'étonna* 
rent grandement; ils montèrent dans une. 
barqvie et naviguèrent vers Antioche. Voici 
que le saint Georges amena devant eux le 
j d'Eulogios, ce vaisseau était chargé 
SCS bonnes choses et de bois de 



ktfk 



ORVEILLES DU SAINT GEORGES l55 

cyprts. Eulogios ainsi que ses compagnons 
le reconnurent; ils se levèrent, ils montè- 
rent sur le vaisseau avec joie, ils l'amenèrent 
à Antioche el publléreni la nouvelle dnns 
toute la ville. Lorsqu'on l'eut apprise, on 
rendit gloire a Dieu et au saint Georges. Eu- 
logios St de grandes aumônes aux pauvres, 
aux inlîrnies et aux orphelins le jour de la 
féie du saint Georges. Ses prières, ses pré- 
mices, ses olTrandes étaient continuelles dans 
les églises, en tout temps. Il bâtit une église 
magnifique au nom du saint Georges, le saint 
martyr, il s'en fit le serviteur, lui, sa femme 
et ses enfants, jusqu'au jour de sa mort. Le 
saint Geors^s lui fit trouver grîce près de 
Dieu, Eulogios devint son compagnon dans 
le royaume de la Jérusalem céleste, séjour 
qu'il avait désiré; il célébra des fêtes avec 
tous les saints. 



Neuvième prodige du s 



t Georges. 



Il advint sous le règne 'de Dioclétien, l'im- 
pie adorateur des idoles, qui fit du mal à la 
terre entière, qu'il y avait en son royaume 
un fjénérol nomme Evhius; il était suuvagc 



a 56 



CONTES KT ROMA\S o'ÉGÏF 



d'aspect et c'était un homme très méchant. 
Le roi Diociétien lui confia trente mille sol- 
dats et les envoya en Egypte pour détruire 
toutes les églises et bâtir en tout lieu des 
temples aux idoles impures. Lorsque I 
néral fut arrivé au pays d'Egypte, il établit 
des gouverneurssar chaque ville, des comtes \ 
et des ducs; il ordonna d'enchaîner les chré- ' 
tiens dans chaque gouvernement, il leur fit 
endurer de grands supplices et des tourments 
douloureux. On leur tranchait enfin la tête 
d'un coup d'épée. Les gens étaient martyrs, 
ils mouraient pour le nom de Noire-Si 
gneur Jésus le Christ. Evhius envoya i 
édit dans tout le pays d'Egypte : on détruisit 4 
toutes les églises, on éleva des temples aux.^ 
idoles, on y servit les démons. 

Il arriva après tout cela que Dieu se sou- 
vint de tous les maux qu'avait faits le roi' 
impie Diociétien et du sang innocent des. 
saints martyrs qu'il avait répandu. Lorsque! 
sa fin approcha, Diociétien manda le généra 
Evhius, il lui dit : o Je sais que tu e 
homme sage, que tu exécutes les édits eilea 
commandements des rois. Maintenant lève- 
toi, prends avec toi une escorte de s 
et le dècrci royal, va en touie hâte en SyrïeiB 



.57 

de Palestine. Rends-toi tout d'abord à l'é- 
glise de celui qu'on appelle Georges, détruis- 
la jusqu'aux fondements; car vraiment je ne 
puis supporter d'entendre parler des vertus 
magiques opérées au nom de celui auquel le 
roi Taticn, le Persan, fit trancher la tète, il y 
a un grand nombre d'années. On a bâti une 
église en son nom, il s'y trouve des chré- 
tiens qui opèrent des vertus et des prodiges 
par des œuvres magiques, de sorte que son 
nom est devenu grand en tous les pays. Une 
foule d'hommes abandonnent les dieux glo- 
rieux, s'attachent aux vertus de ce martyr et 
se font chrétiens, n Ëvhius, \e général, adora 
le roi, reçut l'edit <ie sa main. Le roi lui 
donna trois mille soldats et les envoya en 
Syrie ; il lui donna l'ordre suivant ; • Lors- 
j auras détruit tout d'abord l'église du 
saint Georges, tu détruiras de même en ce 
pays toutes les églises, lu enchaîneras tous 
les chrétiens, tu les jetteras en prison et tu 
leur feras endurer de grands supplices. Ceux 
qui n'adoreront pas les dieux, tranche-leur 
la tête avec l'épée, ne les épargne pas. •• 

Alors le général et ceux qui l'accompa- 
gnaient s'embarquèrent et naviguèrent vers 
la Syrie. Lorsqu'ils furent arrivés au port du 



258 CONTES ET ROMANS [l'ÉGVPTE 

saint Georges, ils entrèrent tians la ville;: J 
leurs mains étaient armées d'épées et d'à 
comme autrelois Holophernc. Toute la ville | 
fut dans le trouble à cause du nombre 
soldats. Evhius, le gênerai, se rendit à 
glisc du saint Georges; il tenait à la n 
un bâton, marchait avec orgueil ; la foule I 
des soldats l'entourait et le suivait. Lorsqu'il i 
fut entré dans l'église, il vit la lampe 
mée en l'honneur du saint Georges. Il dit : I 
• Voyez cet impie de Georges! s — Il disaîl'l 
encore : ■ Je vois quelle est l'impiété des 



chré 



ils 



s diei 



soleil qui donne la lumière a besoin de dix 
mille lampes pour éclairer, n II prit le bâton 
qu'il avait à la main ', il en donna un coup 
sur la lampe en disant: "Qu'est-ce que cela?» 
La lampe se brisa : des gouttes d'huile tom- 
bèrent sur lui, ei aussi sur quelques soldats; 
un petit morceau de verre lui entra dans la 
tète sans qu'il s'en aperçût. Tout endroit de'i 



:orps qu 



: l'huj 



l touché dcTint^ 
lépreux. Il pensa que rien autre c 



1. L'uprebïion ett »agu 
éloaacr en Egypte où l'oa d 
que le cœur réfléchissuil e: 



arriverait, il dit au^ soldais : o Jusqu'à ce 
jour nous avions entendu dire qu'il y avait 
ici des magiciens ; aujourd'hui nous les 
voyons de nos yeux. Regardez mes pieds et 
mes mains, voyez ce qu'il leur est arrivé, a 
Pendant que la foule des soldats admirait la 
vertu (iu saint martyr qui l'avait rendu lé- 
preuï, sa tête le fit souffrir grandement. 
Il dit aux soldats ; • Allons nous repo- 
ser jusqu'à l'aurore. 11 était couvert de 
honte à cause du grand nombre de soldats 
qui l'entouraient. Comme toute la ville était 
chrétienne, personne parmi les habitants ne 
le reçut dans sa maison, car ils étaient irri- 
tés à cause de la lampe de l'église qu'il avait 
brisée. Us s'en allèrent et le laissèrent. Pour 
lui. il se leva et sortit do l'église avec honte. 
11 advint que lorsqu'il fut arrivé à la porte 
de l'église pour sortir, sa tète fut privée de 
lumière et il tomba à terre : tout son corps 
tremblait, il ne pouvait se tenir debout Les 
soldais l'entourèrent, remportèrent et le 
conduisirent dans une maison. Ils mangè- 
rent et burent; pour lui, il ne put rien goû- 
ter, sa tète souffrait de grandes tortures. 
Lorsquelesoirfut arrivé, ils se couchèrent et 
, dormirent. Quant â lui, il eut cette vision. 



aOO CONTES ET ROMANS d'ÉGYPTE 

Il vit un solliat nommé Georges qui, du haut 
des airs, lançait des flèches; l'une de ces flè- 
ches entra dans sa tète et il s'écria disant: 
« Georges, Georges! • Aussitôt il s'éveilla. 
Ceux qui étaient avec lui dans la mabon, 
ayant entendu le cri, lui dirent : « Avec qui 
parles-tu, notre seigneur? ■ Mais lui, il eut 
honte de leur raconter la vision, il garda le 
silence cl ne voulut pas du tout prononcer 
de sa bouche le nom du saint Georges. Le 
matin venu, il souffrit beaucoup du morceau 
de verre entré dans sa tète ; il s'écria d'une 
forte voix, disant aux soldais qu'il remplis- 
sait d'épouvante : • Embarquons-nous, al- 
lons-nous-en dans notre pays, car nous 
mourrions sur cet le terre étrangére.ii Les sol- 
dats se levèrent tous avec joie, ils s'embar- 
quèrent et naviguèrent vers Anlioche, tout 
couverts de honte. La tète du général devint' 
empoisonnée, elle se corrompit grandement ; 
e jour, le Seigneur le frappa et il 



que, cinq jours après, les vers 
, le corps devint corrompu gran- 
s soldats ie prirent et le jetèrent 
;r. Lorsqu'ils furent parvenus â 
ils apprirent au roi toul ce qui 



11 arri' 
pullulère 
dément ; 
dans la i 



rieur étaii arrivé; ils iui raeontérenl les ver- 
tus et les prodiges qu'ils avaient vus dans l'é- 
glise du saint Georges. L'impie Dioclétien, 
cet apostat digne de haine, n'eut pas assez 
de tout cela, car Dieu voulait le perdre de 
mâle perte à cause de tous les maux qu'il 
avait faits aux saints \ mais il endurcit son 
cœur, comme autrefois Pharaon. Il dit aux 
soldats : Il Vous avez tué le plus grand géné- 
ral du royaume et vous Jites ces mensonges 
abominables, h savoir que Georges le Gali- 

Iléen a fait des vertus et des prodiges. Lors- 
que je saurai avec certitude vos abomina- 
bles mensonges, je vous enlèverai à tous la 
Tête du tranchant de l'épée. J'emmènerai 
l'armée avec moi là-bas, je passerai toute la 
ville au fil de l'épée, je détruirai cette église 
jusqu'aux fondements et au milieu je ferai 
que les chrétiens adorent les idoles. ■ Après 
ces paroles, Dioclétien se leva,' il rassembla 
tous ses soldats, il fit préparer des barques 
pour les embarquer et les faire naviguer 
vers la Syrie. Il fit crier par le héraut dans 
toute la ville ; « Préparez- vous, soldats; 
nous allons nous rendri: en Syrie pour dé- 
truire l'église de ce grand magicien, Georges 
le Galiléen. « 



lOî CONTES ST ROMANS D'ÉGYPTK 

La parole était encore dans la bouche du 
roi, lorsque les (grenades d'or qui étaient en 
haut du trône sur lequel il était assis (i 
que l'archange Michel et le saint Georges 
étaient descendus et avaient renversé le 
trône), lorsque les grenades qui étaient en 
haut du trône tombèrent dans ses yeuK, lui 
arrachèrent ks prunelles. Il s'écria d'une 
grande voix pleurant et disant : « Malheur à 
moi. mon Seigneur! Malheur a moi, mon 
Seigneur! Dieu bon, j'ai péché, pardonne- 
moi ; car j'ai commis de grandes méchance- 
tés contre tes serviteurs sur la terre. Dieu, 
pardonne-moi, je suis un pécheur ! n Aussi- 
tôt la voix de l'archange Michel se fit enten- 
dre à lui, disant : < [1 n'y aura point de 
pardon pour toi, ni dans celle vie, ni dans 
l'autre. Maintenant on va l'enlever ton 
royaume, on l'a donné àCooslantin qui sera 
dix mille fois plus glorieux que loi, ■ Une 
foule de soldats, le sénat tout entier réuni 
dans le palais royal, entendirent aussi la 
voix de l'archange Michel qui parlait; ils 
furent dans l'étonnemeni de ce qui arrivait 
de la part du ciel, ils craignirent d'unegrande 
crainte. Aussitôt ils se levèrent, ils chassè- 
rent Dioclétien du palais royal, ils amené- 



rem Constantin à sa place et le revêtirent 
un homme 
, aimant les 
gommes, aimant tout ce qu'il est bon de 
Jt le monde. Il allait à l'église cha- 
matinet soir, il faisait de grandes 
bynaies, faisait monter sa prière vers Dieu 
c dévotion, donnait de grandes aumônes 
bt de grandes offrandes, rempli delà crainte 
fâc Dieu en tout temps, lui et toute sa mai- 
que sa pieuse mère la reine Hé- 
Hène. Ilschantaienl, bénissaient, remerciaient 
Ble Seigneur, notre Dieu et notre Sauveur, 
■ Jésus le Christ ii qui conviennent toute 
■gloire, touthonneur et toute adoration, ainsi 
u'à son Père, au Fils ' et au Saint-Esprit 
6rivificateur et coosubstaotiei à lui, mainte- 
■Oant et dans les siècles de tous les siècles : 
fAmen. 



r. Cerr 



bUé qu-i 






II) Fili rail bomme. En coiiurvanl ce mal, il Kmbk- 
jl ipi'on cDl quiIie p|ftosn» dans lu Trinîlé. D'inlre 
t, ifius-Christ cansïdir£ eominc un Dieu i part, comme 
m peut prier et idaror unscniate, est une idée 

Egïpic 



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